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Le maintien de la tyrannie 3/3

août 10, 2009


Voilà le premier moyen de conserver la tyrannie.  Le second est presque en tout opposé à celui ci; il dérive des causes qui détruisent la royauté.

En effet, la royauté périt si elle se change en tyrannie; mais la tyrannie se maintient si elle adopte les principes de la royauté. Seulement elle se réservera les moyens de force, de manière que, même en obtenant la soumission volontaire, elle puisse néanmoins contraindre à l’obéissance; car s’il n’y avait plus de soumission forcée, il n’y aurait plus de tyrannie. Cette base nécessaire une fois assurée, pour conserver le caractère essentiel de la tyrannie, le tyran gouvernera tantôt d’après les saines maximes de la royauté, tantôt il en prendra hypocritement les dehors. D’abord, il paraîtra s’intéresser vivement à la chose publique. Il évitera les dépenses qui irritent le peuple : lorsqu’il voit prodiguer à des étrangers, à des histrions, à des courtisanes, le produit de ses privations et de ses travaux.  Il rendra un compte exact de la recette et de la dépense, mesure déjà adoptée par quelques tyrans. Alors on oubliera le tyran pour ne voir que le sage administrateur. […]

Il paraîtra n’exiger les impôts et les contributions que dans la vue d’une sage économie, et pour avoir des ressources, s’il est forcé de faire la guerre. En un mot, il faut qu’on ne voie en lui que le bon économe qui a soin des finances de l’État, plutôt que de sa propre fortune. Le tyran ne doit pas se montrer sévère, mais grave, de manière que ceux qui l’approcheront éprouvent moins de crainte que de respect,  sentiment si difficile à inspirer lorsqu’on est voué au mépris. Il faut, pour obtenir ce respect, que, s’il fait peu de cas de la vertu, il ait au moins l’adresse de passer pour vertueux; que jamais ni lui; ni tout ce qui l’environne; ne se permette ni injure ni violence; qu’il n’outrage jamais aucune personne de l’un ou de l’autre sexe; que ses femmes se conduisent avec la même réserve à l’égard des autres femmes; car les femmes aussi ont par leur insolence renversé plus d’une tyrannie. […]

Qu’il sache user modérément de ses plaisirs, ou du moins qu’il ait l’air de les fuir : on ne surprend et on ne méprise jamais l’homme qu’on sait être sobre et éveillé, mais bien l’homme ivre et endormi.  Il devra se conduire presque toujours d’après des principes opposés à ces anciennes maximes que nous avons citées.  S’il élève des édifîces, ce sera pour embellir la ville en sage administrateur, et non en tyran. Surtout il prendra grand soin de la religion et des dieux. Les sujets redoutent moins les injustices du prince, lorsqu’ils sont persuadés qu’il est religieux et qu’il respecte la divinité. Ils sont moins disposés à conspirer contre lui, parce qu’ils le croient protégé du ciel.  Mais ici qu’il soit habile à éviter le plus léger soupçon d’hypocrisie.

Le talent sera honoré par des récompenses si belles, qu’il n ait pas lieu d’envier les prix distribués par un peuple libre.  Le tyran sera lui même le dispensateur des distinctions flatteuses, et laissera aux magistrats et aux juges le soin de punir. Il se gardera de faire un citoyen trop grand, politique qui lui sera commune avec tous les gouvernements monarchiques; ou du moins, il en élèvera plusieurs à la fois parce qu’ils s observeront réciproquement.  Cependant il peut être forcé de confier à un seul homme de grands pouvoirs; alors, qu’il ne choisisse point un  esprit fier et entreprenant.  Les hommes de ce caractère sont toujours prêts à tout.  Si la politique lui ordonne de détruire une trop grande puissance, il la sapera insensiblement, au lieu de la briser d’un seul coup.  Il ne se permettra jamais d’outrages contre les personnes, ni d’insulte contre la jeunesse. Il ménagera principalement la délicatesse des âmes fières.  L’avare craint par dessus tout la diminution de son trésor.  De même, les âmes fières s’indignent lorsqu’on diminue leur honneur.  Il ne faut pas sévir ainsi contre de tels hommes, ou les punitions doivent être infligées paternellement, et non pas avec mépris. Si quelque objet a captivé son cœur, qu’il jouisse en amant non en maître; enfin s’il a flétri l’honneur, que la réparation soit plus grande que l’offense. […]

Comme la cité est composée de pauvres et de riches, le tyran persuadera aux deux partis que leur conservation dépend du maintien de son autorité; il empêchera leurs injustices réciproques. Si l’un des deux partis est le plus fort, il s’attachera surtout à se concilier son affection, afin que, dans un moment de crise, il ne soit pas obligé d’armer les esclaves ou de désarmer les citoyens. Au reste, quelle que soit la classe qu’il aura pour lui, ce moyen de puissance, ajouté à ses autres ressources, lui donne la prépondérance sur toute espèce de conspirateurs.

Mais il est inutile d’entrer dans de plus grands détails; le but évident du tyran consiste à s’effacer, de manière à ne laisser voir que l’administrateur et le roi, à rapporter tout au bien général plutôt qu’à son intérêt particulier, à vivre avec retenue en évitant les excès, à se familiariser avec les grands, en même temps qu’il sera libéral envers le peuple. Avec de tels moyens, il fera aimer son gouvernement, et lui imprimera un caractère de grandeur, parce que ses sujets seront meilleurs, et point avilis. Il ne vivra pas toujours craint, toujours haï, et il assurera la durée de sa puissance. En un mot le tyran doit être ami de la vertu ou demi – bon, point méchant ou demi – méchant.


http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

Aristote; Politique P 258

La tyrannie : ses trois moyens 2/3

août 9, 2009

Tels sont les moyens de conservation de la tyrannie…:

1. Avilir les sujets

2.  Semer entre eux la défiance

3. Leur retirer tout pouvoir d’agir

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Les réfutations sophistiques

août 6, 2009

Définitions

I

Parlons maintenant des réfutations sophistiques (1), c’est-à-dire des réfutations qui n’en ont que l’apparence, mais qui sont en réalité des paralogismes (2) et non des réfutations. (3)

Cette confusion se produit en vertu d’une certaine ressemblance.

Le syllogisme (4) est un raisonnement dans lequel certaines prémisses étant posées, une conclusion en découle nécessairement, par le moyen des prémisses posées ; la réfutation est un raisonnement avec contradiction de la conclusion. (5) Or cela les sophistes ne le font pas mais paraissent seulement le faire.

Il existe et un syllogisme et une réfutation apparents et non réels. Et puisque certaines gens trouvent leur avantage à paraître sage plutôt qu’à l’être sans le paraître (car la sophistique est une sagesse apparente mais sans réalité, et le sophiste, un homme qui tire un profit pécuniaire d’une sagesse apparente mais non réelle), il est clair qu’il leur est nécessaire aussi de paraître faire œuvre de sagesse, plutôt que de le faire réellement sans le paraître. Et pour comparer les choses une à une, la tâche de celui qui sait c’est de ne pas dire soi-même de mensonges au sujet de ce qu’il sait et de pouvoir démasquer celui qui en dit ; et cette double tâche consiste, l’une à pouvoir donner la raison des choses, et l’autre à pouvoir la recevoir d’autrui. Il en résulte nécessairement que ceux qui veulent être sophistes doivent rechercher les arguments du genre dont nous venons de parler : cela pour eux en vaut la peine, puisque c’est une capacité de cette sorte qui fera paraître sage, et c’est là ce qu’ils se trouvent précisément avoir en vue.

Qu’ainsi il y ait un tel genre d’arguments, et que ce soit une capacité de ce genre que recherchent ceux que nous appelons sophistes, c’est là une chose évidente.

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1.  Pour dire les choses autrement les réfutations sophistiques sont les âneries que les gauchistes répondent aux militants FN. Ici on s’intéresse aux réponses qui sont faites et en particulier  aux réponses fausses.

2. un paralogisme est un raisonnement faux, involontairement la plupart du temps,  (paralogisme : contre la logique) contrairement au sophisme : raisonnement volontairement faux dont le but est de tromper.

L’étymologie du mot sophiste est sophia: la sagesse. Ce sont des gens qui cherchent à paraître sages comme le dit Aristote.

3. Les sophistes ne font ni raisonnements véritables, ni réfutations véritables.

4. Un syllogisme est un raisonnement juste composé de deux prémisses et d’une conclusion. Des deux prémisses, la majeure est celle qui renferme la mineure.

Majeure : tous les hommes sont mortels.

Mineure : Socrate est un homme.

Conclusion : Socrate est mortel

Les syllogismes sont étudiés dans les analytiques ; On peut mettre les syllogismes en équation à l’aide des signes plus grand, plus petit, appartient, n’appartient pas, inclus, non inclus, inter e c t . . La théorie des ensembles est étudiée en mathématiques, classe de cinquième.

Mineure : Si la suisse est plus petite que la France.

Majeure : Si la France est plus petite que les Etats-Unis.

Conclusion : la Suisse est plus petite que les Etats Unis.

SI S < F et F< EU alors S < EU

5. la réfutation doit contredire l’énoncé de l’adversaire de façon définitive.

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Les réfutations sophistiques font partie des cinq livres de l’organon d’Aristote, la logique, ce sont des livres ardus dont l’utilité n’est pas toujours évidente.

Les quatres constitutions.

août 2, 2009

Aristote   384-322 av. J.-C;  Rhétorique. Livre I, 8

« I. La condition la plus importante, la principale pour pouvoir persuader et délibérer convenablement, c’est de connaître toutes les espèces de gouvernement et de distinguer les moeurs, les lois et les intérêts de chacun d’eux.


II. En effet, tout le monde obéit à la considération de l’utile; or il y a de l’utilité dans ce qui sert à sauver l’Etat. De plus, l’autorité se manifeste de par celui qui la détient; or les conditions de l’autorité varient suivant la forme de gouvernement. Autant d’espèces de gouvernement, autant d’espèces d’autorité.


III. Il y a quatre espèces de gouvernement : la démocratie, l’oligarchie, l’aristocratie, la monarchie; de sorte que l’autorité qui gouverne et celle qui prononce des jugements se composent toujours d’une partie ou de la totalité des citoyens.


IV. La démocratie est le gouvernement dans lequel les fonctions sont distribuées par la voie du sort; l’oligarchie, celui où l’autorité dépend de la fortune ; l’aristocratie, celui où elle dépend de l’éducation;  […] La monarchie, comme son nom l’indique aussi, est le gouvernement où un seul chef commande à tous. Il y a [1366a] deux monarchies : la monarchie réglée, ou la royauté, et celle dont le pouvoir est illimité, ou la tyrannie.


V. On ne doit pas laisser ignorer la fin de chacune de ces formes gouvernementales, car on se détermine toujours en vue de la fin proposée. La fin de la démocratie, c’est la liberté; celle de l’oligarchie, la richesse; celle de l’aristocratie, la bonne éducation et les lois; celle de la tyrannie, la conservation du pouvoir. II est donc évident qu’il faut distinguer les moeurs, les lois et les intérêts qui se rapportent à la fin de chacun de ces gouvernements, puisque la détermination à prendre sera prise en vue de cette fin.


VI. Comme les preuves résultent non seulement de la démonstration, mais aussi des moeurs (et en effet, nous accordons notre confiance à l’orateur en raison des qualités qu’il fait paraître, c’est à dire si nous voyons en lui du mérite, ou de la bienveillance, ou encore l’un et l’autre), nous devrions nous mêmes posséder la connaissance du caractère moral propre à chaque gouvernement; car le meilleur moyen de persuader est d’observer les moeurs de chaque espèce de gouvernement, suivant le pays où l’on parle. Les arguments seront produits sous une forme en rapport avec les mêmes (moeurs). En effet, les moeurs se révèlent par le principe d’action; or le principe d’action se rapporte à la fin (de chaque gouvernement).

viaAristote 33 vmc : Démocratie, oligarchie, aristocratie, monarchie, tyrannie [Rhéto.L I, 8] – Archipope Philopolis.

Définition de la république: Googlebook Politique, Aristote; page 147 :

Un autre éditeur donne la traduction de politie à la place de république.

Aristote définie bien la politie comme un gouvernement en vue du bien général et non d’un seul, d’une minorité (comme dans l’oligarchie) ou d’une majorité.  ( relative ou au delà de 51%.)

http://books.google.fr/books?id=KzgLAAAAQAAJ&pg=PA517&dq=aristote+politique#v=onepage&q=&f=false

Moyens d’entrer dans les cœurs

juin 21, 2009

Le coté manipulatoire:

« Le vrai moyen d’apprendre à connaître les passions, c’est de les étudier dans son propre cœur. Tous les hommes en portent en eux-mêmes le germe plus ou moins développé, d’où naissent à peu près dans tous, les mêmes sentiments et les mêmes affections. Les uns s’en laissent dominer, les autres y résistent : c’est la différence de l’homme vertueux à celui qui ne l’est pas.

Imposez-vous donc la loi de descendre en vous-même, quand vous voudrez peindre les passions. C’est moi que j’étudie, disait Fontenelle, quand je veux connaître les autres.

Moyens d’entrer dans les cœurs

Maintenant par quelles avenues pénétrerons-nous dans le cœur de ceux que nous voulons émouvoir ? C’est ce qui demande encore un examen très réfléchi. Il faut employer tantôt la douceur et les promesses, tantôt la crainte et les menaces. Ici faites valoir des ruses innocentes ; là déployez la force ouvertement. Présentez à l’un l’appât des récompenses ; éblouissez les yeux de l’autre par l’éclat de la gloire. Couvrez celui-ci de confusion, lancez contre lui les traits du ridicule ; faites trembler celui-là par l’aspect des dangers, de la servitude, de la mort. On a comparé très ingénieusement l’orateur qui veut gagner les cœurs au général qui fait le siège d’une ville. On peut approfondir et étendre cette comparaison par la réflexion. Elle donne une idée plus juste de l’art admirable de triompher des cœurs par le talent de la parole, et du discernement exquis qu’il suppose dans l’orateur. »

Abbé Girard ; Préceptes de rhétorique

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« 121.  C’est par les passions que l’éloquence triomphe et qu’elle règne sur les cœurs. Celui qui sait les exciter à propos maîtrise à son gré les esprits, il les fait passer de la tristesse à la joie, de la pitié  à la colère. Aussi véhément que l’orage, aussi rapide que les torrents, aussi brûlant que la foudre, il tonne, il brille, il renverse tout par les flots de son éloquence.

123. Pour maîtriser les passions et les employer à propos, deux conditions sont nécessaires à l’orateur : il doit posséder lui-même certaines qualités personnelles, et, en second lieu, il doit connaître les ressorts qui servent à exciter ou à calmer les passions.»

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 61

Calmer les passions

juin 19, 2009

« Les principaux moyens pour calmer les passions sont le sang-froid, les passions contraires et la plaisanterie.

147. Quand l’orateur est obligé de lutter contre des passions irritées, il peut employer le langage d’une froide raison et examiner un à un les sophismes qui ont égaré l’auditoire. Un infaillible moyen d’éteindre la flamme que d’autres ont allumée, c’est de montrer autant de sang froid qu’ils ont déployé de chaleur, et de réduire au néant par un style simple et uni, les idées qu’ils ont grossis par leur véhémence et leurs hyperboles. »

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 70

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Un exemple :

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Ce n’est pas pour autant que ces policiers aient du mérite, ils ne font que suivre les directives qui leur sont données, on leur fait jouer un rôle d’idiots utiles, qui une fois allument le feu, et une autre fois sont envoyé l’éteindre.

Mœurs de l’orateur.

juin 19, 2009

« Qu’un homme ait de la piété, de la justice, de la bonne foi, de la tempérance e c t ; en un mot qu’il mène une vie conforme aux règles de la saine morale, ou au contraire qu’il soit fourbe, colère, vindicatif, injuste, de mauvaise foi e c t ; c’est ce qu’on appelle mœurs  réelles, mais qu’un homme vertueux ou vicieux paraisse tel ou tel lorsqu’il parle, c’est ce qu’on appelle mœurs oratoires. »

Préceptes de rhétorique ; Abbé Girard P 25

De la crainte et de la confiance

juin 6, 2009

Comment les personnes qui sont dupes depuis 40 ans, qui ont cru à tous les mensonges, avalé  toutes les couleuvres, y ont crû dur comme fer, qui se sont battues avec acharnement pour réaliser cette merveilleuse société que les politiques de gauche leur promettaient ; Comment donc ces personnes pourront-elles demain se regarder dans le miroir en se disant :

 » c’est moi qui ait mis tout cela en place, la violence, l’insécurité, les agressions, les vols, les meurtres, je croyais bien faire, et j’ai convaincu untel et untel et untel  ? »

Ces personnes reconnaîtront-elles leurs responsabilités ou préfèreront-elles se mettre le nez dans le sable comme l’autruche refusant de voir les problèmes qu’elles ont créés ?

Comment feront-elles pour vivre sous des regards plein de reproches, même s’ils ne le sont pas, ou si le public ne sait pas. – les conjoints ou les enfants eux sauront toujours.  Autrefois elles se seraient retirées loin du monde, dans un couvent, cacher leur honte.

La situation devient dangereuse parce que les responsables de ces problèmes, les coupables pourraient choisir de faire disparaître les témoins gênants, ou leurs éventuels juges. Si bien que la situation devient délicate pour tout le monde.

De la crainte et de la confiance :

« Toutes les choses à craindre le sont davantage quand elles sont dues à une faute qu’il n’est pas possible de réparer, ou parce que le remède est impossible en soi ou parce qu’il ne dépend pas de nous mais de nos adversaires. »

Sont à craindre :

« La haine et la colère de gens ayant pouvoir de nous faire grand mal ; car il est évident qu’ils le veulent ; aussi sont-ils prêts de le faire – L’injustice si elle a ce pouvoir ; car c’est par une préférence raisonnée que l’injuste est injuste. – La vertu outragée, si elle a ce pouvoir ; car il est clair que quand elle est outragée, elle en a toujours l’intention, et notre hypothèse lui en prête le pouvoir. – La crainte éprouvée par ceux qui ont pouvoir de faire quelque mal ; car il est évident que l’homme animé de ce sentiment s’est, comme les précédents, préparé à l’action. – comme la plupart des hommes sont moins bons qu’il ne devraient, dominés par le désir du gain et lâches dans les dangers, c’est la plupart du temps chose à craindre que d’être à la merci d’un autre ; par conséquent, il est à craindre que les complices d’une mauvaise action ne nous dénoncent ou que les lâches ne nous abandonnent dans le danger. – Ceux qui ont le pouvoir de commettre une injustice sont à craindre pour ceux qui la peuvent subir ; car, le plus souvent, les hommes commettent l’injustice, quand ils en ont la faculté. – De même ceux qui ont subi ou croient subir une injustice ; car ils sont toujours à l’affût d’une occasion. – Ceux qui ont commis une injustice sont également à craindre, s’ils ont le pouvoir d’agir, parce qu’ils craignent d’en subir une à leur tour ; en effet, selon notre hypothèse c’est là une chose à craindre. »

« La crainte est une peine et un trouble consécutif à l’imagination d’un mal à venir pouvant causer destruction ou peine »

Aristote; Rhétorique.

Les trois sortes d’amitié

juin 5, 2009

« Il faut donc, pour être amis, être bienveillant – c’est-à-dire se souhaiter du bien – mutuellement, non à l’insu l’un de l’autre, pour un des motifs susdits
Or, ces motifs diffèrent spécifiquement les uns des autres. Il en ira donc de même des manières d’aimer et des amitiés. Le nombre des espèces d’amitié sera par conséquent de trois, autant que d’espèces d’aimable : chacune, en effet, peut donner naissance à un amour réciproque et non ignoré de ceux qui l’éprouvent. […]

Le motif pour lequel ils s’aiment les uns les autres est-il donc l’utile ? Alors ils ne s’aiment pas pour eux-mêmes, mais en tant précisément qu’il leur revient de leur mutuel commerce quelque bien. Il en va encore de même si le motif d’aimer est le plaisir : ce n’est pas pour leurs qualités à eux qu’on apprécie les gens d’esprit, mais pour le plaisir qu’ils nous procurent à nous. Lorsque par conséquent, le motif d’aimer est l’utile, le motif de chérir c’est ce qui est bon à nous-mêmes, et lorsque c’est le plaisir, c’est ce qui nous plait à nous-mêmes : ni dans un cas ni dans l’autre on ne chérit l’aimé en tant qu’il est ce qu’il est, dans son essence même [ Amitié selon la vertu ] mais en tant qu’il est utile ou plaisant……..en tant qu’il apporte ici du plaisir, là quelque bien. »

Ethique à Nicomaque ; Aristote

Trois sortes d’amitiés donc, une amitié selon l’utile [selon l’intérêt : les relations d’affaire, le travail]; une amitié selon le plaisir [celle des amants, celle pour le comique qui distrait] ; et enfin l’amitié proprement dite, selon la vertu, pour les personnes en elles-mêmes, pour leur valeur.
En réalité il en existe d’autres, la base de l’amitié étant la bienveillance :  entre parents et enfants, entre concitoyens, e c t , mais elles portent des noms différents .

L’anticommunisme d’Aristote

mai 30, 2009

Définition:

« Ainsi on peut admettre que les citoyens échangent en commun enfants, femmes et biens, comme dans la république de Platon : Socrate y dit, en effet, que doivent être communs les enfants, les femmes et les acquêts; sur ce point faut-il donc préférer l’état de choses actuel ou suivre la législation décrite dans la république ? »

Principale objection :

« La formule proposée offre encore un autre  inconvénient, car on se préoccupe très peu de ce qui est commun au très grand nombre; on se soucie surtout de ses biens propres, mais moins des biens communs, si ce n’est dans la mesure de son intérêt personnel; on les néglige davantage, entre autres raisons, parce qu’un autre, pense-t-on, en prend soin : c’est ce qui arrive dans le service domestique, où de nombreux serviteurs font quelque fois moins de besogne qu’un nombre moindre. Si chaque citoyen a mille fils, ceux-ci ne sont pas les fils de chacun, mais le premier venu est également le fils du premier venu, si bien que tous s’en désintéresseront également. »

Aristote ; Politique ; livre II.

Elections européennes

mai 27, 2009

Désintérêt électoral ?

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S’agit-il d’une réalité ? Ou  s’agit-il d’une posture journalistique afin de justifier leur réticence à organiser des débats politiques ?

En effet, Aristote nous dit à propos de l’exorde, qui a pour but de capter l’attention des auditeurs, que ceux-ci sont :

« Attentifs aux choses importantes, à celles qui les intéressent personnellement, à celles qui leur causent de la surprise, à celles qui leur sont agréables ; c’est pourquoi l’orateur doit imposer l’idée que son discours porte sur de tels sujets. »

Mais qu’à l’inverse :

« S’il veut rendre ses auditeurs peu attentifs, il doit dire que l’affaire est de minime importance, qu’elle n’a aucun intérêt pour eux, qu’elle est déplaisante.« 

Et  :

 » ne pas oublier que toutes les considérations de ce genre sont étrangères au discours ; car elles ne visent que l’auditeur de basse qualité, qui ne prête l’oreille qu’aux à-côtés de la cause. »

Et enfin que  :

« Dans leurs exordes, tous les orateurs cherchent ou à porter une accusation contre l’adversaire ou à détruire celle qu’ils peuvent craindre pour eux-mêmes. Ainsi font ceux dont la cause est mauvaise ou semble telle aux auditeurs ; il vaut mieux pour eux s’étendre sur n’importe quel sujet plutôt que sur la cause. »

Les journalistes dans ce cas ne se comportent-ils pas comme des  orateurs ? Ne cherchent -ils pas à  convaincre les auditeurs que l’affaire est de peu d’importance   ? Et inversant la cause et l’effet, qu’il n’est nul besoin d’organiser des débats publics ?

Les Français ne s’intéressent pas aux élections européennes ?

Les élections européennes ne sont pas intéressantes !

Circulez ! Il n’y a rien à voir ! N’en parlons plus !

Et voilà nos journalistes dispensés de faire le travail pour lequel ils sont payés : informer les Français.