Les hommes qui tournent en rond (Hervé Ryssen)

La société occidentale de ce début de XXIe siècle poursuit sa mutation cosmopolite à vitesse accélérée. Elle est devenue le laboratoire où se concocte la nouvelle société mondialisée, multiculturelle et multiraciale, que certains esprits malfaisants souhaitent instaurer partout dans le monde, sur les décombres des sociétés traditionnelles et des libertés tribales. Les maîtres d’Hollywood et de Wall Street, et tous leurs partisans de l’homogénéisation planétaire incrustés dans nos pays, semblent animés d’une véritable frénésie unificatrice. Leur propagande a envahi depuis longtemps les écrans de télévision, les journaux, les radios, les salles de cinémas, et étouffe systématiquement la culture des autochtones qu’ils ont asservis. Par tous les moyens, les cosmopolites cherchent à réaliser leur projet planétarien, à instaurer le gouvernement mondial de leur rêve promis par les prophètes. La “paix” dans le monde, disent-ils, sera “absolue et définitive”. Le fait est que ces gens-là travaillent sans relâche pour parvenir à leur fin. Pour eux, sans aucun doute, l’histoire à un sens.
La conception cyclique de l’histoire : l’éternel retour
En face de ces dangereux mégalomanes et de leur vision linéaire du devenir de l’humanité, d’aucuns aimeraient faire triompher une conception cyclique, qui était celle des anciens Grecs et de la civilisation antique européenne. C’est ce qu’explique Louis Rougier, en 1977, dans son livre intitulé Celse contre les chrétiens (Ed. Copernic, pages 35-37) : “Les grandes écoles philosophiques, pythagoriciens, platoniciens, péripatéticiens, stoïciens, néo-platoniciens, admirent le retour éternel de tous les événements, ceux-ci formant un cercle qui met une grande année à se fermer. L’idée du retour éternel exclut la nouveauté du monde, d’un premier homme et de toute eschatologie finale qui ne serait suivie d’aucun recommencement.” Pour les Grecs, le temps était circulaire. “Celse admet, comme tous les philosophes grecs, le retour éternel : “Les choses roulent sempiternellement dans le même cercle, d’où il est nécessaire que, suivant l’ordre immuable des cycles, ce qui a été, ce qui est, ce qui sera soit toujours le même.”
En 1979, dans Les idées à l’endroit (Ed. Hallier, pages 35-36), Alain de Benoist évoque à son tour l’opposition entre ces deux visions du monde : “La conception linéaire de l’histoire apparaît dans l’espace-temps européen avec le judéo-christianisme, écrit-il. Elle pose le devenir historique comme une ligne reliant un état anté-historique (paradis originel, jardin d’Eden) à un état post-historique (instauration du règne de Dieu sur terre)… A la fin des temps, après l’Armageddon final, les bons et les méchants seront définitivement séparés les uns des autres. L’état post-historique restituera l’état anté-historique, et ce sera la fin de l’histoire.” Le philosophe ne cachait pas ses préférences : “Nous nous situerons dans la perspective tracée par cette conception cyclique”, dans laquelle “l’histoire n’a ni début ni fin.”
On ne peut douter de la sincérité d’Alain de Benoist dans sa défense de l’identité européenne et son opposition au mondialisme unificateur. Cependant, l’homme a une fâcheuse tendance à associer le judaïsme et l’Église catholique, de manière parfaitement inepte. La vérité est que le “judéo-christianisme” qu’il évoque n’existe guère que dans la bouche des intellectuels juifs ou des goys judaïsants, imprégnés de cosmopolitisme médiatique. Il est évident que la civilisation européenne, depuis deux mille ans, est helléno-chrétienne, et certainement pas “judéo”. Il nous suffit de constater que ce sont les juifs qui, depuis des décennies, portent les coups les plus rudes à notre identité européenne, et non les chrétiens. Ce sont les financiers juifs, en premier lieu, qui soutiennent les politiques d’immigration en Europe ; ce sont les producteurs juifs d’Hollywood qui déversent des cataractes de propagande cosmopolite et des tombereaux d’ordures sur nos écrans ; ce sont les intellectuels juifs, qui n’ont eu de cesse, depuis des lustres, de railler la religion catholique, de promouvoir l’égalité de tous et les droits de “l’Homme”, de nous culpabiliser par tous les moyens afin de dissoudre nos nations et notre culture commune helléno-chrétienne. Mais de Benoist porte des lunettes filtrantes : il ne voit pas les juifs. Maintenant, il faut comprendre que si les Pères de l’Église avaient repris à leur compte une vision linéaire de l’histoire, c’est pour la simple et bonne raison que celle-ci était absolument indispensable pour s’opposer efficacement au fanatisme juif.
Les quatre Ages
La théorie traditionnelle des cycles et du non-sens de l’histoire a été portée dans la première moitié du XXe siècle par le Français René Guénon et l’Italien Julius Evola. Dans Les Hommes au milieu des ruines, publié en 1953 (Pardès, 1984), Julius Evola théorise la décadence des civilisations et évoque l’idée d’une “régression des castes dominantes”. Dans cette perspective, les civilisations semblent disparaître tout naturellement : “Cette loi de la régression des castes peut servir de base à toute interprétation du sens réel de l’histoire récente”, écrit-il (page 85) :
“Il faut distinguer quatre stades : dans le premier, l’élite a un caractère purement spirituel, incorpore ce qui, d’une façon générale, peut s’appeler un “droit divin”, exprime un idéal de virilité immatérielle ; puis elle se présente sous les traits d’une noblesse guerrière ; en troisième lieu vient l’oligarchie ploutocratique et capitaliste, dans le cadre des démocraties ; enfin, l’élite devient celle des chefs collectivistes de la révolution du quatrième État.” Et il résume à nouveau (page 191) : “d’une civilisation régie par des chefs spirituels et une royauté sacrale, on passe à une civilisation que dominent de simples aristocraties guerrières ; elle est évincée, surtout en sa forme dynastique, par la civilisation du tiers État, la phase suivante étant celle du quatrième État collectiviste.”
On note que son schéma n’a pas été vérifié par l’histoire, puisque le dernier stade “collectiviste”, dans sa version soviétique que constatait Evola en son temps, n’aura été finalement qu’une parenthèse. En vérité, Julius Evola n’exprime pas ici une loi générale qui régirait les décadences des civilisations, mais ne fait qu’observer a posteriori le cours d’un long processus historique, sans en expliquer les causes.
René Guénon, qui a inspiré Julius Evola, voyait lui aussi le monde comme une glissade vers une fosse à purin. Pour lui, comme pour les autres auteurs de ce courant de pensée, toutes les grandes civilisations (hindoue, chinoise, aztèque, maya, chrétienne, musulmane) sont issues d’une même “Tradition primordiale” et obéissent aux mêmes lois. Guénon se réfère à la tradition hindouiste des cycles du temps pour donner les clefs de cette “involution” de l’humanité. Il distingue lui aussi quatre âges, mais on se situe ici sur une tout autre échelle. La décadence remonte ainsi à la nuit des temps.
Dans La Crise du monde moderne (1927, Gallimard, 1973), René Guénon l’écrit dès les premières pages : “La doctrine hindoue enseigne que la durée d’un cycle humain, auquel elle donne le nom de Manvantara, se divise en quatre âges, qui marquent autant de phase d’un obscurcissement graduel de la spiritualité primordiale ; ce sont ces mêmes périodes que les traditions de l’antiquité occidentale, de leur côté, désignaient comme les âges d’or, d’argent, d’airain et de fer. Nous sommes présentement dans le quatrième âge, le Kali-Yuga ou “âge sombre”, et nous y sommes, dit-on, depuis déjà plus de six mille ans.”
Jean Phaure, un autre auteur de ce courant “traditionniste”, a expliqué en détail cette triste vision du monde dans son livre intitulé Le Cycle de l’humanité adamique (1973, page 143) : “Dans la tradition hindoue comme dans les autres, écrit-il, les quatre Ages sont caractérisés par la prédominance successive de la caste sacerdotale, puis de la noblesse, ensuite des marchands et bourgeois, enfin du peuple.” On apprend ici que le Manvantara dure, en tout, pas moins de 64.800 ans. L’Age d’or (Krita Yuga) aurait duré 25.920 années ; l’âge d’argent (le Trêtâ Yuga), aurait ensuite duré 19.440 ans ; puis, il y aurait eu un âge d’airain (le Dwâpara Yuga), qui aurait duré 12.960 ans. Vint ensuite l’âge de fer de 6480 années (le Kâli Yuga), dans lequel nous sommes empêtrés, et qui serait heureusement en train de s’achever. Il était temps, en effet, que tout cela se termine. Ne sentez-vous pas que vous êtes épuisés ?
Un fatalisme désespérant
Le processus est de toute manière inéluctable, nous explique Jean Phaure : “Nous nous trouvons, en ce XXe siècle de l’ère chrétienne, à la fin de notre Cycle. Celui-ci verra son terme dans une destruction suivie de la naissance d’une nouvelle humanité qui reflétera à nouveau cette similarité divine d’où nous sommes issus.” (page 23). Et il poursuit : “Nous ne vivons pas seulement une crise de civilisation, mais le début du grand bouleversement final issu du renversement des valeurs traditionnelles… Ne nous faisons pas d’illusions, quelles que soient les prises de conscience individuelles relevées ça et là quant à la gravité de la situation, aucun redressement collectif ne sera possible tant que les événements cataclysmiques, hélas, ne seront pas intervenus.” Vous l’avez compris : il est inutile de tenter quoi que ce soit.
Jean Phaure suivait la voie tracée par René Guénon. Dans Le Règne de la quantité (Gallimard, 1945), celui-ci fait montre du même fatalisme d’esclave. Il écrit, au tout début de son livre : “Si le monde moderne constitue une “anomalie et même une sorte de monstruosité, il n’en est pas moins vrai que, situé dans l’ensemble du cycle historique dont il fait partie, il correspond exactement aux conditions d’une certaine phase de ce cycle, celle que la tradition hindoue désigne comme la période extrême du Kali-Yuga ; ce sont ces conditions résultant de la marche même de la manifestation cyclique, qui ont déterminé les caractères propres, et l’on peut dire, à cet égard, que l’époque actuelle ne pouvait pas être autre que ce qu’elle est effectivement.”
Dans La Crise du monde moderne, Guénon avait déjà exprimé ce déterminisme historique pour expliquer la disparition de la civilisation antique : “La civilisation gréco-latine devait prendre fin, et le redressement devait venir d’ailleurs et s’opérer sous une tout autre forme. Ce fut le Christianisme qui accomplit cette transformation.” (page 24).
Julius Evola n’est pas plus encourageant. Dans Chevaucher le tigre, paru en 1961, il nous dit très clairement lui aussi qu’il est inutile de lutter (page 19) : “Lorsqu’un cycle de civilisation touche à sa fin, il est difficile d’aboutir à un résultat quelconque en résistant, en s’opposant directement aux forces en mouvement. Le courant est trop fort, on serait englouti.” Aussi nous conseille-t-il de rester bien tranquilles : “La règle à suivre peut alors consister à laisser libre cours aux forces et aux processus de l’époque… On abandonne l’action directe, et l’on se retire sur une ligne de position intérieure.” Voaaaala… Restez calmes… Dééétendez-vous… Laissez-vous envahir par cette douce sensation de bien-être qui précède la mort… N’oubliez pas que quelque chose renaîtra… après, plus tard !… Apprenez à accepter votre destin !
En préface de cet ouvrage, Philippe Baillet nous avait prévenu : La doctrine des cycles “débouche sur une sorte de “catastrophisme historique” totalement paralysant. De fait, il est peu de milieux aussi profondément désespérés que celui des traditionalistes.” (page 27 de l’intro). Les théories cycliques engendrent ainsi très logiquement des pulsions suicidaires. Nous avons vérifié par nous-mêmes que le milieu païen est plein de ces “pessimistes” qui ne croient pas un seul instant au triomphe de leurs idéaux. Pour eux, la décadence est un phénomène naturel et même souhaitable. Certains continuent parfois à se battre (mollement) ; pour la forme, disent-ils : c’est le “pessimisme combatif”. Pire encore, beaucoup reprennent les inepties de leurs idéologues, souhaitant un surcroît d’immigration et une accélération de la décadence, afin de voir se terminer au plus vite le “cycle”, dans l’espoir hypothétique d’une renaissance ultérieure. Ils ne parviennent même plus à voir qu’après la fin de ce “cycle”, nous serons morts, morts et enterrés, tout simplement, et que nos ennemis nous aurons vaincus. Mais il est vrai que les penseurs de la Tradition ne voient pas l’ennemi, ou s’interdisent de prononcer son nom, ce qui revient à peu près au même.
Philippe Baillet, embourbé jusqu’au menton, croyait bien faire en citant Nietzsche. Ecoutez un peu cela : “Le “philosophe au marteau” avait en effet compris que la subversion moderne ne devait pas être freinée, mais accélérée, afin de laisser l’espace libre à la restauration d’un véritable Rangordnung : “O mes frères, suis-je donc cruel ? mais je vous le dis : ce qui tombe, il faut encore le pousser…”
Savitri Devi, la “prêtresse d’Hitler”, avait intégré le maître du Troisième Reich dans le drame cyclique de la cosmologie hindoue. Hitler, disait-elle, était un “homme contre le Temps”, un homme qui cherchait à détruire l’Age Obscur, le Kali Yuga, et à inaugurer un nouvel Age d’Or. Savitri Devi identifiait ainsi Hitler à l’avant-dernier avatar du dieu Vishnou, celui qui prépare la voie au dernier avatar, Kalki, qui mettra fin au Kali Yuga. Sa chute, expliquait-elle finalement, était inéluctable, puisque la fin du cycle n’était pas achevée. Hitler aurait dû penser à cela avant de se lancer en politique !
Robert Dun était tout imprégné de la pensée de Nietzsche et de Julius Evola. Dans Les Catacombes de la libre pensée, un livre publié en 1988 (en “90 de l’ère nietzschéenne”, écrit-il), il nous conseille lui aussi le suicide et l’attente de la résurrection dans “l’éternel retour” : “J’ouvre ici une parenthèse pour mettre en garde ceux qui seraient tentés de se battre à contre-courant, écrit-il. La situation était déjà irréversible au temps de Nietzsche et il a eu raison de nous inciter à ne pas contrarier les “prédicateurs des doctrines de mort”, de nous dire : “Ce qui veut tomber, il ne faut pas le retenir, il faut au contraire le pousser.” Nous ne pouvons espérer notre délivrance que du degré mortel du pourrissement actuel. Patience : nous en sommes extrêmement proche.” Cela, c’est en page 32 (de l’ère du chiffre hindou).
A la fin de son livre, il écrit encore, droit dans ses bottes, le flingue sur la tempe : “La perspective de la liquidation de la civilisation ne me cause aucune peur ; elle est au contraire ma plus impatiente espérance.” (page 198). Et à la page 205, en lettres capitales (parce que c’est une idée importante), il lance : “L’avenir sera nietzschéen ou ne sera pas !” Ici, on a vraiment envie de lui crier : “Vas-y ducon, tire !”
Robert Dun avait sans doute étudié de très près la prose de Nietzsche. Dans La Volonté de puissance (§ 377), le philosophe marteau avait écrit : “Je veux enseigner la pensée qui donnera à beaucoup d’hommes le droit de se supprimer — la grande pensée sélectrice.”
Dans Les Idées à l’endroit (1979), Alain de Benoist reprend lui aussi le mot de Nietzsche, à la fin de son livre : “Ce qui doit tomber, il ne faut pas le retenir, mais au contraire le pousser” Formule qui s’applique aux individus aussi bien qu’aux peuples. Dans la perspective tracée par Evola, ajoute de Benoist, il s’agit de prendre conscience de ce que nous vivons l’achèvement — l’effondrement — d’un cycle, et qu’il faut accepter et même vouloir cet achèvement.” (page 277). Deux pages plus loin, de Benoist cite encore Nietzsche : “Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort” : c’est la devise d’un type qui a l’habitude de se prendre des coups et qui est en voie de fossilisation.
On constate en tout cas que ce déterminisme historique engendré par la conception cyclique du monde est d’une faiblesse insigne face au messianisme juif, qui génère un activisme frénétique dans le but de “hâter la venue du messie”. Nous avons d’un côté des gens pour qui la décadence est inéluctable, et qui en viennent à souhaiter leur propre mort en espérant un improbable “Age d’Or” et, en face d’eux, des fanatiques pour qui c’est la victoire et l’arrivée du messie qui est inéluctable. L’issue du combat ne laisse donc place à aucun doute.
La haine de l’Eglise
Certains idéologues des théories cycliques et de “l’éternel retour” expriment aussi une haine viscérale de l’Église catholique. Nietzsche s’en était donné à cœur joie dans ses livres, associant inconsidérément le juif et le chrétien. Dans La généalogie de la morale (1887), il écrit : “Ce sont les Juifs qui, avec une effrayante logique, osèrent retourner l’équation des valeurs aristocratiques (bon = noble = beau = heureux = aimé des dieux) et qui ont maintenu ce retournement avec la ténacité d’une haine sans fond (la haine de l’impuissance), affirmant “les misérables seuls sont les bons ; les pauvres, les impuissants, les hommes bas seuls sont les bons ; les souffrants, les nécessiteux, les malades, les difformes sont aussi les seuls pieux, les seuls bénis des dieux, pour eux seuls il y a une félicité, tandis que vous, les nobles et les puissants, vous êtes de toute éternité les méchants, les cruels, les lubriques, les insatiables, les impies…”
Mais Nietzsche semble surtout parler ici des chrétiens, puisqu’il ajoute : “Avec les Juifs avait commencé la révolte des esclaves dans la morale : révolte qui a une histoire de deux mille ans derrière elle…” (Bon et méchant, § 7).
Dans La Volonté de puissance (§125), c’est encore le chrétien qu’il vise, quand il parle du juif : “Lorsque des Juifs se présentent comme s’ils étaient l’innocence même, c’est qu’un grand danger les menace : il faut avoir toujours sous la main son petit fond de raison, de méfiance et de méchanceté lorsqu’on lit le Nouveau Testament.”
Dans Par delà le bien et le mal (1886), il parle ouvertement d’“infection chrétienne” (§ 48). Dans Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), il écrit, dans la troisième partie (les sept sceaux) : “J’aime à m’asseoir sur des églises en ruine.”
Déjà dans Aurore (1879-1881, § 204), il tente de culpabiliser les Européens : “On pouvait oser être inhumain avec bonne conscience (brûler les Juifs, les hérétiques et les bons livres, et exterminer tout entières des civilisations supérieures comme celles du Pérou et du Mexique).” Et il continue, dans L’Antéchrist (1888) : “Une certaine disposition à la cruauté, envers soi-même et envers les autres, est essentiellement chrétienne ; de même la haine des incrédules, des dissidents, la volonté de persécuter.” Il ajoute, sans crainte du ridicule : “Chrétienne est la haine de l’esprit, de la fierté, du courage, de la liberté, du libertinage de l’esprit ; chrétienne est la haine envers les sens, envers la joie des sens, envers la joie en général.” (§ 21).
L’homme devait être très malheureux, et le fait est que l’on ne sourit pas beaucoup en lisant Nietzsche. Il poursuit, son marteau à la main : Le Dieu des chrétien a “déclaré la guerre, au nom de Dieu, à la vie, à la nature, à la volonté de vivre !” (§ 18).
Écoutons rugir le lionceau : “Je condamne le christianisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible des accusations, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption imaginable. L’Église chrétienne n’épargna nulle part sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de toute probité une bassesse d’âme.” La croix serait ainsi une “conspiration contre la santé, la beauté, la vigueur, la bravoure, l’esprit, la qualité de l’âme, contre la vie elle-même.” (§ 62). Pas moins !
Manifestement, les juifs et les rabbins, nombreux en Allemagne à cette époque, ne le dérangeaient pas. Nietzsche préférait déverser sa bile sur les prêtres : “Le prêtre lui-même est reconnu pour ce qu’il est, la plus dangereuse espèce de parasite, la véritable araignée venimeuse de la vie.” (§ 38). Pour lui, donc, tout était très clair : “Le christianisme fut jusqu’à présent le plus grand malheur de l’humanité” (§ 51).
Nietzsche exalte en revanche la grandeur et la beauté des civilisations étrangères ou pré-chrétiennes : “Le christianisme nous a frustrés de l’héritage du génie antique, il nous a frustrés plus tard de l’héritage de l’islam”, écrit-il. “La merveilleuse civilisation maure de l’Espagne, plus voisine en somme de nos sens et de nos goûts que Rome et la Grèce, cette civilisation fut foulée aux pieds…” Les croisades ? “De la haute piraterie, rien de plus.” (§ 60). “C’est avec l’aide de l’épée allemande, du sang et du courage allemand, que l’Église a mené sa guerre à mort contre tout ce qui est noble sur la terre !” (§ 60). On ne peut s’empêcher de penser ici au mot de Talleyrand : “Tout ce qui est excessif est insignifiant”.
Dans Les Idées à l’endroit (1979), à la page 173, Alain de Benoist poursuit et prolonge les haines nietzschéennes en citant Louis Rougier : “On peut affirmer que le nombre des martyrs chrétiens est petit au regard de toutes les victimes de l’Église pendant quinze siècles : destruction du paganisme sous les empereurs chrétiens, lutte contre les ariens, les donatistes, les nestoriens, les monophysistes, les iconosclates, les manichéens, les cathares et les albigeois, Inquisition espagnole, guerres de religion, dragonnades de Louis XIV, pogroms de Juifs.” (Celse contre les chrétiens, 1977).
La pensée du philosophe-marteau a ainsi engendré des obsessions. Dans Les Catacombes de la libre pensée, Robert Dun s’exprime ainsi : “La question la plus tragique et la plus complexe est de savoir comment l’Église a pu persécuter, pressurer, brûler impunément pendant environ quinze siècle.” (page 33). Des Saxons décapités par Charlemagne aux cathares ou au martyre des sorcières, les chrétiens, semble-t-il, on consacré la plus grande partie de leur temps et de leur énergie à torturer des innocents. Les moines avaient l’habitude d’abuser des jeunes filles. Écoutez cela : “Les femmes et les filles les plus séduisantes [étaient] accusées par des moines lubriques et sadiques de les avoir envoûtés.” (page 34).
L’Inquisition espagnole était ce qui s’était fait de pire : “L’Espagne s’octroyait le record des bûchers et fournissait le gros des armées dévastatrices contre la liberté dans les Pays-Bas et contre le peuple allemand pendant la guerre de Trente ans. La haine aveugle ira s’enflant.” Rantanplan. (page 36). Robert Dun se montre féroce, sans se rendre compte que l’Inquisition espagnole a été le plus merveilleux outil de défense jamais mis sur pied contre le fanatisme juif : “Essayez d’obtenir que l’ordre des Dominicains, principal responsable des crimes de l’Inquisition, soit déclaré association de malfaiteurs !” (page 39). Et il conclut sur ce chapitre : “Pendant sept siècles, l’Inquisition a fait peser sur l’Europe une succession presque ininterrompue d’horreurs.” (page 128). On a vraiment ici l’impression de lire du Norman Mailer ou du Bernard-Henri Lévy, mais en pire !
Robert Dun se place lui aussi dans l’ombre de la grande pensée de Nietzsche. Avec une telle autorité morale derrière lui, il ne craint plus le ridicule dans ses imprécations contre les chrétiens : “Nous leur reprochons leur haine de la femme, de la vie, de la nature, leurs dogmes absurdes qui ont jeté la science dans le matérialisme, d’avoir fait de l’homme un exploiteur aveugle, d’être responsable de tout le nihilisme contemporain et des catastrophes écologiques qui nous engloutiront peut-être. Car comment espérer des réactions salvatrices alors que les chrétiens et leurs complices des autres religions du désert dominent tout l’appareil médiatique ?”
Il est bien connu en effet que les chrétiens tiennent Hollywood et les médiats, partout dans le monde occidental. Si par malheur vous êtes juifs, il faut le savoir, vous n’avez aucune chance d’être embauchés ! Les chrétiens sont aussi les grands responsables des catastrophes écologiques. Robert Dun est formel : “En luttant contre les facteurs naturels d’équilibrage démographique, le christo-capitalisme nous a valu une planète surchargée de cinq milliards de bipèdes.” (page 199).
Dans L’Ame européenne, Robert Dun l’affirme catégoriquement, en page 32 : “L’Église catholique est la seconde puissance financière du monde, derrière la finance puritaine, également chrétienne, et devant la finance juive.” Et il ajoute : “Des ordres religieux se trouvent mêlés à de nombreux scandales financiers, notamment dans le domaine des trafics de devises.” Les chrétiens, en effet, sont les rois des escroqueries financières. Ils ont ça dans le sang !
Heureusement, Robert Dun nous avait prévenu dans l’introduction des Catacombes de la libre pensée : “Beaucoup de ce que j’écris tombe sous le coup de la loi et mes prises de position contagieuses dérangent une entreprise mondiale de destruction de l’homme libre… J’écorche donc la peau hypersensible de millions de croyants des uniques vraies fois.” (page 129). Tu nous auras surtout bien fais rire, Robert ! A la fin de son livre, page 219, il s’insurge : “Vous pensez peut-être que Robert Dun est un vieux fou…” Mais non, Robert, mais non… Personne ne dit cela ! Calma ! Pense à Vishnou !
Un philosémitisme délirant
Chez Nietzsche, la haine de l’Eglise va de pair avec une admiration non dissimulée pour les juifs. Dans La généalogie de la morale (1887), il écrit ainsi “Chapeau bas devant l’Ancien Testament ! Ici, je trouve de grands hommes, un paysage héroïque et une chose parmi les plus rares du monde, la naïveté incomparable du cœur robuste ; bien plus, j’y trouve un peuple. Dans le Nouveau au contraire, rien d’autre que le remue-ménage des petites sectes, rien que le rococo de l’âme, rien que du tarabiscoté, du contourné, du bizarre…” (Que signifient les idéaux ascétiques, § 22).
Dans Le gai Savoir, il tient des propos hallucinants de bêtise, pour toute personne qui connaît un tant soi peu la dialectique talmudique : “L’Europe, dit-il, doit avoir de la reconnaissance à l’égard des juifs, pour ce qu’il en est de la logique et des habitudes de propreté intellectuelle… Partout où les juifs ont eu de l’influence, ils ont enseigné à distinguer avec plus de sensibilité, à conclure avec plus de sagacité, à écrire avec plus de clarté et de netteté : cela a toujours été leur tâche d’amener un peuple “à la raison”.” (§ 348).
Quel balourd ! On a rarement entendu des inepties de pareille ampleur. Dans Par delà le bien et le mal (1886), il en remet encore une louche : “Nous autres artistes parmi les spectateurs et les philosophes, nous éprouvons à l’égard des Juifs de la reconnaissance.” (§ 250).
Nietzsche, qui hait la notion de pitié (surtout pour les goys, manifestement), se laisse apitoyer par les jérémiades fallacieuses des talmudistes. Dans Aurore (paragraphe 205), il dit des juifs : “On a voulu les rendre méprisables en les traitant avec mépris pendant deux millénaires, en leur interdisant l’accès à tous les honneurs, à tout ce qu’il y a d’honorable, et en les repoussant au contraire d’autant plus bas dans les métiers les plus sordides.”
Dans Humain trop humain (§ 475), il s’insurge comme une adolescente, contre “cette odieuse littérature qui entend mener les Juifs à l’abattoir, en boucs émissaires de tout ce qui peut aller mal dans les affaires publiques et intérieures.” Écoutez-le encore exprimer sa commisération pour le petit peuple, toujours persécuté et toujours innocent : un peuple, dit-il, “qui, de tous, a eu l’histoire la plus chargée de misères, non sans notre faute à tous.”
Les juifs étaient la crème de l’Europe, il fallait le croire : “En outre, dit-il, au temps les plus sombres du moyen âge, alors que les nuées asiatiques avaient étendu leur épaisseur de plomb sur l’Europe, ce furent les Juifs, libres penseurs, savants, médecins, qui, malgré la pire violence faite à leur personne, continuèrent à tenir l’étendard des lumières et de l’indépendance de l’esprit, défendirent l’Europe contre l’Asie ; c’est en grande partie à leurs efforts que l’on doit la victoire finalement revenue à une explication du monde plus naturelle, plus conforme à la raison, et en tout cas affranchie des mythes.”
Voyez encore ce qu’il est capable d’écrire dans La Volonté de puissance (§ 389) : “Les juifs sont pour le moment la puissance la plus conservatrice dans notre Europe si menacée et si incertaine. Ils ne leur faut ni révolutions, ni socialisme, ni militarisme… Leur instinct lui-même est invariablement conservateur.”
On aura rarement lu pareilles foutaises. Dans aucun de ses ouvrages, Nietzsche ne laisse entrevoir la moindre compréhension du judaïsme, et son ignorance crasse, pour ne pas dire sa bêtise, est d’autant moins excusable que l’Allemagne de son époque était déjà la proie des financiers, des propagandistes et des agitateurs du peuple élu, ainsi qu’en témoigne les nombreux écrits des résistants antisémites.
De surcroît, en maintes occasions, Nietzsche critique les Allemands, ses propres compatriotes: “Une race fâcheusement déraisonnable, à qui, aujourd’hui encore, il faut toujours commencer par “laver la tête”. (Le gai Savoir, § 348).
Quant aux antisémites, ils ne méritent à ses yeux aucune estime. Dans La Généalogie de la morale, il écrit : “Je n’aime pas ces nouveaux spéculateurs en idéalisme, les antisémites, qui se font l’œil chrétien, aryen, brave homme, et qui cherchent à exciter tout ce qu’il y a de bêtes à cornes dans le peuple, par un abus exaspérant du procédé d’agitation le plus grossier.”
Il expose ici une analyse pour le moins superficielle du “dépérissement de l’esprit allemand”: “L’incontestable et déjà manifeste dépérissement de l’esprit allemand… Je cherche la cause dans une nourriture trop exclusivement faite de journaux, de politique, de bière et de musique wagnérienne, sans omettre ce qui explique ce régime alimentaire : l’étroitesse et la vanité nationales.” (Que signifient… § 26). Che Coglione !
Nietzsche a d’autant moins d’excuses qu’il avait bien perçu la puissance du judaïsme dans l’Allemagne de son temps. Dans Par delà le bien et le mal (1886), on lit ainsi : “C’est un fait que les Juifs, s’ils voulaient — ou si on les y forçait, comme semblent le vouloir les antisémites — pourraient dès maintenant exercer leur prépondérance et même littéralement leur domination sur l’Europe.”
Mais ce philosophe à front de taureau refuse de voir ce qui semblait évident à la plupart de ses compatriotes : “… C’est un fait également qu’ils n’y travaillent pas et ne font pas de projets dans ce sens.” Sa conclusion est donc la suivante : “Il serait peut-être utile et juste d’expulser du pays les braillards antisémites.” (§ 251).
Dans chacun de ses livres, Nietzsche balance ses aphorismes dans le désordre, en vrac, sans donner l’impression d’aucune suite dans sa pensée, et, la plupart du temps, sans rien expliquer au lecteur. Voilà pourquoi vous baillez aux corneilles en lisant sa prose. “Descartes est superficiel”, écrit-il par exemple, sans aucune explication (Par delà le bien et le mal, §191). Ses lecteurs penseront ainsi avoir affaire à un génie. Voyez ce qu’il écrit encore : “L’esprit est le propre des races tardives : les juifs, les Français, les Chinois.” (La Volonté de puissance, § 389). Inutile de développer davantage. Et il ajoute : “Les antisémites ne peuvent pas pardonner aux juifs d’avoir de l’esprit — de l’argent. Les antisémites — c’est un nom que se donnent les “déshérités”.”
Dans plusieurs ouvrages, Nietzsche se fait le contempteur de toute espèce de pitié pour les humbles. C’est sans doute une des raisons qui l’anime dans sa haine du christianisme : “Le christianisme est une insurrection de tout ce qui rampe, contre ce qui a de la hauteur : l’évangile des “humbles” rend humble et vil.” (L’Antéchrist, § 43). Et il écrit par ailleurs, prenant son cas pour une généralité : “Voir souffrir fait du bien, faire souffrir fait plus de bien encore — c’est une dure vérité, mais une vieille, puissante, capitale vérité humaine — trop humaine”. (La Généalogie de la morale, La Faute, § 6).
Dans Le gai Savoir, il enseigne une philosophie de mafieux. L’aphorisme 17 est intitulé la “sentence de l’homme fort” : “Ne demande jamais ! A quoi bon gémir ! Prends, je t’en prie, prends toujours”.
Son Zarathoustra est indéniablement un livre plein de grandeur et de poésie, mais à notre sens, le reste de son œuvre ne mérite que fort peu d’intérêt. Le succès de Nietzsche tient évidemment à la complaisance des autorités morales dominantes, qui voient en lui surtout un moyen d’affaiblir l’Église.
Vincent Reynouard a donc bien raison d’écrire, à la fin de son numéro de Sans Concession d’avril-juin 2007 : “Nous accusons les païens de faire le jeu des Juifs.” Dans sa conclusion, après avoir rappelé que nous, les nationalistes, nous avons tous le même ennemi, il interroge judicieusement ses adversaires : “Aimeriez-vous secrètement la défaite ?”
Alain de Benoist a lui aussi dénoncé le christianisme en long, en large et en travers, sans jamais oser tirer un seul poil de la barbe d’un rabbin. Dans Comment peut-on être païen ? (Albin Michel, 1981), à la page 170, il reprend à son compte la dialectique des intellectuels juifs, toujours enclins à projeter leur culpabilité sur les autres, dans une inversion accusatoire très caractéristique. De Benoist écrit ainsi sans sourciller : “L’antisémitisme chrétien peut être justement décrit comme une névrose… L’antisémitisme permet à l’antisémite de projeter sur le juif sa névrose. Il va le dire étranger parce qu’il se sent tel, voleur, puissant, parvenu, parce qu’il l’est.”
Deux pages plus loin, de Benoist expose ses solutions : “De même que la fin de l’antisémitisme passe par la renonciation de l’Occident à se prétendre le verus Israel, la fin — positive — de la “question juive” passe par la reconnaissance de l’identité du peuple juif et de son droit à vivre sa différence sans la laisser réduire à l’altérité radicale ni au Même.” A partir de là, tout devrait effectivement s’arranger. C’est ce qui s’appelle “philosopher”.
Guillaume Faye, qui était à cette époque le second couteau d’Alain de Benoist, corrobore cette idée d’une névrose chrétienne, sans comprendre un instant cette évidence, à savoir que le christianisme avait précisément été la réponse et le remède à la névrose juive. Dans le numéro d’Éléments du printemps 1981, on le voit tout imprégné du charabia psychanalytique des intellectuels juifs : “A mon sens, ce n’est pas l’hébraïsme qui “refoule” les sentiments et génère une névrose, mais le christianisme : l’impossibilité d’hériter du Père est transfigurée et compensée par la théologie trinitaire et la métamorphose, dans le Christ, de Yahvé en Dieu-Amour. L’amour est le visage de la névrose chrétienne : puisque Dieu nous dévalorise, compensons en nous persuadant qu’il nous aime de manière absolue. C’est la logique psychique de l’esclave.”
Comprenne qui pourra. Et Faye passe un coup de brosse à reluire à de Benoist, après la sortie de son Comment peut-on être païen ? : “Inutile d’avoir recours à Freud pour le comprendre, même si Alain de Benoist opère, en passant, une extraordinaire psychanalyse de Freud et du freudisme, qui éclaire singulièrement leurs liens avec l’esprit biblique.” (page 39).
La vérité oblige pourtant à dire que de Benoist — comme les autres, d’ailleurs — n’a pas compris grand chose à la psychanalyse freudienne. En revanche, maints passages de ses livres montrent qu’il a bien saisi l’origine de la force de l’esprit juif, qui réside dans l’attente messianique, ce que Nietzsche n’a soulevé à aucun moment. Alain de Benoist n’en est que plus coupable, lui, l’apôtre du temps cyclique, de ne pas nous avoir orienté sur une voie ascendante, terminale et victorieuse. C’est l’eschatologie juive, en effet, qui donne cette force au membres de la secte. Les juifs travaillent inlassablement à bâtir le monde de paix, dans lequel toutes les identités, toutes les nations, toutes les religions auront disparu, parce que cette “paix”, selon eux, est la condition sine qua non à l’arrivée du messie. C’est alors qu’ils seront reconnus par tous comme le peuple “élu de Dieu”. Ils avancent, parce qu’ils ont un objectif, une vision linéaire de l’histoire.
Une grande myopie intelectuelle
Pour nos philosophes de l’éternel retour, l’influence des juifs dans les médiats, l’inlassable et omniprésente propagande juive, ne peut expliquer la décadence de la civilisation occidentale. C’est une explication trop simple, tout juste bonne pour les chrétiens bornés, paranoïaques et illuminés. La vérité est que les intellectuels juifs sont parvenus à leur donner honte d’être antisémites. Aussi, ont-ils bien été obligés de se creuser la cervelle pour interpréter la décadence en se drapant dans la philosophie.
Dans la préface de Chevaucher le tigre (1961), Philippe Baillet nous explique le monde moderne, selon Julius Evola. Nous apprenons ici que le monde moderne est à la fois :
“Tellurique : idéologies matérialistes (positivisme, libéralisme, marxisme) ; systèmes de pensée vitalistes ; exaltation de l’irrationnel ; confusion de l’âme, qui est bavarde, et l’esprit, toujours plus silencieux.
“Dionysiaque : romantisme : amour de l’informe, du “flou”, de l’illimité ; ou, tout récemment, théorie de l’homme comme “machine désirante”, etc.
“Lunaire : culte de l’abstraction dans les sciences et les arts ; culture séparée de la vie ; intellectualisme ; hypertrophie du sens critique ; créativité individuelle égotique et esthétisante ; rôle décisif des femmes dans le phénomène sectaire ; psychanalyse : prédominance accordée à tout ce qui est nocturne, atavique, sexuel et instinctif.
“Aphrodisien : culte des stars et du corps ; climat d’érotisme diffus et cérébral.
“Amazonien : augmentation croissante du nombre des femmes “viriloïdes” et des hommes efféminés ; diffusion toujours plus grande de l’homosexualité masculine et féminine ; rôle important de nombreuses femmes dans les courants politiques extrémistes et, surtout, dans le terrorisme d’ultra-gauche italien (“Brigades rouges”) et allemand (“bande à Baader”), véritable foyer d’amazones des temps modernes.” (page 24 de l’introduction, Ed. Trédaniel, 1982).
Une fois encore, le lecteur a l’impression que notre affaissement est un phénomène naturel. L’influence des juifs dans le cinéma n’est évoqué à aucun moment pour expliquer la banalisation de l’homosexualité, par exemple. C’est pourtant la seule explication. Vous pouvez retourner le problème dans tous les sens : il n’y a aucune autre cause à la montée de l’homosexualité dans les pays occidentaux, que l’influence exercée par les juifs dans les médiats.
Evola manifeste ce même fatalisme désespérant quand il observe l’éclatement de la cellule familiale patriarcale : “Il ne faut pas croire que des mesures extérieures puissent y changer grand chose. Nous le répétons : l’unité familiale ne pouvait rester solide qu’aussi longtemps qu’une façon de sentir suprapersonnelle avait assez de force pour faire passer au second plan les faits simplement individuels… La multiplication des échecs conjugaux dans la société contemporaine est donc naturelle, ainsi que les divorces et les séparations qui les accompagnent. Et il est absurde de croire à l’efficacité des mesures qui puissent freiner le développement de ce phénomène.” (page 231).
Il suffit pourtant de regarder la production cinématographique du judaïsme pour se rendre compte du rôle extraordinairement malfaisant des producteurs et réalisateurs juifs, qui n’ont ce cesse d’encourager dans leurs films, le divorce, l’adultère, l’hédonisme, sans même parler de la pornographie. Juste une question : quand avez-vous vu pour la dernière fois un film montrant un couple heureux, composé d’un homme, d’une femme et de trois enfants ?
Contre l’influence de l’Église, Evola se fait le chantre de la libération des mœurs : “On sait que le catholicisme et le christianisme se caractérise pas une opposition entre “chair” et esprit, par une sorte de haine théologique du sexe.”, écrit-il. (page 235). Fort heureusement, “les processus en cours conduisent à une élimination des inhibitions, à une vie sexuelle libre.”
Et il manifeste une fois encore ce fatalisme exaspérant : “Qu’une caractéristique particulière de l’époque actuelle soit une démonie de l’eros, que sexe et femme soient les motifs dominants dans la société d’aujourd’hui, c’est un fait évident qui, du reste, appartient à la phénoménologie normale de toute phase finale et crépusculaire d’un cycle de civilisation.” (page 245). “Dans une civilisation et dans une société matérialisées et désacralisées comme les nôtres, il est donc naturel que les digues qu’opposaient à la dissolution la conception chrétienne du mariage et de la famille… aient cédé de plus en plus et que, dans l’état actuel des choses, rien n’existe plus qui mérite d’être sincèrement conservé.” (page 236).
Dans Comment peut-on être païen ?, Alain de Benoist n’hésite pas à inverser les rôles de manière très judaïque, et à accuser les chrétiens à la place des juifs : “Rien de plus chrétien que cette pornographie qui n’a d’attraits qu’en étant interdite.” (page 228).
Evola mentionne encore l’œuvre de l’Allemand Oswald Spengler. L’auteur du Déclin de l’Occident (1923) — un ouvrage confus et difficile, presque illisible — considérait lui aussi que la décadence était un phénomène inéluctable : “formes lourdes, sans âme, urbaines, où dominent… l’intellect abstrait, l’économie et la finance, l’esprit pratique et le monde des masses avec un fond de grandeur purement matérielle. Avec l’apparition de ces formes, une civilisation s’achemine vers sa fin.” Spengler observait la prolifération des sectes et des religions étrangères : “Selon Oswald Spengler, la “deuxième religiosité” est un des phénomènes qui accompagnent toujours les phases terminales d’une civilisation.” (page 258).
Dans La Crise du monde moderne (1946), René Guénon fait lui aussi quelques bonnes observations, mais reste figé et aphone dès lors qu’il s’agit de nous éclairer davantage : “C’est bien en effet là le caractère le plus visible de l’époque moderne : besoin d’agitation incessante, de changement continuel, de vitesse sans cesse croissante comme celle avec laquelle se déroulent les événements eux-mêmes.” (page 48, Gallimard, 1973). Là encore, il s’agit de comprendre que cette agitation moderne relève de la névrose juive, que cela plaise ou que cela ne plaise pas. Nous l’avons suffisamment démontré dans nos ouvrages.

Pourtant, Guénon et Evola avaient perçu l’influence dissolvante du judaïsme sur nos sociétés, mais cette explication, trop simple pour leurs cervelles de philosophes, était rejetée à l’arrière-plan. Dans quelques trop rares passages de leurs œuvres, ils évoquent prudemment le problème. Dans Les Hommes au milieu des ruines (1953), Evola écrit justement : “Toute idéologie égalitaire est l’indice sûr d’un climat de dégénérescence ou le “sceau” de forces qui tendent à produire une dégénérescence.” (page 48). Plus loin, sur une vingtaine de pages (183-203), il aborde le judaïsme en exposant quelques généralités, évoquant les “forces de la subversion mondiale”, une expression qui revient plusieurs fois dans ce chapitre.
Dans Le Règne de la quantité (Gallimard, 1945, Poche 1970), René Guénon s’exprimait avec beaucoup de précaution. A la page 122, il parle de “la formidable entreprise de suggestion qui a produit et qui entretient la mentalité actuelle, et qui l’a constitué.” A la page 293, il évoque un “plan préétabli de l’œuvre de subversion”. A la page 304, il est encore un peu plus explicite, dans une note de bas de page (écrite en tout petit) : “Pourquoi les principaux représentants des tendances nouvelles, comme Einstein en physique, Bergson en philosophie, Freud en psychologie, et bien d’autres encore de moindre importance, sont-ils à peu près tous d’origine juive, sinon parce qu’il y a là quelque chose qui correspond exactement au côté “maléfique” et dissolvant du nomadisme dévié, lequel prédomine inévitablement chez les Juifs détachés de leurs traditions ?” C’est cela : “détachés de leur tradition” !
Dans Révolte contre le monde moderne (1934), il faut attendre la page 364 pour apprendre que les juifs existent. Evola évoque le “trafic judaïque de l’or”. A la page 398, il parle des “dirigeants de la subversion mondiale”, puis, de la “ploutocratie mondiale” (page 402). A la page 400, Evola nous avoue enfin que “les révolutions ne sont pas spontanées”. “Le fait est que ces gens-là voit loin”, écrit-il. Et effectivement, ils voient, loin, très loin, beaucoup plus loin que ceux qui tournent en rond dans leur bocal : il serait temps de s’en apercevoir.
Même Oswald Spengler, dans son Déclin de l’Occident, notait (t. 2, page 295) : “L’action du judaïsme est également destructrice partout où elle s’exerce.” Mais là encore, on n’insistait pas, comme si c’était une honte de proférer des idées antisémites. Il faut dire que Spengler a l’esprit assez brumeux. Il nous parle sur plusieurs pages, par exemple, de la Russie, de Dostoïevski et des bolcheviques… dans un chapitre sur la “culture arabe” ! D’Otto Weininger, qui s’est suicidé à l’âge de 23 ans après s’être retourné contre le judaïsme dans son livre Sexe et caractère (1902), Spengler écrit : son livre, “dont le dualisme moral est une pure conception magique et dont la mort, dans une lutte psychique qu’il a fait vivre magiquement entre le bien et le mal, est l’un des plus sublimes moments de la religiosité très tardive”. (page 297). N’importe quoi ! Spengler parle de tout et de rien, mélange tout. Tout comme son congénère anglais, l’historien Arnold Toynbee qui nous pond une “histoire universelle”, il veut parler de tout, et l’on ne retient rien.
L’historien Dominique Venner se situe dans ce courant de pensée, mais sans adhérer à toutes les divagations religieuses des grands précurseurs. D’Evola, il écrit, dans son Histoire et tradition des Européens (Ed. du Rocher, 2002) : “On ne peut le suivre non plus sur l’idée que l’histoire est un processus de déclin, c’est-à-dire une perpétuelle involution depuis un “Age d’or” imaginaire qui se placerait avant l’histoire.” (page 250).
Néanmoins, Venner refuse lui aussi de voir que la civilisation européenne est victime d’une agression et préfère parler de “suicide”. Selon lui, l’influence délétère du christianisme est la cause principale de ce phénomène étrange. Après deux mille ans, le christianisme se révélerait donc enfin pour ce qu’il est : un poison. “Il n’existe pas d’exemple historique de civilisation ayant poussé à ce point le refus de survivre et la volonté de se supprimer”, écrit Venner… “S’ils en sont arrivés là, c’est en expiation de leur suicide collectif des deux guerres mondiales. C’est aussi sous l’effet d’actions destructrices concertées. C’est encore la conséquence de l’ancienne religion dominante et de ses transpositions séculières.” (page 38).
Il est assez curieux de constater que ces idéologues, qui n’ont cesse de clamer à tout va que l’empire romain a été assassiné par les chrétiens, prétendent aussi que la civilisation chrétienne porte en elle les éléments qui provoquent son auto-destruction. Il suffit pourtant de lire le Pro Flacco de Cicéron pour se rendre compte que les juifs étaient très influents dans l’empire romain de la décadence ; et il faut être aveugle pour ne pas voir leur influence dans la société d’aujourd’hui. C’est ce que certains Allemands ont appelé “le juif éternel”. Mais il y a aussi des jobards éternels, qui tournent, qui tournent et qui tournent encore, et qui continueront à tourner dans un “éternel retour”.
Descendre du haut des cimes
Nous crevons de ces intellectuels, qui non seulement, nous invitent à ne rien faire, ne rien tenter pour combattre nos ennemis, mais qui, de surcroît, crachent sur la religion de nos pères, parce qu’ils sont trop lâches, trop bourgeois, pour dénoncer la source de nos maux.
Nietzsche nous enseigne l’inertie. Dans L’Antéchrist (1888), il écrit : “Zarathoustra est un sceptique… Les convictions sont des prisons” (§ 54). Dans la préface de Chevaucher le tigre, Philippe Baillet traduit la pensée de Julius Evola et nous donne un bon conseil : “L’homme différencié, qui a su abandonner à jamais les croyances et les illusions de l’époque, comprendra alors que le plus difficile reste à faire : n’être fanatique de rien.” (page 64 de l’intro).
Le mot d’ordre, vous l’avez compris, est de grimper très haut sur la montagne, d’observer le chaos, “du haut des cimes”, comme le dit Evola, et de considérer nos compatriotes “non-initiés” avec le profond mépris qu’ils méritent. Dans Révolte contre le monde moderne (1934, L’Age d’homme, 1991), Evola écrit : “ce monde est tel qu’il ne peut servir de base à rien”. Il existe certes encore des hommes de la Tradition, dans ce monde de ruines : “Bien que dispersés sur terre, s’ignorant souvent les uns les autres, ils sont invisiblement unis et forment une “chaîne” incassable dans l’esprit traditionnel.”
Ces gens-là sont la crème de l’humanité. Ils forment, avec quelques autres, un petit noyau d’initiés, et sont détenteurs du savoir cosmique de Vishnou. Naturellement, leur devoir est de ne surtout pas bouger : “Ce noyau n’agit pas, écrit Evola : sa fonction correspond au symbolisme du “feu éternel”. Grâce à ces hommes, la Tradition est présente malgré tout, la flamme brûle secrètement, quelque chose rattache le monde au supramonde. Ce sont les “veilleurs”.” Plus loin, Evola écrit encore : “Ne veillons qu’à une chose : rester debout dans ce monde de ruines. Si une action réalisatrice générale n’a aujourd’hui que très peu de chances d’être efficace, les hommes dont ont a parlé ont cependant le devoir de se défendre sur le plan intérieur. » (pages 424, 425). A partir de là, vous n’avez plus qu’à attendre que le temps passe, que le “cycle” se termine.
Trente ans plus tard, dans Chevaucher le tigre, paru en 1961, Evola, complètement encroûté en haut de sa montagne, n’avait pas évolué d’un iota : “La seule perspective qui reste est celle d’une unité invisible dans le monde, par delà les frontières, de ces rares individus qui ont en commun une même nature, différente de celle de l’homme d’aujourd’hui, et une même loi intérieure.” (page 227). Les perspectives d’Evola, on le constate, étaient assez limitées.
A la fin du Règne de la quantité (page 366), René Guénon essaie timidement de nous rassurer : “Ce monde va vers sa fin… Il ne peut plus y avoir, pour parvenir au moment ultime du cycle actuel, que le “redressement” qui, remettant soudain toutes choses à leur place normale alors même que la subversion semblait complète, préparera immédiatement “l’âge d’or” du cycle futur.”
C’est une bien piètre consolation pour un militant nationaliste, qui lui, ne demande qu’à se battre. On voit bien en tout cas que le nationalisme français et européen est plombé par ces penseurs, qui sont de véritables boulets idéologiques. Pour préparer la victoire de nos idéaux, il est donc indispensable de commencer par se débarrasser de toutes ces nuisances intellectuelles.
Les militants nationalistes instruits ne sont pas des “initiés” qui “méditent” seuls en “haut des cimes”, mais des prêtres, dont le devoir est d’aller au peuple, d’instruire le peuple, de trouver dans le peuple celles et ceux qui vont comprendre le monde, rayonner autour d’eux et marcher avec nous en entraînant les autres. Baltasar Gracian, un jésuite espagnol du XVIIe siècle, était un grand connaisseur de l’âme humaine. Dans L’Homme de Cour, il écrivait : “Être plutôt fou avec tous que sage tout seul… Quelque fois, le plus grand savoir est de ne rien savoir, ou du moins, d’en faire semblant. L’on a besoin de vivre avec les autres, et les ignorants font le grand nombre. Pour vivre seul, il faut tenir beaucoup de la nature de Dieu, ou être tout à fait de celle des bêtes. Mais, pour modifier l’aphorisme, je dirais : plutôt sage avec les autres que fou sans compagnon.” En ce qui nous concerne, on donne tout Nietzsche et tout Evola pour quelques formules de ce bon Balthasar.
Quant à notre religion, pour faire court, elle est très exactement la même que celles des juifs. Nous avons aussi la même vision linéaire de l’histoire et du devenir de l’humanité ; et le même objectif : la paix sur terre ; une paix qui sera absolue et définitive. Alors le messie viendra, soyons-en assurés. Ou “reviendra”, si vous préférez.
Hervé Ryssen, 17 février 2009

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4 Comments »

  1. 1
    Christian Says:

    Hervé écrit bien mieux ici que sur son blog.
    Même s’il met trop de références pour un esprit peu éclairé sur ces sujets !

  2. 2
    paddydesetoiles Says:

    Tout cela me parait bien triste et si peu éclairé !
    Prétendre connaître alors que l’on est engoncé de savoir, c’est navrant
    Dommage car il y a là un sujet avec substance et essence, immensément riche
    Patrick

  3. 3

    Mon fils est actuellement un «entrepreneur ». C’est précisément ce que vous appelé une fois vous n’avez pas d’emploi .
    Un budget financier nous informe connaissez peut-être ne peut pas acheter , néanmoins il ne nous empêche pas de l’acheter .

  4. 4
    André Says:

    Le prêtre chez Nietzsche est un terme générique désignant le représentant de toute caste sacerdotale et pas uniquement le curé catholique… Quant au christianisme, s’il l’attaque de préférence au judaïsme c’est en toute logique parce que c’est le premier qui a vaincu et s’est diffusé sur toute la Terre, bien qu’il n »épargne pas non plus le second contrairement à ce que vous prétendez. Mais pour admettre ce simple fait il faut évidement oublier cinq minutes le « complot juif mondial »…


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