Le caractère de Jean Marie Le Pen

Les citations ci-dessous sont tirés du livre  » le chagrin et l’espérance » de Bruno Megret; Elles viennent principalement du chapitre 2 : les dérives suicidaires.

http://www.bruno-megret.com/ouvrages_lechagrin_ch2.php3

« Pour lui, notre mouvement était devenu un instrument qui ne devait plus servir au triomphe de nos idées, mais dont il devait pouvoir user à sa guise, au gré de ses intérêts personnels et même de son humeur. »

« Le Pen s’apprêtait à prendre ouvertement une décision contraire à l’intérêt du mouvement dans le seul but de préserver ses propres avantages. »

« il considérait le Front national comme sa chose et s’octroyait sur lui le droit de vie ou de mort selon son bon plaisir. »

« Le Pen n’a pas vu grandir le mouvement, il n’a pas vu ce qu’il était devenu ou, plus exactement, il n’a pas pris la mesure de ce qu’un tel changement impliquait pour lui. Il pensait pouvoir continuer à le diriger comme il agissait jadis à la tête des étudiants de la Corpo de droit et à lui assigner des objectifs secondaires compatibles avec sa mentalité et son confort personnel. Et, lorsqu’il a compris sa méprise, il a pris peur parce que cette évolution remettait en cause sa prééminence. Les cadres n’avaient plus les mêmes objectifs que lui, le Front national connaissait une existence autonome et ils pouvaient donc un jour lui échapper. Pareille perspective lui était totalement insupportable. »

« Le Pen considérait son parti non comme un mouvement adulte et autonome, mais comme une propriété personnelle. Dès lors, il devenait manifeste que son ambition ne dépassait pas sa propre personne et qu’il n’entendait nullement assurer ni même permettre la pérennité du Front national. A l’évidence, sa seule préoccupation consistait à jouir de sa position et à gérer à des fins personnelles son fonds de commerce politique. »

« Avec le temps, le caractère autocratique de Le Pen s’était considérablement accentué et qu’il ne supportait plus la moindre contradiction. »

« Pour seule réponse, il m’a déclaré que toute opposition à sa volonté constituait un acte de dissidence.

Il a ajouté : « Vous n’avez rien compris au Front national. Vous n’avez rien compris à ce que je suis. Le Front national est comme une monarchie et je suis le monarque ! » Je lui ai répondu : « Mais nous sommes un parti politique… » Sans même m’écouter, il a poursuivi sur sa lancée : « Et le monarque impose sa volonté à tous ! » Et comme je lui rappelais l’existence des cadres et des élus, il a rétorqué : « Ceux-là me doivent tout. Ils n’existent que par moi ! » Jamais le fond de sa pensée et le profond mépris qui en découlait pour le mouvement ne s’étaient exprimés aussi clairement. »

« Dès lors, toute personne ne manifestant pas d’hostilité à mon égard devenait à ses yeux suspecte de trahison et le renforçait donc dans sa volonté de purge. Le caractère égocentrique de Le Pen l’entraînait là dans une forme de paranoïa : ceux qui n’étaient pas contre moi étaient forcément contre lui. »

La presse amie :

« Selon ses propres termes, les éditorialistes présents « se comportaient comme ces enfants qui dans un divorce ne veulent pas que papa et maman se séparent ». Et, bien sûr, pour finir, Le Pen devait leur intimer l’ordre de le soutenir exclusivement et aveuglément, étant entendu qu’il considérerait toute autre attitude comme une déclaration de guerre.

De la sorte, Le Pen manifestait une profonde ignorance des ressorts de la presse amie. Car, si elle est une presse d’opinion résolument engagée aux côtés du courant national, cet engagement n’est pas le signe de sa servilité mais au contraire de son indépendance d’esprit. Ceux-là même qui n’avaient jamais courbé l’échine devant le pouvoir, endurant persécutions et procès, ne pouvaient accepter de telles pressions, fussent-elles exercées par un homme dont ils avaient longtemps été proches. Si bien qu’aucun des journalistes présents ne s’est soumis à ses injonctions, prenant ainsi le risque qu’un tel conflit avec Le Pen ruine l’équilibre financier précaire de leurs journaux. »

« Cet épisode est très révélateur de la façon dont Le Pen voyait les cadres du Front. Il considérait la dépendance financière comme la meilleure garantie de fidélité. Il pensait à tort que la seule crainte de perdre leurs postes ou leurs mandats suffirait à museler les cadres. Une telle attitude relève en réalité d’une conception clientéliste des rapports humains. »

« Pour Le Pen, peu importe le passé, du moment que quelqu’un peut le servir et qu’il le tient. »

Chapitre 2: Les dérives suicidaires

« Il y avait un énorme décalage entre la réalité du Front et la perception qu’en avait son président. A vrai dire, Le Pen n’a pas vu grandir le mouvement, il n’a pas vu ce qu’il était devenu ou, plus exactement, il n’a pas pris la mesure de ce qu’un tel changement impliquait pour lui. Il pensait pouvoir continuer à le diriger comme il agissait jadis à la tête des étudiants de la Corpo de droit et à lui assigner des objectifs secondaires compatibles avec sa mentalité et son confort personnel. Et, lorsqu’il a compris sa méprise, il a pris peur parce que cette évolution remettait en cause sa prééminence. Les cadres n’avaient plus les mêmes objectifs que lui, le Front national connaissait une existence autonome et ils pouvaient donc un jour lui échapper. Pareille perspective lui était totalement insupportable. »

« Je vais peut-être vous étonner, mais Le Pen considérait que tout cela était somme toute secondaire. Il n’aimait rien tant que les « coups » : coups politiciens, coups médiatiques, pour lesquels il pouvait aller jusqu’à saborder la ligne politique de son mouvement. Car ce qui l’intéressait avant tout, c’était sa propre personne. Doté d’un orgueil excessif, il estimait que les succès du Front national tenaient exclusivement à ses talents oratoires et à sa notoriété médiatique personnelle. En conséquence, il jugeait subsidiaires tous ces efforts de construction. Il n’en prenait donc que très rarement l’initiative. Cela va sans doute vous paraître surprenant, mais, lorsque je lui proposais d’entreprendre tel ou tel projet, je n’obtenais presque jamais de réponse. Le Pen restait évasif et dubitatif. Si bien que j’ai fini par mettre en œuvre la modernisation du mouvement en me contentant d’un acquiescement implicite, car c’était là le seul moyen d’aller de l’avant. Ce n’est qu’une fois les projets menés à bien qu’il se prononçait, approuvant ou critiquant selon ce qu’on lui en avait dit ou selon son humeur. « Faire et défaire, disait-il, c’est toujours travailler. » Certaines innovations ont même été acquises à son corps défendant.

Ainsi, Le Pen estimait inutile et même néfaste la rédaction d’un programme complet. « Moins on en dit et mieux c’est ! » disait-il. Dans son esprit, se réclamer de son nom était pour les candidats du Front une profession de foi suffisante en soi. Il ne percevait pas du tout l’importance que pouvaient avoir l’implantation et la notoriété de nos candidats. C’est d’ailleurs pourquoi, lors des commissions d’investiture, il donnait souvent sa préférence à des candidats serviles et parachutés plutôt qu’à des cadres efficaces et enracinés. « De toute façon, confiait-il à ses proches avec le mépris souverain qui pouvait être le sien, si je soutenais une vache, elle obtiendrait le même score que votre type ! »

« Et nos adversaires l’avaient d’ailleurs parfaitement perçu puisqu’ils reconnaissaient eux-mêmes que, pour nous contrer, « ils devraient retrouver le chemin des cages d’escalier ». Mais cette réalité échappait totalement à Le Pen, qui d’ailleurs depuis longtemps ne se livrait plus à cet exercice. Pour lui, un candidat devait coller des affiches et répercuter les mots d’ordre nationaux, mais ne devait avoir aucune existence propre. A vrai dire, il considérait les élections comme de vastes campagnes de promotion du nom de Le Pen. Ainsi, il entrait dans des rages folles lorsqu’un candidat remplaçait sur les documents électoraux la mention du soutien de Le Pen par celui du Front national. Et si de surcroît un élu du mouvement mettait en avant son propre nom, alors là, c’était pire que tout. C’était déjà de la trahison ! Voilà pourquoi il lui arrivait souvent de barrer la route à de bons cadres et et de bons militants pour leur préférer des individus médiocres mais à son entière dévotion. Ceux-là, effectivement, devaient tout à Le Pen. Et c’est ainsi qu’il les appréciait.

Vous voulez dire que Jean-Marie Le Pen entretenait une relation de méfiance avec ses propres cadres ?

Tout à fait. Lorsque des cadres du mouvement parvenaient à acquérir un poids politique propre, son mépris se transformait en méfiance, voire en franche hostilité. Chaque fois que tel ou tel candidat a remporté des succès électoraux, il en a pris ombrage. Ce fut le cas avec Yann Piat, seul député du FN en 1988, qu’il n’a jamais félicitée et dont il a souhaité le départ. Même chose avec Marie-France Stirbois. Quand elle a été élue député à Dreux, elle s’est trouvée en butte à la défiance et à l’hostilité sourde de Le Pen. C’est également ce qui s’est passé avec Jacques Peyrat. Car il faut rendre justice à ce dernier. Il n’a quitté le Front national que parce que Le Pen refusait de lui accorder les moyens nécessaires à la victoire. »

« Jacques Peyrat a été élu et la mairie de Nice a échappé au Front national. Mais, dans le fond, Le Pen s’en souciait peu. Quand bien même Peyrat était l’un de ses vieux amis, il ne pouvait supporter de le voir réussir, de surcroît dans la ville où lui-même s’était déjà présenté.

En réalité, Le Pen entretenait avec ses proches des relations de vassalité. Exister par soi-même, c’était perdre sa confiance. Le même processus s’est d’ailleurs reproduit quelques années plus tard avec Jean-Marie Le Chevallier, qui était lui aussi l’un de ses plus proches amis. Du jour où celui-ci a remporté la mairie de Toulon, leurs relations se sont tendues. Quand Le Pen a déclaré récemment que « la démission de Le Chevallier l’affectait moins que la perte de son chat », il se révélait comme un homme à la personnalité volontiers cynique qui ne supporte que ceux qu’il considère avoir fait et qui dès lors, implicitement, les mésestime. « 

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