Sommes-nous comptables des engagements pris par la république en notre nom ?

Aristote ; Politique, livre  V / 4-12

Les origines et les causes des séditions et des révolutions.

« L’agitation atteint les régimes tantôt par violence, tantôt par ruse : par violence et alors la contrainte s’exerce immédiatement, dès le début, soit ultérieurement ; car la ruse peut aussi agir de deux façons ; tantôt après avoir abusé le peuple, on change la constitution avec son consentement ; puis, plus tard, on garde le pouvoir par la violence, sans son consentement. Tantôt on use de persuasion au début ; et ensuite, ces hommes, « mis en condition » par la persuasion, on les gouverne de leur plein gré. »

Aristote ; Politique ; Livre VI / 4-15

Les différentes formes de démocratie.

« Quant à la dernière espèce de démocratie, à cause de la participation de tous au pouvoir, ni toute cité n’est à même de la subir, ni elle-même ne peut se maintenir facilement sans avoir de bonnes assisses grâces à ses lois et à ses moeurs. Pour édifier cette démocratie, les dirigeants donnent d’ordinaire de la force au peuple en lui adjoignant le plus de gens possible et en donnant le droit de cité non seulement aux fils légitimes, mais encore aux bâtards et aux enfants dont un seul des parents est citoyen : je veux dire le père ou la mère ; tout le monde, en effet, convient à une démocratie de ce genre. Voilà comment d’ordinaire les chefs du peuple (dem-agogues) établissent leur régime ; toutefois cette adjonction de citoyens ne doit se faire que jusqu’au point où la masse l’emporte en nombre sur les notables et la classe moyenne, et ne pas dépasser cette limite. En effet, en allant au-delà, on accroît le désordre dans l’Etat et l’on incite les notables à tolérer encore moins facilement la démocratie ; ce fut précisément la cause de la révolte à Cyrène. Un mal, inaperçu lorsqu’il est léger, saute davantage aux yeux quand il a grandit.

De plus, sont utiles aussi pour une démocratie de cet sorte des mesures semblables à celles qu’utilisèrent, à Athènes, Clisthène, lorsqu’il voulut renforcer la démocratie et, à Cyrène, les fondateurs du régime populaire ; Il faut créer d’autres tribus et phratries plus nombreuses, regrouper les cultes privée en un petit nombre de cultes publics et user de tous artifices pour que les citoyens se mêlent le plus possible les uns aux autres et que leurs relations anciennes sont rompues.

De plus, les dispositions propres à la tyrannies, de l’avis général, conviennent toutes à cette démocratie ; je veux dire, par exemple, l’insubordination des esclaves (qui pourrait être utile jusqu’à un certain point) , des femmes et des enfants, et l’indifférence au genre de vie que chacun veut mener ; on aura de fait, grand intérêt à venir en aide à un régime de ce genre, car la multitude trouve plus d’agrément à vivre dans le désordre que dans une sage discipline. »

Aristote ; Politique ; Livre III / 2-2

Qui est citoyen ?

Gorgias de Léontini, peut-être moitié conscient de la difficulté, moitié par ironie disait : «  Les ustensiles faits par les fabricants de mortiers sont des mortiers, et de mêmes sont les Larisséens les citoyens « fabriqués » par leurs « démiurges », car certains de ces magistrats sont des « fabricants » de Larisséens. » [ les magistrats Larisséens donnent la citoyenneté Larisséenne à des étrangers, ce sont donc des fabricants de Larisséens.]

Mais la chose est bien simple, si ces aïeux participaient au pouvoir politique dans le sens de la définition donnée, ils étaient citoyens, car la définition du citoyen comme « né d’un citoyen ou d’une citoyenne » ne saurait s’appliquer aux premiers habitants ou fondateurs d’une cité.

Mais voici une chose qui crée peut-être plus de difficulté : c’est le cas de ceux qui ont acquis le droit de cité à la suite d’une révolution et dont on a un exemple dans les mesure prises par Clistène à Athènes après l’expulsion des tyrans : il incorpora dans les tribus beaucoup d’étrangers et d’esclaves domiciliés. La difficulté dans leur cas est de savoir, non pas qui est citoyen, mais si tel citoyen l’est légitimement ou non. Toutefois on pourrait encore ajouter cette question : n’est-il pas vrai qu’un citoyen, s’il ne l’est pas légitimement, n’est pas du tout un citoyen, car les termes « illégitimes » et « faux » se valent ? Mais puisque nous voyons aussi certains magistrats exercer illégitimement leur pouvoir – pouvoir dont nous affirmons la réalité mais non la légitimité – .et que, d’autre part, le citoyen se définit par un certain pouvoir, il faut évidemment dire que ces gens-là sont aussi des citoyens.

III 1- Quant à savoir s’ils sont citoyens légitimement ou illégitimement, ceci se rattache étroitement à un débat précédemment exposé. Des gens, en effet, se demandent à quel moment c’est la cité qui agit et quand ce n’est pas la cité : par exemple, lorsqu’on passe d’une oligarchie ou d’une tyrannie à une démocratie. Certains alors refusent de s’acquitter des engagements contractés, sous prétextes que ce n’est pas la cité, mais le tyran qui les a pris ; Ils rejettent aussi beaucoup d’autres obligations de même genre, sous prétexte que certains régimes ont pour raison d’être la domination et non l’intérêt général. Si donc on a une démocratie de ce type, il faudra attribuer à cet Etat les actes de ce régime au même titre que ceux de l’oligarchie ou de la tyrannie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :