Archive for the ‘Rhétorique des passsions’ Category

De l’indignation

octobre 18, 2009

L’indignation est la passion ou le sentiment d’une injustice, on s’indigne lorsque des personnes jouissent de biens qu’elles ne méritent pas, – Ex :les voleurs –  mais l’on s’indigne également à la vue de malheurs immérités ; Lorsqu’on est spectateur d’une agression violente et gratuite, on se sent indigné.

Il faut bien distinguer l’action, de la passion : ce qui provoque l’indignation : les faits eux-mêmes, du sentiment excité. Par le récit d’une injustice (l’action), on fait naître la passion d’indignation dans l’esprit des auditeurs; Ce récit peut être réel, fictif ou mensonger. Dans ces trois cas, l’auditeur éprouvera de l’indignation. L’homme de la rue conclura de la vérité de son ressenti à la vérité du récit qui lui est fait. C’est pourquoi on cherche à émouvoir les auditeurs, ou la foule, pour les convaincre de la vérité de ce qui leur est raconté. Cette vérité du sentiment, cette réalité du ressenti, – la certitude sensible chez Hegel – est confondue avec le Réel.

On peut éprouver de l’indignation par empathie, si une personne exprime son indignation de façon véhémente, l’auditeur conclura de la sincérité de celui qui s’exprime, à la réalité de l’injustice relatée, par simple contagion : ressenti du ressenti d’autrui.

Il faut donc bien distinguer les faits eux-mêmes, 1) d’abord du récit qui en est fait, qui peut être vrai, vraisemblable ou mensonger.2) de la passion de celui qui s’exprime, passion qui peut être réelle, mais qui peut aussi être simulé, comme le récit peut être fabulé.

*

Selon Aristote, il y a indignation lorsqu’il y a bonheur immérité ; Crainte lorsqu’il y a malheur pouvant aussi nous toucher ; Pitié pour le malheur immérité d’autrui;  Envie pour le bonheur mérité d’autrui, passion vile car l’envie cherche nuire pour priver son prochain de ses biens mérités, alors que l’émulation le met en état de les acquérir. On éteint l’indignation en excitant la pitié ; on éteint la pitié en excitant l’indignation.

Aristote rhétorique

§ 1. Définition de l’indignation ; en quoi elle diffère de l’envie.

«Avoir pitié a surtout pour contraire ce qu’on appelle s’indigner. En effet, à la douleur que cause un injuste malheur, est opposée en quelque sorte une douleur qui vient du même sentiment moral, celle que cause un bonheur immérité. Ces deux affections naissent d’un sentiment honnête ; car, si, à la vue de ceux qui souffrent injustement, nous devons compatir et avoir pitié, nous devons également nous indigner à la vue de ceux qui sont heureux sans le mériter. Ce qui arrive en dehors du mérite est injuste ; et voilà pourquoi nous attribuons l’indignation, même aux dieux. Il semblerait aussi que l’envie est en quelque sorte opposée à la pitié, puisqu’elle se rapproche de l’indignation, et qu’elle se confond avec elle ; mais c’est une tout autre chose. L’envie est bien aussi une douleur qui nous trouble à la vue du bonheur d’autrui; mais elle ne s’attaque pas à l’indigne; elle s’attaque à notre égal et à notre semblable.»

http://books.google.fr/books?pg=PA193&dq=aristoteles+rh%C3%A9torique&id=-BoTAAAAQAAJ#v=onepage&q=&f=false

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Du mépris

octobre 17, 2009

On méprise ordinairement ce que l’on considère moralement inférieur à soi. La vertu définie par Aristote : les qualités résultant du vir, de l’intelligence, cette vertu méprise la bassesse (1) ou la scélératesse, dont le symbole est le serpent, – voir l’histoire d’Hercule dans laquelle, petit enfant, il terrasse deux serpents. –  Dans ce cas, la valeur selon laquelle on considère supérieur ou inférieur à soi est la vertu. Mais cette valeur n’est pas reconnue par tous les hommes, enfin si, lorsqu’il s’agit de leur intérêt collectif, tous se retrouvent pour célébrer ces grands principes moralistes professés par la gauche, mais lorsqu’il s’agit de chacun individuellement, c’est alors l’intérêt ou l’amour-propre qui sont privilégiés. Le riche méprisera le pauvre, car la valeur selon laquelle il jugera supérieur ou inférieur est la richesse ; il se croit humainement supérieur en raison de sa richesse ou de son pouvoir, sa valeur est donc pervertie. Un autre jugera supérieur ou inférieur selon son Ego, s’il est aimé d’untel, ce sera un homme de bien, s’il n’en est pas aimé, ce sera le contraire. Le plus courant c’est de prendre pour valeur l’intérêt personnel, et de juger autrui en fonction cet intérêt, celui qui sert cet intérêt sera estimé, celui qui le dessert  sera un homme de rien (Dans l’amitié d’Aristote, il est distingué trois sortes d’amitié : selon la vertu, l’utile, le plaisir.);  Le sentiment du mépris sera perverti si la valeur  est perverse, ces valeurs sont très diverses, pour l’un ce sera une similitude goûts, pour un autre l’appartenance à une côterie, pour cet autre, la mode du moment ; pour cet autre, une revanche à prendre : « On a fait comme ça avec moi, je fais comme ça avec les autres » ; Et ainsi de suite.

Dans tout système existe une valeur centrale autour de laquelle est forgée une moralité, une estime et un mépris, en fonction de ce qui est estimé supérieur ou inférieur à cette valeur ; peut-être tout un univers mental structuré de la façon dont l’explique Descartes (2) dans les passions de l’âme, définies par rapport à un objet dont la présence ou l’absence excite l’amour ou la haine, l’estime ou la mépris, et dont découle tout un système mental.

D’un point de vue pratique, il faut définir les valeurs auxquelles on croit pour éviter le flou, la confusion

1) Article ci-dessous ou ici:

https://antidragon.wordpress.com/2009/10/17/lestime-et-le-mepris/

2) Article ici :

https://antidragon.wordpress.com/2009/08/21/lordre-des-passions-selon-descartes/

https://antidragon.wordpress.com/2009/08/21/simplification-passions/

L’estime et le mépris

octobre 17, 2009

La rhétorique, ou L’art de parler… Bernard Lamy

«L’admiration, est suivie d’estime ou de mépris. Lorsqu’on remarque du bien dans l’objet qu’on a envisagé avec application, on l’estime, on le recherche, on l’aime. C’est pourquoi, comme vous le voyez, on n’estime proprement que ce qui est véritable, que ce qui est grand, que ce qui est bien fait, lorsqu’on fait estime des choses mauvaises, c’est en se trompant dans son jugement, ou en considérant ces choses sous une face qui n’est pas mauvaise. Ainsi un Orateur trompeur ne persuade que pour quelque temps, et ses auditeurs changent leur estime et leur amour en haine et en mépris, aussitôt qu’ils reconnaissent qu’ils ont été trompés.

Le mépris a pour objet la bassesse et l’erreur; c’est-à-dire, que cette passion est excitée lorsque l’âme n’aperçoit dans l’objet qu’elle considère, que de la bassesse et de l’erreur. On se laisse aller volontiers à cette passion. Elle est agréable, elle flatte cette ambition naturelle que tous les hommes ont pour la supériorité et pour l’élévation. On ne méprise véritablement que ce qu’on regarde au dessous de soi. Ce regard donne du plaisir, au lieu que ce n’est qu’avec chagrin qu’on lève les yeux pour considérer ce qui est au dessus de nous, parce que nous nous apercevons de ce que nous ne sommes pas. Les autres passions épuisent et intéressent la santé; mais celle-là lui est utile, et on peut dire qu’elle est plutôt un repos qu’un mouvement de l’âme, qui se délasse dans cette passion, au lieu que dans les autres elle travaille avec contention.

Tout mépris n’est pas agréable : car si le mal qui en est l’objet, est redoutable, pour lors on ressent de la crainte, qui est une véritable douleur ; mais si ce mal ne nous touche pas de fort près, et qu’on n’y prenne pas grand intérêt, le mépris qu’on en fait donne du plaisir, et est suivi du rire, qui accompagne ordinairement les excès de joie imprévus et extraordinaires. Il n’y a rien de plus utile pour détourner les hommes de quelque erreur, que de leur en donner du mépris et de la faire paraître ridicule. Car il n’y a rien qu’on appréhende davantage que d’être méprisé, ou d’être exposé à la risée de tout le monde.. Aussi une raillerie faite à propos, fait quelquefois plus d’effet, que le plus fort raisonnement,

Ridiculum acri Fortius & melius magnas  plerumque fecat res. ( ?)

Quand on combat avec de fortes raisons, la peine que trouve l’Auditeur à concevoir la suite d’un raisonnement sérieux, le rebute. Lorsqu’on lui propose quelque chose de grand, cette grandeur l’éblouit, et lui est un sujet d’humiliation; mais lorsqu’il n’est question que de rire et de se divertir, cet Auditeur s’applique volontiers, cette application lui tenant lieu de divertissement. Outre cela, le mépris qu’il fait de la chose qui lui paraît ridicule, et qu’il regarde de haut en bas flatte sa vanité. C’est pourquoi on excite et on entretient plus facilement le mépris, que toutes les autres passions, puisque les hommes aiment mieux mépriser qu’estimer, se divertir que de travailler. Ajoutez qu’il y a beaucoup de choses qu’il faut ainsi mépriser, et rendre ridicules, de peur de leur donner du poids en les combattant sérieusement«Multa funt fic digna revinci ne gravitate adorentur.»»

books.google.fr/lamy+baffeffe. P 412


Mauvaise foi, colère, impudence; Suite

septembre 26, 2009

Les mots n’ont pas aujourd’hui le même sens que celui du temps d’Aristote, ou bien, les traducteurs ne disposent pas des mots équivalents en Français.

Aujourd’hui, ce qui excite le mépris, c’est la bassesse. Mais le sentiment correspondant n’est pas l’indifférence (à ce qui ne peut nous faire ni bien ni mal), mais l’envie d’écraser du talon cette bassesse.

Le dédain, la hauteur peut exciter la colère, mais uniquement s’il se trouve dans ce dédain quelque chose d’offensant. C’est l’offense qui excite la colère. Le mépris immérité, les dédains, la vexation et l’outrage sont bien des offenses.

Offense : de ce qui est offensif. C’est une attaque, imméritée par définition; ce n’est pas une contre-attaque… c’est un coup que l’on reçoit sans l’avoir mérité.

Dans la traduction Gallimard : colère = « désir impulsif et pénible de vengeance d’un dédain notoire, ce dédain n’étant pas mérité.» Ce désir de vengeance doit cibler une personne particulière :

«La colère est un désir de vengeance apparente accompagné de douleur contre ceux qui ont montré un injuste mépris pour nous ou pour l’un des nôtres. Si cette définition est exacte, il est nécessaire que celui qui se livre à la colère le fasse toujours, non contre l’homme en général, mais contre un homme en particulier, par exemple Cléon, et que cet homme ait fait ou ait été sur le point de faire quelque chose contre lui, ou contre quelqu’un des siens»

Pour porter les français à la colère, il faut leur monter qu’ils ont été offensés par mépris, vexation ou outrage, par une personne particulière et sans qu’ils l’aient mérité. Il faut aussi tenir compte de l’auditoire, si l’on s’adresse à une assemblée de militants ou si l’on parle à la TV, l’auditoire n’est pas le même, dans un cas il est d’esprit viril et déjà convaincu, alors que dans l’autre cas il s’agit de l’opinion publique : une entité féminine, opiniâtre, qui refuse qu’on la place devant un tort quelconque; à qui il faut plaire, c’est le plus important, Elle sera convaincue par ce qu’elle éprouvera, si elle ressent de la colère, c’est qu’elle aura été offensée, si elle éprouve de la compassion, c’est que les personnes qu’on lui aura présenté sont des victimes injustement maltraitées. Elle détestera les personnes vis-à-vis desquelles elle aura ressenti de la colère, et elle aimera celles pour lesquelles elle aura de la pitié. Ce ressenti vaut pour une preuve; lorsque l’affaire est difficile ou obscure, c’est la meilleure preuve. Il décide de ce qui est vrai ou faux, bien ou mal, juste ou injuste, il donne raison ou tort à l’orateur selon qu’il a plût ou déplût.

Voir début : les deux articles suivants.

Moeurs et passions

septembre 26, 2009

Les passions ne concernent que l’auditeur, le juge, l’opinion publique :

«La suspicion, la pitié, la colère et les autres passions qui agitent l’âme,  ne regardent pas la cause elle-même, mais ne s’adressent qu’au juge.»

Pour convaincre cet auditeur, il faut le mettre en de bonnes dispositions :

« Un jugement étant la fin de toute espèce de discours, puisqu’il y a jugement dans les assemblées du peuple aussi bien que dans les tribunaux, il faut non-seulement considérer le discours en lui-même, afin de le rendre démonstratif et convaincant, mais il faut encore que l’orateur possède certaines qualités, et qu’il dispose l’auditeur d’une certaine façon *. Car il est très important pour l’orateur qui se propose de persuader, dans le genre délibératif surtout, et aussi dans le genre judiciaire, de se montrer doué de certaines qualités, et disposé à soutenir les intérêts des auditeurs ; et de plus, que les auditeurs eux-mêmes soient bien disposés pour lui. Dans les discours politiques, les qualités personnelles de l’orateur ont une plus grande importance ; mais dans les plaidoyers, ce sont les dispositions de ceux qui écoutent. Nos jugements varient selon que nous aimons ou haïssons, selon que nous sommes en colère ou de sang-froid. Les choses nous paraissent différentes, si nous avons une prévention en faveur de celui que nous allons juger, il nous semble, ou qu’il n’a pas commis d’injustice, ou que sa faute est légère ; le contraire arrive si nous avons une prévention défavorable. Poursuivons-nous de nos désirs et de nos espérances une chose dont la possession nous serait agréable, il nous semble qu’elle ne peut manquer d’arriver, et d’être pour nous un bien. Il en est tout autrement pour l’homme indifférent2 et pour celui qui doule du succès.»

On convainc le juge à l’aide de trois preuves :

« Les preuves que l’art de la parole nous fournit sont de trois espèces. Les premières dépendent des mœurs de l’orateur ; les secondes des divers sentiments qu’on inspire à l’auditeur ; les troisièmes se trouvent dans le discours lui-même, en tant qu’on démontre ou qu’on semble démontrer.1) L’orateur prouve par les mœurs, lorsqu’il parle de manière à inspirer de la confiance dans son caractère personnel ; car l’homme honnête nous persuade mieux et plus vite dans toutes les circonstances en général, mais surtout et d’une manière absolue, quand la vérité n’est pas facile à saisir et qu’elle reste dans le doute. Il faut que cette confiance naisse du discours lui-même, et non de l’opinion que nous avons déjà sur le caractère de l’orateur. Car il ne faut pas croire ce qu’ont écrit quelques-uns de ceux qui se sont occupés de la rhétorique, savoir que l’honnêteté de l’orateur ne contribue en rien à la persuasion ; c’est au contraire dans cette honnêteté que consiste, pour ainsi dire, toute la force de la persuasion 2). L’orateur prouve par le moyen des auditeurs, lorsqu’il excite les passions ; car nos jugements ne sont pas les mêmes, quand nous cédons à la douleur ou à la joie, à l’amitié ou à la haine. Voilà, disons nous, la seule partie de l’art que les rhéteurs de nos jours essaient de traiter. Nous en parlerons en détail quand nous nous occuperons des passions.3) Nous prouvons enfin par le discours lui-même, lorsque, par ce qu’il y a de persuasif dans chaque sujet, nous établissons le vrai et le vraisemblable.

Le caractère de l’orateur est une preuve: Des mœurs oratoires.

«Si l’orateur veut que sa parole produise la conviction, il doit posséder trois qualités, qui, indépendamment des preuves, sont pour nous autant de motifs qui nous portent à croire. Ces qualités sont la prudence, la probité et la bienveillance. Dans les discours et dans les délibérations publiques, on ne s’écarte de la vérité que parce qu’on manque de ces trois qualités, ou même d’une seule. Car c’est l’ignorance qui égare notre jugement; ou bien, le jugement étant droit, c’est la méchanceté qui nous empêche de dire franchement ce que nous pensons ; ou bien encore, nous sommes, il est vrai, prudents et probes, mais nous manquons de bienveillance ; ce qui fait que nous ne donnons pas les meilleurs conseils, quand nous pourrions le faire. Ces trois qualités sont les seules. Tout orateur qui paraîtra les posséder portera nécessairement la conviction dans l’esprit des auditeurs. Mais comment paraître prudent et probe ? Il faut voir à cet égard ce que nous avons dit quand nous avons parlé des vertus. Car les mêmes moyens qu’on emploie pour faire paraître les autres prudents et probes, on peut les employer pour soi-même. Quant à la bienveillance et à l’amitié, nous allons en parler maintenant, en traitant des passions.»

Le ressenti, les émotions sont des preuves :

«Les passions sont des mouvements de l’âme, qui changent nos jugements, et qui sont accompagnés de douleur et de plaisir3. Telles sont la colère, la pitié, la crainte, et toutes les autres émotions semblables, ainsi que leurs contraires. Mais en chacune d’elles, il faut considérer successivement trois choses : relativement à la colère, par exemple, quels sont les hommes sujets à se mettre en colère, qui sont ceux contre lesquels on se met ordinairement eu colère, et enfin, qu’elles s’ont les raisons pour lesquelles on se met en colère. En effet, si nous connaissions un seul, ou même deux de ces points, et non tous les trois, il nous serait impossible d’exciter la colère. II en est de même pour les autres passions. De même donc que nous avons déjà décrit les propositions qui conviennent à chaque genre, nous allons maintenant procéder et diviser d’après la méthode que nous venons d’indiquer.»

Aristote+Rhétorique+ Google Book

Mauvaise foi, colère, impudence, opiniâtreté et propagande.

septembre 25, 2009

Aristote; Rhétorique; Livre II

Dans cet article : Liste-des-passions- ; Aristote fait la liste des passions, des sentiments, qu’il est utile d’exciter chez les auditeurs, la vérité seule ne saurait les convaincre, les auditeurs sont des gens simples, il ne suffit pas de prouver, il faut leur faire éprouver : agir sur les esprits en excitant les passions.

«Il faut d’abord et avant tout leur plaire», dit Lebon, mais dans certains cas, lorsque la colère est méritée, il est utile que les auditeurs se mettent en colère; c’est le mépris qui existe la colère, il faut donc parfois présenter aux auditeurs les choses ou les personnes comme étant méprisables.

Le mépris est l’acte par lequel on signifie qu’une chose, une personne n’a pas de valeur : qu’elle ne peut nous faire ni bien, ni mal. Car, dit Aristote, ce qui peut nous faire du mal, on ne le méprise pas : on le craint, ce qui peut nous faire du bien, on ne le méprise pas : on le recherche. Le mépris est donc une opinion en acte, qui peut consister en parole ou se passer de parole. (si on jette un mégot de cigarette au pied d’une personne, on lui signifie son mépris.) Il précise, dans le livre II de la rhétorique, qu’il a y trois sortes de mépris : le dédain, l’esprit d’opposition et l’outrage. [Une autre traduction dit : trois sortes de dédains: mépris, vexation, outrage.] Par les dédains: on ignore volontairement, ou on maltraite pour signifier le peu de cas qu’on fait d’une personne. Par l’esprit d’opposition ou par la vexation, ou bien on contredit, ou bien on fait empêchement aux volontés d’autrui, non pas pour son propre avantage, mais pour faire pièce à cet autre. Par l’outrage, actes ou paroles, on cause des dommages ou du chagrin en des choses qui font éprouver de la honte, non pour en tirer du profit ou pour rendre la pareille, mais pour son propre plaisir. Rendre la pareille n’est pas outrager, mais se venger. La raison en est, selon Aristote, que ceux qui outragent pensent s’élever en rabaissant les autres, les jeunes et les riches y sont portés. Corriger une personne : la frapper ou lui faire la morale, la censurer ou lui donner des ordres, entre dans la catégorie des outrages lorsque le but visé est de faire sentir une supériorité : « la très haute estime et l’excellente essence en laquelle l’individu prétend agir. » comme dit Hegel. Le manque de respect entre dans l’outrage.

Passons maintenant à une autre catégorie, celle de la « stubborness »: l’entêtement stupide. L’opiniâtre, qui veut toujours avoir raison, qu’il ait raison ou tort, peu importe, est obligé, pour soutenir son point de vue de nier la réalité: il est dans le déni du réel car celui-ci lui donne tort, il doit donc aussi nier la vérité, donc s’opposer à la raison, et par suite il doit nier l’évidence: le 1+1=2.

Nier l’évidence est ce qu’on appelle être de mauvaise foi; Celui-là soutient mordicus que ce que vous croyez vrai, est en réalité faux; et que ce que vous pensez être faux, est en réalité vrai. Il soutiendra effrontément que 1+1 n’ont jamais fait 2, et par contre, insistera pour vous faire admettre qu’il est évident, et tout le monde le sait, que 1+1 font 3.

Nous avons ici les deux facettes de la propagande: l’une qui consiste à nier la réalité vécue chaque jour par les citoyens, et l’autre facette qui consiste à leur raconter des fables, des histoires; et à insister jusqu’à ce qu’ils cèdent et acceptent les mensonges qu’on veut leur faire avaler comme étant la vérité; jusqu’à ce que leur volonté renonce à nier le mensonge et à rétablir la vérité. (Il s’agit en fait de la volonté de l’opinion publique mesurée par les sondages. C’est de la guerre psychologique, en insistant c’est la volonté qu’on attaque.)

Or, dit Aristote, nier l’évidence est de l’impudence, et l’impudence est un mépris : le mépris, ce qui excite la colère. Il est donc naturel d’être en colère, et exaspéré, par les opiniâtres, ainsi que par la propagande incessante.

Mais au delà d’une simple question d’amour-propre : d’un manque de respect pour les citoyens, la propagande cherche à nuire volontairement à leurs intérêt, cette volonté de procéder injustement devrait être une nouvelle cause de colère : « Pour une chose qui réclame tout votre feu, vous êtes froid.»  Les Français qui restent froid sont des individus dont l’entendement est faussé : ils ne sentent ni l’insulte à leur intelligence, ni ne sont conscients des torts qu’ils subissent.

Définition et exemple d’opiniâtreté : Category/la-tante-a-dany/

«Il n’y a que la vérité ou l’apparence de vérité qui persuade.» Lamy

août 24, 2009

Des moyens d’instruire ou des preuves

22. On entend par preuves les raisons ou les motifs dont se sert l’orateur pour appuyer la vérité qu’il veut montrer.

23. La preuve est la partie fondamentale du discours, et c’est par là que l’éloquence diffère de ce qu’on appelle déclamation. Les meilleurs moyens d’intéresser et d’émouvoir sont toujours faibles, à moins qu’ils ne portent sur des motifs solides et vraiment sérieux. Avant d’exciter les passions de l’auditoire, il faut avoir convaincu l’esprit et éclairé la raison.

24. Tout homme qui écoute un discours a la prétention d’être impartial, de ne céder qu’à la prépondérance de la vérité et du droit. S’il voit qu’on s’adresse à ses passions et qu’on emploie les séductions de l’art pour dominer son esprit, cette tactique lui inspire de la défiance. Cicéron veut donc que l’orateur ne paraisse avoir d’autre but que de prouver et d’instruire, et qu’il ait soin de cacher les autres moyens qu’il emploie.

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 12

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«C’est le discours qui produit la persuasion , quand nous faisons sortir le vrai et le vraisemblable de ce que chaque sujet comporte de persuasif.» Aristote Rhétorique

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Il faut distinguer le vrai du vraisemblable. Le vraisemblable c’est ce qui parait vrai, qui peut l’être ou ne pas l’être. La doxa, l’opinion commune, (ce qui est admis) est vraisemblable par définition, mais non nécessairement. L’opinion publique peut se tromper ou être trompée. Un sophiste s’appuie sur le vraisemblable pour persuader qu’il a raison et paraître sage.


Les passions selon Descartes

août 21, 2009

Simplification Passions

août 21, 2009

Les passions Selon Descartes

Cette règle paraît suffisante pour à la fois comprendre les passions, l’effet qu’elles font et l’effet qui doit être produit.

Pour comprendre, il doit être adopté un point de vue égocentrique, c’est-à-dire rapporté à soi-même : c’est bon pour moi  ou mauvais pour moi, j’aime ou je n’aime pas, ça me plait ou ça ne me plait pas.

Ensuite on doit considérer que la passion sera en en rapport avec un objet qui est ou un Bien, ou un Mal, et cet objet considéré comme déjà dit par  rapport à soi-même, selon qu’il est bon pour soi ou mauvais pour soi, selon qu’on l’aime ou que l’on aime pas, selon qu’il nous plait ou nous déplait.

Ensuite l’objet étant toujours un Bien ou un Mal, on doit considérer les différents cas, selon que cet objet est en nous ou hors de nous, à portée de main ou hors de porté de main, suivant qu’il est à nous ou à un autre, suivant qu’il appartient à des hommes dignes ou indignes, suivant qu’il a été fait à nous ou à un autre, suivant qu’il est du passé ou regarde l’avenir, suivant s’il est rapporté à l’opinion publique (ou notre réputation). E c t

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Pour simplifier et comprendre les passions de Descartes; un tableau –  fait avec word – pas terrible !

Objet : Catégorie PASSION rapportée au BIEN PASSION rapportée au  MAL
L’objet cause de l’étonnement, de la surprise

Pas de passion

Pas de passion

L’objet cause de l’admiration S’il est grand

Estime

S’il est petit

Mépris

L’objet est rapporté à soi-même Et cause de l’estime

Magnanimité ou orgueil

Et cause du mépris

Humilité ou bassesse

L’objet en dehors de soi Et cause de l’estime

Vénération

Et cause de mépris

Dédain

L’objet est bon à notre égard C’est bon pour moi

Cela me plaît

J’aime

Amour

L’objet est mauvais à notre égard C’est mauvais pour moi

Cela ne me plaît pas

Je n’aime pas

Haine

Objet est rapporté au temps Futur

Désir

Aversion

Passé

Remords

Joie

L’objet est un bien Apparence qu’on l’obtienne

Espérance

Peu d’apparence qu’on l’obtienne

Crainte

Espérance extrême

Sécurité ou assurance

Crainte extrême

Désespoir

L’obtention du bien dépend de nous Election des moyens d’obtention

Courage

Irrésolution

Objet est  présent en nous

Joie

Tristesse

Objet étant un bien Appartient à des hommes dignes

Joie

Appartient à des hommes indignes

Envie

Objet fournit pas un autre Si c’est un bien

Reconnaissance

Ingratitude

Si c’est un mal

Colère

Objet est rapporté à l’opinion publique Si c’est un bien

Gloire

Si c’est un mal

Honte

Objet rapporté à la quantité, à la durée. Peu, court

Désir, appétit

Beaucoup, long

Dégoût

Arguments jouant sur le pathos

août 16, 2009

Sur un livre entier consacré à la rhétorique, une page seulement sur les passions :

***

« Agir sur les émotions du public, c’est le plus souvent provoquer sa pitié, sa crainte ou ses préjugés. Voyons quelques exemples.

D’abord, attirer la pitié est un argument relativement facile, très utilisé notamment dans la mendicité et la justice pénale. On l’appelle argument Ad misericordam. Il est manipulateur dans le sens où il esquive les questions de fond en faisant larmoyer. Il y a donc un déplacement du champ argumentatif vers celui du pathos, de l’affectif. On sait qu’un mendiant obtient plus de succès lorsqu’il est accompagné d’un animal ou d’un enfant. D’un point de vue strictement rationnel : l’argument est peu solide car, si l’on accepte le principe de la mendicité, on doit donner l’aumône à tous les mendiants, et si on le refuse, on ne doit rien donner à personne. La présence du chien ou de l’enfant (1) apitoie au premier degrés, par le seul fait qu’il s’agit d’êtres sans défense. Elle dispense de toute réflexion sur l’utilité sociale de la charité ; et pourtant elle est un argument efficace à rattacher, pourrait-on dire, à la sophistique de la sensiblerie. Cet argument peut se révéler inopérant s’il est manifestement hors de propos et lorsque l’orateur n’est pas assez sympathique (2) pour attirer valablement la pitié. […]

A l’inverse, on peut argumenter en position de force et promettre une gratification ou des représailles à un interlocuteur, pour autant qu’il soit réellement soumis ou en état d’infériorité. C’est ce qu’on appelle l’argument ad baculum (du bâton), formule à laquelle Christian Plantin ajoute carotamque (et de la carotte), parce qu’il ne faut pas dissocier la menace de la récompense, qui procèdent évidemment du même rapport de pouvoir. On peut alors se demander s’il s’agit encore vraiment d’un argument, puisque l’interlocuteur est privé de sa liberté. Il se trouve en fait enfermé de force dans un dilemme (la bourse ou la vie) le plus souvent présenté sous la forme d’une hypothèse ;  « si tu ne mange pas ta soupe, tu n’aura pas de dessert ». Lorsque l’argument prend la forme d’une menace de violence, on parle de commination. Ainsi parle l’empereur Alexis au capitaine Bordue, qu’il engage dans son armée :

– C’est bien, je te nomme sous-lieutenant au 10 ° régiment de cosaques, et gare à toi si tu trahis. Si tu te bats bien tu seras récompensé «  Alfred Jarry.

[…]

Outre la crainte et la pitié, il est parfois facile de jouer sur les préjugés du public en usant de l’argument Ad populam, ou argument démagogique. C’est un peu dans cet esprit que Victor Hugo exalte les vertus du  peuple dans sa préface de Ruiz Blas. »

****************

1) Les reportages qui montrent les sans-papiers à la rue avec leurs enfants, pour exciter le cœur des mères. Selon les cas les auteurs parle de pathos, d’affectif, de sentiment, d’émotions, d’émouvoir, de toucher le cœur.

2)  Il faut montrer que son adversaire est antipathique.

–  Autre exemple de commination, un prisonnier est embarqué sur un bateau et espère s’attirer les bonnes grâces d’un contremaître en lui offrant un diamant, celui-ci lui répond:

–  Soit, je t’écouterai au premier calme, mais si tu me fais perdre mon temps, je t’attache sur un fût de canon et te fais donner cent coups de fouet.

Il y a deux façons d’exciter la crainte, indirectement par la peinture des dangers qui menacent, ou par les menaces directes. Il y a mille façons de menacer, c’est un argument qui se retourne, il ne s’agit jamais que de rapports de force qui s’inversent  :

« Une massue abat une épée. »


Liste des passions; Complétée

août 14, 2009

Voici selon Aristote la liste des passions qu’il est utile d’exciter :

Le titre du paragraphe qu’il consacre à chacune d’entre elles :

De la colère.

Dans une autre traduction, il est dit colère = désir de vengeance d’un dédain notoire en acte. Trois sortes de dédain : mépris, vexation, outrage.


Du calme

De l’amitié et de la haine

De la crainte de de la confiance

Quelle sorte de choses, quelles personnes, en quel habitus (1) l’on craint, voilà qui deviendra évident par ce qui suit. Admettons donc que la crainte est une peine et un trouble consécutifs à l’imagination d’un mal à venir pouvant causer destruction ou peine : car on ne craint pas tous les maux, par exemple d’être injuste ou lent d’esprit, mais seulement ceux qui peuvent amener peine graves ou destructions, encore faut-il que ces maux apparaissent non pas éloignés, mais proches et imminents. Car l’on ne craint pas ceux qui sont très lointains, tous les hommes savent, en effet, qu’ils mourront; mais la mort n’étant pas proche, ils n’en ont aucun souci.

(1) habitus: Etat d’esprit, façon d’être habituelle.

De la honte et de l’impudence

De l’obligeance;

On dirait la reconnaissance aujourd’hui, pour la désobligeance, on parlerait d’ingratitude.


De la pitié


De l’indignation

De l’envie

De l’émulation et du mépris

Pour la suite, voir ici, à partir de la page 141   ->

http://books.google.fr/books?id=-BoTAAAAQAAJ&pg=PA29&dq=aristoteles+rh%C3%A9torique#v=onepage&q=&f=false

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Aristote traite à part l’épidictique, le discours qui traite de la façon de faire un éloge ou un blâme, (le beau et le laid; le vice et la vertu), on pourrait ajouter :

La passion de l’honneur et de la honte.

Ou pour dire les choses autrement : comment flatter, quels ressorts doit-on faire agir pour flatter ? Pour la honte ce sera l’inverse, les deux mots sont des inverses, même racine.

Les passions

août 1, 2009

En rhétorique, il s’agit de sentiments communs à tous les hommes, sentiments qu’il s’agit d’exciter en faveur de sa cause ou contre son adversaire

En faveur de sa cause pour les sentiments qui relèvent de l’amour.

Contre son adversaire  pour ceux qui relèvent de la haine.

***

Les passions sont aussi des désirs insatisfaits qui tourmentent  l’homme : l’ambition, l’avarice, la gourmandise, le désir de gloire, le libertinage, l’ivresse, la colère parfois……toute sa vie, l’homme court après la satisfaction de ses passions  comme après des chimères.

Il est possible que ces passions proviennent d’un besoin non satisfait durant l’enfance, l’esprit ferait alors un paralogisme : un raisonnement involontairement faux, le conduisant à croire que la satisfaction de ce besoin est le bonheur sur terre. Ce besoin se tournerait donc en désir recherché non plus pour satisfaire le nécessaire (le besoin)  mais pour lui-même.

Les psy affirment que les personnes ayant eut un père septique et une mère aimante sont souvent dévorés d’ambition, le besoin de reconnaissance par le père se tourne en un désir de reconnaissance par le public, désir jamais assouvi. La mère leur transmet une assurance en eux-mêmes à l’épreuve de tous les rebuts.

Dans un autre sens, le mot vient de pati : souffrir : la non satisfaction de ses désirs entraîne une souffrance….. et la satisfaction un plaisir provisoire toujours recherché.

La pratique de la religion chrétienne ou du Boudhisme sont censé apaiser les passions.

Eloquence de taille

juin 25, 2009

94. La bienveillance consiste dans le zèle que montre l’orateur pour les intérêts de ceux qui l’écoutent. Si l’orateur paraît nous vouloir notre bien et chercher notre avantage, il nous plaira et nous serons volontiers de son avis. Car nous sommes portés à croire ceux que nous aimons.

Eloquence :

juin 25, 2009

Instruire, plaire et toucher

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«  14. La logique, la grammaire et la rhétorique sont trois sœurs qui devraient toujours marcher de compagnie. La logique, dit Batteux, est l’art de bien penser ; la grammaire est l‘art de bien parler ; la rhétorique est l’art de bien dire. Bien penser c’est mettre de la précision et de la netteté dans ses idées, de la vérité dans ses jugements, de la justesse dans ses raisonnements. Bien parler c’est se servir de termes reçus et de construction légitimes. Bien dire, c’est parler de manière à se faire écouter et à persuader ceux qui écoutent.

16. les règles générales de rhétorique se divisent en autant de parties que l’orateur a d’opérations à faire. Or, quelque sujet qu’il traite, l’orateur a nécessairement trois opérations à faire ; la première est de trouver les choses qu’il doit dire, la seconde est de les mettre dans un ordre convenable, la troisième est de les bien exprimer.  De là trois parties dans la rhétorique : l’invention la disposition et l’élocution.

18. L’invention oratoire est la partie de la rhétorique qui enseigne à trouver les matériaux ou les idées dont peut se composer un discours.

19. D’après Cicéron et Quintilien, l’orateur se propose ordinairement trois objets principaux : Instruire, plaire et toucher : Erit eloquens, dit Ciceron, is qui ita dicet, ut probet, ut delectet, ut flectat : probare necessitatis est ; delectare, suavitatis ; flectere, victoriae. Il faut donc que l’orateur soit capable de remplir ces trois devoirs.

20. L’orateur instruit en montrant la vérité de ce qu’il avance ; il plait en gagnant la confiance de ses auditeurs ; il touche en leur inspirant des sentiments convenables au sujet. Dans le langage de l’école, il instruit par les preuves, il plait par les mœurs, il touche par les passions.

21 […] C’est au discernement de l’orateur à lui montrer l’emploi qu’il doit faire de ces trois moyens. Mais le but de la rhétorique est de les faire connaître tous, et nous devons parler successivement des preuves, des mœurs et des passions.

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 7 à 12

Exemple éloquence pure

juin 25, 2009

Cœur touché, cœur séduit ?

Des mœurs considérées dans l’orateur.

juin 22, 2009

89. Les mœurs considérées dans l’orateur consistent dans les qualités propres à lui concilier l’estime et l’affection, et à donner de son caractère une opinion favorable. Sans cette estime et cette affection, l’orateur court le risque d’échouer, même avec les meilleures raisons.

91. les principales qualités morales qui conviennent à l’orateur sont la probité, la prudence, la bienveillance et la modestie.

92. La probité consiste dans une certaine droiture de cœur qui fait que nous ne voulons tromper personne, Cicéron et Quintilien établissent en divers endroits la nécessité de cette vertu. Il importe beaucoup en effet, qu’on regarde l’orateur comme un homme vrai et sincère : c’est ce qui inspire la confiance et subjugue les cœurs. L’éloquence dit Fénelon, demande qu’on soit homme de bien et cru tel.

93. La prudence qu’on devrait plutôt nommer science ou sagesse, est un fond de bon sens et de lumières qui empêche l’orateur de tomber dans l’erreur et l’illusion.   [ Selon Aristote, la prudence est la disposition qui permet de bien choisir entre le bien et le mal pour soi-même. Elle est voisine de l’intérêt personnel ; La foule veut qu’on s’en préoccupe comme elle le fait elle-même.]

94. La bienveillance consiste dans le zèle que montre l’orateur pour les intérêts de ceux qui l’écoutent. Si l’orateur paraît nous vouloir notre bien et chercher notre avantage, il nous plaira et nous serons volontiers de son avis. Car nous sommes portés à croire ceux que nous aimons.

95. L’orateur est modeste lorsqu’il paraît s’oublier lui-même pour ne s’occuper que de son sujet.  ( Dans la partie sur l’exorde : 164. Vous pouvez montrer une certaine défiance de vos forces, et même de l’inquiétude en face du péril ; point de vanité ni d’ostentation. )

97. Pour montrer qu’il possède ces vertus, l’orateur se gardera bien de le dire en termes formels. Qu’il soit vraiment probe, prudent, bienveillant et modeste : ces vertus prêteront du charme à ses discours et viendront d’elles-mêmes se peindre dans son langage. «  Il y a, dit Chateaubriand, des délicatesses et des mystères de langage qui ne sont révélés que par le cœur et que n’enseignent pas les préceptes de rhétorique. »

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 42 à 47

Exemple d’éloquence

juin 21, 2009

Steeve Briois dans La voix est libre sur France 3 Nord

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Steeve Briois est éloquent, il respecte toutes les règles de l’orateur telles que définit par Cicéron et Quintilien.

La candidate verte l’est également,  pour les gens de gauche ce sont les les mœurs réelles qui posent problème.

Moyens d’entrer dans les cœurs

juin 21, 2009

Le coté manipulatoire:

« Le vrai moyen d’apprendre à connaître les passions, c’est de les étudier dans son propre cœur. Tous les hommes en portent en eux-mêmes le germe plus ou moins développé, d’où naissent à peu près dans tous, les mêmes sentiments et les mêmes affections. Les uns s’en laissent dominer, les autres y résistent : c’est la différence de l’homme vertueux à celui qui ne l’est pas.

Imposez-vous donc la loi de descendre en vous-même, quand vous voudrez peindre les passions. C’est moi que j’étudie, disait Fontenelle, quand je veux connaître les autres.

Moyens d’entrer dans les cœurs

Maintenant par quelles avenues pénétrerons-nous dans le cœur de ceux que nous voulons émouvoir ? C’est ce qui demande encore un examen très réfléchi. Il faut employer tantôt la douceur et les promesses, tantôt la crainte et les menaces. Ici faites valoir des ruses innocentes ; là déployez la force ouvertement. Présentez à l’un l’appât des récompenses ; éblouissez les yeux de l’autre par l’éclat de la gloire. Couvrez celui-ci de confusion, lancez contre lui les traits du ridicule ; faites trembler celui-là par l’aspect des dangers, de la servitude, de la mort. On a comparé très ingénieusement l’orateur qui veut gagner les cœurs au général qui fait le siège d’une ville. On peut approfondir et étendre cette comparaison par la réflexion. Elle donne une idée plus juste de l’art admirable de triompher des cœurs par le talent de la parole, et du discernement exquis qu’il suppose dans l’orateur. »

Abbé Girard ; Préceptes de rhétorique

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« 121.  C’est par les passions que l’éloquence triomphe et qu’elle règne sur les cœurs. Celui qui sait les exciter à propos maîtrise à son gré les esprits, il les fait passer de la tristesse à la joie, de la pitié  à la colère. Aussi véhément que l’orage, aussi rapide que les torrents, aussi brûlant que la foudre, il tonne, il brille, il renverse tout par les flots de son éloquence.

123. Pour maîtriser les passions et les employer à propos, deux conditions sont nécessaires à l’orateur : il doit posséder lui-même certaines qualités personnelles, et, en second lieu, il doit connaître les ressorts qui servent à exciter ou à calmer les passions.»

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 61

Définitions et différences ; rhétorique et éloquence

juin 21, 2009

6. La rhétorique est une collection de préceptes, d’exercices et de conseils sur l’éloquence. Elle a pour but de développer et de diriger le talent de ceux qui sont  nés plus ou moins éloquents, et elle sert à tous pour apprécier les discours d’un orateur ou les œuvres d’un écrivain.

Aristote la définit : le moyen de trouver dans chaque sujet ce qu’il y a de propre à persuader.

7. Il y a une grande différence entre la rhétorique et l’éloquence. L’éloquence est surtout un talent et un don de la nature, la rhétorique est un fruit de l’étude ou de l’art ; l’une trace la méthode, l’autre l’emploie. Elles diffèrent l’une de l’autre comme la théorie de la pratique.

8. L’éloquence a précédé la rhétorique, comme dans tous les arts la pratique a précédé la théorie. Il y eut des orateurs avant que personne n’enseignât à le devenir, ou du moins à l’être plus sûrement. On se mit, dit Girard, à étudier, à observer ces orateurs ; on examina par quel art ils éclairaient l’esprit et touchaient le cœur. Ces observations, recueillies par des hommes judicieux, formèrent des orateurs plus habiles encore. Ainsi de siècle en siècles, les règles se complétèrent, et c’est de là qu’est venu peu à peu ce corps de préceptes vulgairement appelé Rhétorique.

9. Les préceptes seuls ne peuvent pas rendre un homme éloquent, et la rhétorique suppose les dons naturels. Celui qui n’aurait pas reçut une intelligence capable de grandes pensées et un cœur accessible aux fortes émotions étudierait vainement tous les rhéteurs anciens et modernes. Il n’y puiserait jamais le pouvoir de dominer les esprits et d’entraîner les volontés. Le travail ne peut que développer et perfectionner l’éloquence. S’il en était autrement, il suffirait d’apprendre les règles de cet art pour être éloquent, et rien ne serait plus commun que les orateurs.

10. L’étude des préceptes est indispensable pour tous.

11. Les modèles les plus frappants ne jettent la lumière que sur un point, les règles éclairent toute la route. N’ayez donc pour elles ni un respect servile ni un présomptueux mépris.

12. Comme les préceptes de la rhétorique sont fondés sur l’expérience et la nature du cœur humain, l’essentiel est moins de les connaître que d’en découvrir l’esprit et l’usage.

13. On peut dire, en un sens très véritable,  que tout homme a besoin d’être éloquent. »

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 4

L’éloquence

juin 20, 2009

1. L’éloquence est la faculté de dominer les esprits, les cœurs et les volontés par la parole.

2. L’éloquence ne consiste pas seulement dans l’émotion du cœur, Quintilien dit, il est vrai : PECTUS EST QUOD DISERTA FACIT, c’est le cœur qui rend éloquent. M.Villemain dit à son tour : « l’éloquence est un don et un art. » Quelques auteurs récents définissent l’éloquence : le don d’être ému et l’art de transmettre l’émotion.

3. Pour éviter tous les malentendus et pour bien comprendre ce que les rhéteurs modernes ont écrit sur l’éloquence, il est bon de remarquer que ce mot peut se prendre en trois sens différents : dans un sens tout à fait large,  dans un sens moyen,  dans un sens rigoureux et restreint.

1 °  Dans le sens large, l’éloquence n’est que l’émotion éprouvée et communiquée.

2° Dans le sens moyen, elle est la  faculté de dominer les esprits, les cœurs et les volontés par la parole.

3° Dans le sens restreint et rigoureux, l’éloquence est le talent de persuader par le discours revêtu des formes oratoires. C’est ainsi que la considéraient les anciens lorsqu’ils la définissaient ARS BENE DICENDI ; l’art de bien dire

4. D’après Quintilien et tous les anciens, la vertu est une condition nécessaire à l’éloquence. Caton définit l’orateur VIR BONUS DICENDI PERTUS, un homme qui veut le bien et qui le sait persuader.

5. Quelques rhéteurs modernes prétendent qu’on peut être éloquent sans être vertueux. […] Il est d’ailleurs facile de remuer la foule quand on flatte les mauvaises passions.    [ voir la distinction entre mœurs réelles et mœurs oratoires.]

Cours élémentaire de rhétorique. M l’abbé de Verniolles P 1 à 5