Archive for the ‘ARISTOTE’ Category

Sommes-nous comptables des engagements pris par la république en notre nom ?

avril 24, 2010

Aristote ; Politique, livre  V / 4-12

Les origines et les causes des séditions et des révolutions.

« L’agitation atteint les régimes tantôt par violence, tantôt par ruse : par violence et alors la contrainte s’exerce immédiatement, dès le début, soit ultérieurement ; car la ruse peut aussi agir de deux façons ; tantôt après avoir abusé le peuple, on change la constitution avec son consentement ; puis, plus tard, on garde le pouvoir par la violence, sans son consentement. Tantôt on use de persuasion au début ; et ensuite, ces hommes, « mis en condition » par la persuasion, on les gouverne de leur plein gré. »

Aristote ; Politique ; Livre VI / 4-15

Les différentes formes de démocratie.

« Quant à la dernière espèce de démocratie, à cause de la participation de tous au pouvoir, ni toute cité n’est à même de la subir, ni elle-même ne peut se maintenir facilement sans avoir de bonnes assisses grâces à ses lois et à ses moeurs. Pour édifier cette démocratie, les dirigeants donnent d’ordinaire de la force au peuple en lui adjoignant le plus de gens possible et en donnant le droit de cité non seulement aux fils légitimes, mais encore aux bâtards et aux enfants dont un seul des parents est citoyen : je veux dire le père ou la mère ; tout le monde, en effet, convient à une démocratie de ce genre. Voilà comment d’ordinaire les chefs du peuple (dem-agogues) établissent leur régime ; toutefois cette adjonction de citoyens ne doit se faire que jusqu’au point où la masse l’emporte en nombre sur les notables et la classe moyenne, et ne pas dépasser cette limite. En effet, en allant au-delà, on accroît le désordre dans l’Etat et l’on incite les notables à tolérer encore moins facilement la démocratie ; ce fut précisément la cause de la révolte à Cyrène. Un mal, inaperçu lorsqu’il est léger, saute davantage aux yeux quand il a grandit.

De plus, sont utiles aussi pour une démocratie de cet sorte des mesures semblables à celles qu’utilisèrent, à Athènes, Clisthène, lorsqu’il voulut renforcer la démocratie et, à Cyrène, les fondateurs du régime populaire ; Il faut créer d’autres tribus et phratries plus nombreuses, regrouper les cultes privée en un petit nombre de cultes publics et user de tous artifices pour que les citoyens se mêlent le plus possible les uns aux autres et que leurs relations anciennes sont rompues.

De plus, les dispositions propres à la tyrannies, de l’avis général, conviennent toutes à cette démocratie ; je veux dire, par exemple, l’insubordination des esclaves (qui pourrait être utile jusqu’à un certain point) , des femmes et des enfants, et l’indifférence au genre de vie que chacun veut mener ; on aura de fait, grand intérêt à venir en aide à un régime de ce genre, car la multitude trouve plus d’agrément à vivre dans le désordre que dans une sage discipline. »

Aristote ; Politique ; Livre III / 2-2

Qui est citoyen ?

Gorgias de Léontini, peut-être moitié conscient de la difficulté, moitié par ironie disait : «  Les ustensiles faits par les fabricants de mortiers sont des mortiers, et de mêmes sont les Larisséens les citoyens « fabriqués » par leurs « démiurges », car certains de ces magistrats sont des « fabricants » de Larisséens. » [ les magistrats Larisséens donnent la citoyenneté Larisséenne à des étrangers, ce sont donc des fabricants de Larisséens.]

Mais la chose est bien simple, si ces aïeux participaient au pouvoir politique dans le sens de la définition donnée, ils étaient citoyens, car la définition du citoyen comme « né d’un citoyen ou d’une citoyenne » ne saurait s’appliquer aux premiers habitants ou fondateurs d’une cité.

Mais voici une chose qui crée peut-être plus de difficulté : c’est le cas de ceux qui ont acquis le droit de cité à la suite d’une révolution et dont on a un exemple dans les mesure prises par Clistène à Athènes après l’expulsion des tyrans : il incorpora dans les tribus beaucoup d’étrangers et d’esclaves domiciliés. La difficulté dans leur cas est de savoir, non pas qui est citoyen, mais si tel citoyen l’est légitimement ou non. Toutefois on pourrait encore ajouter cette question : n’est-il pas vrai qu’un citoyen, s’il ne l’est pas légitimement, n’est pas du tout un citoyen, car les termes « illégitimes » et « faux » se valent ? Mais puisque nous voyons aussi certains magistrats exercer illégitimement leur pouvoir – pouvoir dont nous affirmons la réalité mais non la légitimité – .et que, d’autre part, le citoyen se définit par un certain pouvoir, il faut évidemment dire que ces gens-là sont aussi des citoyens.

III 1- Quant à savoir s’ils sont citoyens légitimement ou illégitimement, ceci se rattache étroitement à un débat précédemment exposé. Des gens, en effet, se demandent à quel moment c’est la cité qui agit et quand ce n’est pas la cité : par exemple, lorsqu’on passe d’une oligarchie ou d’une tyrannie à une démocratie. Certains alors refusent de s’acquitter des engagements contractés, sous prétextes que ce n’est pas la cité, mais le tyran qui les a pris ; Ils rejettent aussi beaucoup d’autres obligations de même genre, sous prétexte que certains régimes ont pour raison d’être la domination et non l’intérêt général. Si donc on a une démocratie de ce type, il faudra attribuer à cet Etat les actes de ce régime au même titre que ceux de l’oligarchie ou de la tyrannie.

Le maintien de la tyrannie 3/3

août 10, 2009


Voilà le premier moyen de conserver la tyrannie.  Le second est presque en tout opposé à celui ci; il dérive des causes qui détruisent la royauté.

En effet, la royauté périt si elle se change en tyrannie; mais la tyrannie se maintient si elle adopte les principes de la royauté. Seulement elle se réservera les moyens de force, de manière que, même en obtenant la soumission volontaire, elle puisse néanmoins contraindre à l’obéissance; car s’il n’y avait plus de soumission forcée, il n’y aurait plus de tyrannie. Cette base nécessaire une fois assurée, pour conserver le caractère essentiel de la tyrannie, le tyran gouvernera tantôt d’après les saines maximes de la royauté, tantôt il en prendra hypocritement les dehors. D’abord, il paraîtra s’intéresser vivement à la chose publique. Il évitera les dépenses qui irritent le peuple : lorsqu’il voit prodiguer à des étrangers, à des histrions, à des courtisanes, le produit de ses privations et de ses travaux.  Il rendra un compte exact de la recette et de la dépense, mesure déjà adoptée par quelques tyrans. Alors on oubliera le tyran pour ne voir que le sage administrateur. […]

Il paraîtra n’exiger les impôts et les contributions que dans la vue d’une sage économie, et pour avoir des ressources, s’il est forcé de faire la guerre. En un mot, il faut qu’on ne voie en lui que le bon économe qui a soin des finances de l’État, plutôt que de sa propre fortune. Le tyran ne doit pas se montrer sévère, mais grave, de manière que ceux qui l’approcheront éprouvent moins de crainte que de respect,  sentiment si difficile à inspirer lorsqu’on est voué au mépris. Il faut, pour obtenir ce respect, que, s’il fait peu de cas de la vertu, il ait au moins l’adresse de passer pour vertueux; que jamais ni lui; ni tout ce qui l’environne; ne se permette ni injure ni violence; qu’il n’outrage jamais aucune personne de l’un ou de l’autre sexe; que ses femmes se conduisent avec la même réserve à l’égard des autres femmes; car les femmes aussi ont par leur insolence renversé plus d’une tyrannie. […]

Qu’il sache user modérément de ses plaisirs, ou du moins qu’il ait l’air de les fuir : on ne surprend et on ne méprise jamais l’homme qu’on sait être sobre et éveillé, mais bien l’homme ivre et endormi.  Il devra se conduire presque toujours d’après des principes opposés à ces anciennes maximes que nous avons citées.  S’il élève des édifîces, ce sera pour embellir la ville en sage administrateur, et non en tyran. Surtout il prendra grand soin de la religion et des dieux. Les sujets redoutent moins les injustices du prince, lorsqu’ils sont persuadés qu’il est religieux et qu’il respecte la divinité. Ils sont moins disposés à conspirer contre lui, parce qu’ils le croient protégé du ciel.  Mais ici qu’il soit habile à éviter le plus léger soupçon d’hypocrisie.

Le talent sera honoré par des récompenses si belles, qu’il n ait pas lieu d’envier les prix distribués par un peuple libre.  Le tyran sera lui même le dispensateur des distinctions flatteuses, et laissera aux magistrats et aux juges le soin de punir. Il se gardera de faire un citoyen trop grand, politique qui lui sera commune avec tous les gouvernements monarchiques; ou du moins, il en élèvera plusieurs à la fois parce qu’ils s observeront réciproquement.  Cependant il peut être forcé de confier à un seul homme de grands pouvoirs; alors, qu’il ne choisisse point un  esprit fier et entreprenant.  Les hommes de ce caractère sont toujours prêts à tout.  Si la politique lui ordonne de détruire une trop grande puissance, il la sapera insensiblement, au lieu de la briser d’un seul coup.  Il ne se permettra jamais d’outrages contre les personnes, ni d’insulte contre la jeunesse. Il ménagera principalement la délicatesse des âmes fières.  L’avare craint par dessus tout la diminution de son trésor.  De même, les âmes fières s’indignent lorsqu’on diminue leur honneur.  Il ne faut pas sévir ainsi contre de tels hommes, ou les punitions doivent être infligées paternellement, et non pas avec mépris. Si quelque objet a captivé son cœur, qu’il jouisse en amant non en maître; enfin s’il a flétri l’honneur, que la réparation soit plus grande que l’offense. […]

Comme la cité est composée de pauvres et de riches, le tyran persuadera aux deux partis que leur conservation dépend du maintien de son autorité; il empêchera leurs injustices réciproques. Si l’un des deux partis est le plus fort, il s’attachera surtout à se concilier son affection, afin que, dans un moment de crise, il ne soit pas obligé d’armer les esclaves ou de désarmer les citoyens. Au reste, quelle que soit la classe qu’il aura pour lui, ce moyen de puissance, ajouté à ses autres ressources, lui donne la prépondérance sur toute espèce de conspirateurs.

Mais il est inutile d’entrer dans de plus grands détails; le but évident du tyran consiste à s’effacer, de manière à ne laisser voir que l’administrateur et le roi, à rapporter tout au bien général plutôt qu’à son intérêt particulier, à vivre avec retenue en évitant les excès, à se familiariser avec les grands, en même temps qu’il sera libéral envers le peuple. Avec de tels moyens, il fera aimer son gouvernement, et lui imprimera un caractère de grandeur, parce que ses sujets seront meilleurs, et point avilis. Il ne vivra pas toujours craint, toujours haï, et il assurera la durée de sa puissance. En un mot le tyran doit être ami de la vertu ou demi – bon, point méchant ou demi – méchant.


http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

Aristote; Politique P 258

La tyrannie : ses trois moyens 2/3

août 9, 2009

Tels sont les moyens de conservation de la tyrannie…:

1. Avilir les sujets

2.  Semer entre eux la défiance

3. Leur retirer tout pouvoir d’agir

***

La tyrannie, caractéristiques et maintien 1/3

août 8, 2009

Aristote; Politique; Livre V; Le code des tyrans

La tyrannie se conserve par deux moyens tout opposés.  Le premier employé par tradition, est comme le code des tyrans, qui a été, dit-on, en grande partie, dressé par Périandre de Corinthe;  quelques institutions empruntées du despotisme des Perses en forment le complément

Voici en quoi consiste la politique des tyrans pour conserver leur puissance : abaisser les grands, se défaire des hommes de cour, ne permettre ni banquets, ni réunions, ni éducation, ni établissements de ce genre; repousser toute institution propre à faire naître la grandeur d’âme ou la confiance; ne permettre ni écoles ni colléges destinés à l’instruction; faire en sorte que les sujets n’apprennent pas à se connaître, parce que les relations amènent la confiance réciproque;  forcer les citoyens de se montrer et de sortir fréquemment, afin de mieux savoir ce qu’ils font; avilir les hommes, en les tenant dans un perpétuel esclavage : ces moyens ou d’autres employés par la politique des monarques perses ou barbares, sont tous dans l’esprit de la tyrannie et efficaces pour la maintenir. En voici d’autres : tâcher de savoir tout ce qui se dit, tout ce qui se fait; avoir dans cette vue des espions, comme ces femmes chargées de rapporter tout ce qui se passait à Syracuse; envoyer comme Hiéron, des oreilles dans les groupes et les assemblées, parce que la défiance empêche de parler librement, ou que si cela arrive, les gens hardis sont signalés;  semer la discorde et la calomnie, mettre aux prises les amis avec les amis, le peuple avec les grands, les riches avec les riches.  Un autre principe de la tyrannie, est d’appauvrir les sujets, afin qu’ils n’aient pas les moyens d’entretenir une force armée, et que, réduits tous les jours à travailler pour vivre, ils n’aient pas le temps de conspirer. Telle fut la cause politique qui a fait construire les pyramides d Égypte, les monuments sacrés des Cypsélides, le temple de Jupiter, l’Olympien par les Pisistratides, enfin les fortifications de Polycrate de Samos.  Le but de tous ces monuments était de tenir le peuple pauvre et occupé.

Le système d’impôts, tel qu’il était établi à Syracuse, tendait à un but semblable. Ainsi, Denys de Syracuse leva dans cinq ans des contributions qui égalaient la valeur de toutes les propriétés.

Le tyran fait aussi la guerre, afin de tenir ses peuples en haleine, et d’être leur chef nécessaire. Les rois se maintiennent par leurs amis.  Le tyran se défie surtout des siens, parce qu’il est naturel que tous veuillent lui nuire, et que des amis surtout en ont les moyens.  Les institutions de l’extrême démocratie sont toutes dans l’esprit de la tyrannie : licence accordée aux femmes dans l’intérieur des maisons,(1) afin qu’elles dénoncent leurs maris; indulgence pour les esclaves, afin qu’ils trahissent leurs maîtres. Les femmes et les esclaves ne conspirent point contre les tyrans, et, vivant selon leur bon plaisir, sont très attachés aux tyrannies et aux démocraties, car le peuple veut aussi faire le tyran.  La démagogie et la tyrannie se rapprochent encore par leur goût pour les flatteurs; le peuple veut des démagogues qui l’adulent; le tyran aime le langage de la soumission, qui est une sorte de flatterie; aussi aime-t-il les méchants, parce que ceux-là le flattent. L’homme généreux et libre ne descendrait pas à tant de bassesse : il aime et ne flatte jamais. D’ailleurs le tyran a besoin des méchants pour exécuter ses projets pervers; car comme dit le proverbe, un clou chasse l’autre

Il est encore dans son caractère de ne point aimer les hommes graves et libres, parce qu’il prétend posséder seul ces qualités, et qu’un tel homme lui paraît un rival de supériorité et de puissance. Il le hait donc comme un ennemi de son gouvernement.  Il est encore dans son système de prendre pour amis et pour compagnons de ses plaisirs des étrangers plutôt que des citoyens.  Il regarde ceux-ci comme des ennemis et ceux-là comme indifférents. Tels sont les moyens de conservation de la tyrannie, on voit qu’il sont tous marqués du sceau de la perversité.

1. Une autre traduction donne:  » domination des femmes à la maison (Gynécocratie) »

GOOGLEBOOK PAGE 253 :

http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

En passant par traducteur, mais il faut remettre la ponctuation.

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Autre traduction du dernier paragraphe:

«C’est encore une marque du tyran que ni une âme grande ni un esprit libre ne lui plaisent; car le tyran prétend avoir  le monopole de telle qualités, et quiconque lui oppose sa grandeur d’âme ou fait preuve de liberté d’esprit frustre la tyrannie de sa supériorité et de son pouvoir despotique; dès lors, le tyran le hait comme un agent subversif pour son autorité. Une autre marque du tyran, c’est d’avoir pour commensaux et pour compagnons de ses journées des étrangers plutôt que ses concitoyens : ceux-ci, à ses yeux, sont des ennemis, tandis que ceux-là ne sont pas gens à faire de l’opposition.»


Riches et pauvres.

août 8, 2009

Aristote ; Politique; Livre IV

GOOGLEBOOK Page 182

http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

La numérotation des livres de la Politique dépendent des traducteurs. Il n’est pas possible de mettre en citation comme on le voudrait parce qu’il doit exister des droits de traduction sur les éditions en vente actuellement.

Le texte est composé d’images accolées, on ne peut ni souligner, ni sélectionner tel qu’on le voudrait.

 

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Toute société politique se divise en trois classes, les riches, les pauvres et la classe moyenne. S’il est vrai que la médiocrité ou le moyen terme est le point de perfection, la médiocrité de fortune sera le bien le plus desirable ; du moins est-il constant, que l’homme, dans cette position, est très disposé à suivre la voie de la sagesse.

Voyez l’homme fier de sa beauté, de ses forces, de sa naissance, ou de ses richesses ; voyez le pauvre accablé par la misère, le défaut de moyens et l’humiliation : tôus deux sont souvent sourds à la voix de la raison. Les premiers sont insolents et orgueilleux ; les autres deviennent fourbes et fripons. De là, mille injustices, résultat nécessaire de la méchanceté et de l’insolence ; également déplacés dans un conseil et dans une tribu, les uns et les autres sont très dangereux dans un État. Ajoutez que des hommes puissants par leurs richesses, leurs forces, leurs amis, et tant d’autres moyens, ne veulent ni ne savent obéir. Ils sucent l’indépendance avec le lait : élevés au sein de toutes les jouissances, ils commencent dès l’école à mépriser la voix de l’autorité. Les pauvres, au contraire, obsédés par la détresse, perdent tout sentiment de dignité : incapables de commander, ils obéissent en esclaves, tandis que les riches qui ne savent pas obéir, commandent en despotes. L’État n’est alors qu’une agrégation de maîtres et d’esclaves ; il n’y a point là d’hommes libres. Jalousie d’un côté, mépris de l’autre, où trouver l’amitié, et cette bienveillance mutuelle qui est l ame de la société ? Voudrait on voyager avec un compagnon qu’on regarde comme un ennemi ?

Un État, d’après le vœu de la nature, doit être composé d’éléments qui se rapprochent le plus possible de l’égalité. Or telle est la classe intermédiaire. Elle est l’élément que la nature destine à la composition de l’État ; c’est par elle que l’État sera bien gouverné ; c’est encore cette classe moyenne, dont l’existence est la plus assurée : elle ne desire pas le bien d’autrui comme les pauvres ; sa fortune n’est pas convoitée comme celle des riches ; elle ne conjure point, on ne conspire pas contre elle, elle vit dans une profonde sécurité ; c’est la pensée si vraie de Phocylide * :

Honnête médiocrité, objet de mes voeux.

Oui, il est vrai que la classe moyenne est la base la plus sûre d’une bonne organisation sociale  ; il est vrai qu’un État aura nécessairement un bon gouvernement si cette classe a la prépondérance sur les deux autres réunies, ou du moins sur chacune d’elle » en particulier. C’est elle qui, se rangeant d’un côté, fera pencher l’équilibre et empêchera l’un ou l’autre extrême de dominer ; aussi les gouvernants jouissant d’une honnête aisance assureront-ils le bonheur de l’Etat. Si le gouvernement est entre les mains de ceux qui ont trop ou trop peu, ce sera ou une fougueuse démocratie ou une oligarchie despotique. Or, quel que soit le parti dominant, l’emportement de la démocratie ou de l’oligarchie conduit droit à la tyrannie. La classe moyenne est bien moins exposée à tous ces excès. Nous en développerons les causes, lorsque nous traiterons des révolutions. Un autre avantage inappréciable de la classe intermédiaire, c’est qu’elle seule ne s’insurge jamais : partout où elle est en majorité, on ne connaît ni ces inquiétudes, ni ces réactions violentes qui ébranlent le gouvernement. Les grands États sont moins exposés aux mouvements populaires. Pourquoi ? parceque la classe moyenne y est nombreuse. Mais les petits États sont souvent divisés en deux partis, parce qu’on n’y trouve que des pauvres et des riches, c’est-à-dire les extrêmes sans intermédiaire.

C’est cette classe moyenne qui assure aux démocraties une solidité et une durée que n’a pas le régime oligarchique. Elle est ordinairement nombreuse dans les démocraties, et y parvient aux honneurs plus aisément que dans l’oligarchie. Mais, s’il arrive que le nombre des pauvres augmente, et que la classe moyenne ne croisse pas dans la même proportion, le corps politique éprouve des convulsions qui le conduisent bientôt à la mort.

 

 

Les constitutions et leurs déviations.

août 4, 2009

Aristote ; Politique; Livre III; Chapitre IV et V

§ 7. Donc évidemment, toutes les constitutions qui ont en vue l’intérêt général sont pures, parce qu’elles pratiquent rigoureusement la justice. Toutes celles qui n’ont en vue que l’intérêt personnel des gouvernants, viciées dans leurs bases, ne sont que la corruption des bonnes constitutions ; elles tiennent de fort près au pouvoir du maître sur l’esclave, (1) tandis qu’au contraire la cité n’est qu’une association d’hommes libres.

§ 8. Après les principes que nous venons de poser, nous pouvons examiner le nombre et la nature des constitutions, et nous nous occuperons d’abord des constitutions pures ; une fois que celles-ci seront déterminées, on reconnaîtra sans peine les constitutions corrompues.

CHAPITRE V.

§ 1. Le gouvernement et la constitution étant choses identiques, et le gouvernement étant le maître suprême de la cité, il faut absolument que ce maître soit, ou un seul individu, ou une minorité, ou enfin la masse des citoyens. Quand le maître unique, ou la minorité, ou la majorité gouvernent dans l’intérêt général, la constitution est nécessairement pure ; quand ils gouvernent dans leur propre intérêt, soit dans l’intérêt d’un seul, soit dans l’intérêt de la minorité, soit dans l’intérêt de la foule, la constitution est déviée de son but, puisque de deux choses l’une : ou les membres de l’association ne sont pas vraiment citoyens ; ou, s’ils le sont, ils doivent avoir leur part de l’avantage commun.

§ 2. Quand la monarchie ou gouvernement d’un seul a pour objet l’intérêt général, on la nomme vulgairement royauté. Avec la même condition, le gouvernement de la minorité, pourvu qu’elle ne soit pas réduite à un seul individu, c’est l’aristocratie, ainsi nommée, soit parce que le pouvoir est aux mains des gens honnêtes, soit parce que le pouvoir n’a d’autre objet que le plus grand bien de l’État et des associés. Enfin, quand la majorité gouverne dans le sens de l’intérêt général, le gouvernement reçoit comme dénomination spéciale la dénomination générique de tous les gouvernements, et se nomme république. § 3. Ces différences de dénomination sont fort justes. Une vertu supérieure peut être le partage d’un individu, d’une minorité ; mais une majorité ne peut être désignée par aucune vertu spéciale, [1279b] excepté toutefois la vertu guerrière, qui se manifeste surtout dans les masses ; la preuve, c’est que, dans le gouvernement de la majorité, la partie la plus puissante de l’État est la partie guerrière ; et tous ceux qui ont des armes y sont citoyens.

§ 4. Les déviations de ces gouvernements sont : la tyrannie, pour la royauté ; l’oligarchie, pour l’aristocratie ; la démagogie, pour la république. La tyrannie est une monarchie qui n’a pour objet que l’intérêt personnel du monarque ; l’oligarchie n’a pour objet que l’intérêt particulier des riches ; la démagogie, celui des pauvres. Aucun de ces gouvernements ne songe à l’intérêt général.

(1) un despote est un maître d’esclaves.

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique3.htm#VII

Livre IV Chapitre II-1

« Dans notre première enquête sur les constitutions nous avons distingué, d’une part les trois constitutions correctes : royauté, aristocratie et politie; d’autre part, leurs déviations : la tyrannie : déviation de la royauté; l’oligarchie : déviation de l’aristocratie; la démocratie : (démagogie ?) déviation de la politie (république ?). »

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Comparaisons des traductions :

§ 2. Quand la monarchie ou gouvernement d’un seul a pour objet l’intérêt général, on la nomme vulgairement royauté. Avec la même condition, le gouvernement de la minorité, pourvu qu’elle ne soit pas réduite à un seul individu, c’est l’aristocratie, ainsi nommée, soit parce que le pouvoir est aux mains des gens honnêtes, soit parce que le pouvoir n’a d’autre objet que le plus grand bien de l’État et des associés. Enfin, quand la majorité gouverne dans le sens de l’intérêt général, le gouvernement reçoit comme dénomination spéciale la dénomination générique de tous les gouvernements, et se nomme république.

Autre traduction:

«3. Nous appelons d’ordinaire royauté celles des monarchies qui a en vue l’intérêt général et aristocratie, le gouvernement d’un petit nombre, mais non d’une seule personne, soit parce que les meilleurs ont le pouvoir, soit parce que leur pouvoir a pour objet le plus grand bien de la cité et de ses membres; quand la masse gouverne la cité en vue de l’intérêt général, on donne à ce gouvernement le nom de politie, qui est commun à toutes les constitutions

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remarque sur les traductions:

SUIVANT LES TRADUCTIONS on parle de politie ou de république, qui sont des synonymes, et de démocratie ou de démagogie, idem.

Une traduction dit : démocratie déviation de la politie.

Une traduction dit: démagogie déviation de la république.

Déviation : la traduction peut être corruption

Distinctions

août 4, 2009

§ 7. Mais la raison nous dit assez que la domination de la minorité et celle de la majorité sont choses tout accidentelles, celle-ci dans les oligarchies, celle-là dans les démocraties, parce que les riches forment partout la minorité, comme les pauvres forment partout la majorité. Ainsi, les différences indiquées plus haut ne sont pas de véritables difficultés. Ce qui distingue essentiellement la démocratie et l’oligarchie, c’est la pauvreté et la richesse ; et partout où le pouvoir est aux riches, majorité ou minorité, c’est une oligarchie ; partout où il est aux pauvres, c’est une démagogie. Mais il n’en est pas moins vrai, je le répète, que généralement les riches sont en minorité, les pauvres en majorité. La richesse n’est qu’à quelques-uns, mais la liberté est à tous. Ce sont-là, du reste, les causes des dissensions politiques entre les riches et les pauvres.

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/Aristote/politique3.htm#VII

Normalement nous serions en république ou politie:

«Quand la majorité gouverne dans le sens de l’intérêt général, le gouvernement reçoit comme dénomination spéciale la dénomination générique de tous les gouvernements, et se nomme république»

Mais :

«Partout où le pouvoir est aux pauvres, c’est une démagogie.»

=> Lorsque la droite est au pouvoir, sommes-nous en république, en démocratie ou en oligarchie ?

=> Lorsque la gauche gouverne, sommes-nous en république, en démocratie ou en démagogie ?

République : la masse gouverne dans l’intérêt général.

Oligarchie : les riches gouvernent.

Démocratie : le pouvoir appartient au peuple.

Démagogie : les pauvres gouvernent.

Liste des passions

août 4, 2009

Voici selon Aristote la liste des passions qu’il est utile d’exciter, le détail de chacune de ces passions et la façon de l’exciter sera exposé selon les recherches ultérieures :

Le titre du paragraphe qu’il consacre à chacune d’entre elles :

De la colère

Du calme

De l’amitié et de la haine

De la crainte de de la confiance

Quelle sorte de choses, quelles personnes, en quel habitus (1) l’on craint, voilà qui deviendra évident par ce qui suit. Admettons donc que la crainte est une peine et un trouble consécutifs à l’imagination d’un mal à venir pouvant causer destruction ou peine : car on ne craint pas tous les maux, par exemple d’être injuste ou lent d’esprit, mais seulement ceux qui peuvent amener peine graves ou destructions, encore faut-il que ces maux apparaissent non pas éloignés, mais proches et imminents. Car l’on ne craint pas ceux qui sont très lointains, tous les hommes savent, en effet, qu’ils mourront; mais la mort n’étant pas proche, ils n’en ont aucun souci.

(1) habitus: Etat d’esprit, façon d’être habituelle.

De la honte et de l’impudence

De l’obligeance

De la pitié

De l’indignation

De l’envie

De l’émulation et du mépris

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Aristote traite à part l’épidictique, le discours qui traite de la façon de faire un éloge ou un blâme, (le beau et le laid; le vice et la vertu), on pourrait ajouter :

La passion de l’honneur et de la honte.

Ou pour dire les choses autrement : comment flatter, quels ressorts doit-on faire agir pour flatter ? Pour la honte ce sera l’inverse, les deux mots sont des inverses, même racine.

Les quatres constitutions.

août 2, 2009

Aristote   384-322 av. J.-C;  Rhétorique. Livre I, 8

« I. La condition la plus importante, la principale pour pouvoir persuader et délibérer convenablement, c’est de connaître toutes les espèces de gouvernement et de distinguer les moeurs, les lois et les intérêts de chacun d’eux.


II. En effet, tout le monde obéit à la considération de l’utile; or il y a de l’utilité dans ce qui sert à sauver l’Etat. De plus, l’autorité se manifeste de par celui qui la détient; or les conditions de l’autorité varient suivant la forme de gouvernement. Autant d’espèces de gouvernement, autant d’espèces d’autorité.


III. Il y a quatre espèces de gouvernement : la démocratie, l’oligarchie, l’aristocratie, la monarchie; de sorte que l’autorité qui gouverne et celle qui prononce des jugements se composent toujours d’une partie ou de la totalité des citoyens.


IV. La démocratie est le gouvernement dans lequel les fonctions sont distribuées par la voie du sort; l’oligarchie, celui où l’autorité dépend de la fortune ; l’aristocratie, celui où elle dépend de l’éducation;  […] La monarchie, comme son nom l’indique aussi, est le gouvernement où un seul chef commande à tous. Il y a [1366a] deux monarchies : la monarchie réglée, ou la royauté, et celle dont le pouvoir est illimité, ou la tyrannie.


V. On ne doit pas laisser ignorer la fin de chacune de ces formes gouvernementales, car on se détermine toujours en vue de la fin proposée. La fin de la démocratie, c’est la liberté; celle de l’oligarchie, la richesse; celle de l’aristocratie, la bonne éducation et les lois; celle de la tyrannie, la conservation du pouvoir. II est donc évident qu’il faut distinguer les moeurs, les lois et les intérêts qui se rapportent à la fin de chacun de ces gouvernements, puisque la détermination à prendre sera prise en vue de cette fin.


VI. Comme les preuves résultent non seulement de la démonstration, mais aussi des moeurs (et en effet, nous accordons notre confiance à l’orateur en raison des qualités qu’il fait paraître, c’est à dire si nous voyons en lui du mérite, ou de la bienveillance, ou encore l’un et l’autre), nous devrions nous mêmes posséder la connaissance du caractère moral propre à chaque gouvernement; car le meilleur moyen de persuader est d’observer les moeurs de chaque espèce de gouvernement, suivant le pays où l’on parle. Les arguments seront produits sous une forme en rapport avec les mêmes (moeurs). En effet, les moeurs se révèlent par le principe d’action; or le principe d’action se rapporte à la fin (de chaque gouvernement).

viaAristote 33 vmc : Démocratie, oligarchie, aristocratie, monarchie, tyrannie [Rhéto.L I, 8] – Archipope Philopolis.

Définition de la république: Googlebook Politique, Aristote; page 147 :

Un autre éditeur donne la traduction de politie à la place de république.

Aristote définie bien la politie comme un gouvernement en vue du bien général et non d’un seul, d’une minorité (comme dans l’oligarchie) ou d’une majorité.  ( relative ou au delà de 51%.)

http://books.google.fr/books?id=KzgLAAAAQAAJ&pg=PA517&dq=aristote+politique#v=onepage&q=&f=false