Le verbe créateur

A la fin du XIX siècle, les aliénistes Français et Allemands s’occupaient de maladies mentales qui furent par la suite appelées : paranoïa. (Para : contre. Noïa : esprit. Un esprit contre quelque chose.)  Ces maladies se caractérisaient par un certain nombre de symptômes : délire des grandeurs, délire de jalousie, délire de revendication, délire d’interprétation, délire de persécution, fausseté du jugement. Sérieux et Capgras, deux de ces aliénistes étudièrent ces malades et publièrent le résultat de leurs études : «Les folies raisonnantes »; Extrait :

« Les revendicateurs égoïstes sont dénués de toute notion du bien et du mal : ils commettent des indélicatesses, des abus de confiance, des escroqueries, tout en ayant sans cesse à la bouche les mots de probité, de conscience et d’honneur.                                                    Un malade de Kraepelin trouvait extrêmement préjudiciable le retard d’une carte postale, tandis qu’un inceste, le détournement d’une somme d’argent n’étaient que des peccadilles. Les plus violents se plaisent à vanter leur douceur et tel qui a commis une tentative de meurtre s’étonne qu’on relève un si futile épisode dans une vie toute de bonté et de charité. »

« Les revendicateurs égoïstes sont dénués de toute notion du bien et du mal !. » Disent Sérieux et Capgras ; Bien au contraire ! Ces gens ne sont pas dénués de toute notion du bien et du mal, mais cette notion ne se trouve chez eux qu’en parole. Leur vérité, c’est ce qu’ils disent ; Ce qu’ils disent et non ce qu’ils font ; Ils sont convaincus par ce qu’ils disent ; Ils sont convaincus d’être ce qu’ils disent qu’ils sont.

« Ce qui souille l’homme, ce n’est pas ce qui entre dans son corps, dit Jésus, mais ce qui en sort » : ses mauvaises paroles. Le Mal n’est pas dans les actes, il est dans les paroles. Ainsi :                                  « Parlons toujours en bien, telle Blanche-Neige : « le Bien c’est le Bien ! » Et rien ne  pourra nous arriver : nous serons purs… ! »           C’est la morale de l’hypocrite : l’homme est libre de ses actes, non de ses paroles.  Le Bien c’est ce que l’on dit, et non ce que l’on fait !

« Le dire et le faire » : les actes et les paroles sont dissociés. Ainsi on peut, sans problème,  faire ce que l’on dénonce et dénoncer ce que l’on fait. On peut voler et condamner le vol ; On peut assassiner et réclamer les plus cruels supplices pour les assassins, en toute bonne conscience puisque le Bien n’est que ce que l’on dit !

Reprenons l’exemple de Sérieux et Capgras de ces malades qui pratiquent l’inceste et le meurtre en les considérant comme des peccadilles ; il faut bien que ces malades sachent et ne sachent pas, en même temps, qu’ils font le Mal.                                                      A) dans un premier temps, ils savent qu’ils font le Mal et mentent lorsqu’ils affirment le contraire.                                                          B) dans un second temps, ils ne savent pas qu’ils font le Mal et sont sincères, innocents, lorsqu’ils l’affirment.  (C’est ce que Lacan appelle méconnaissance : on sait mais on ne sait pas.)                                     Les deux choses ne sont pas conciliables, sauf, à postuler une scission de l’esprit, un clivage. On pourrait être en présence de ce que le médecin Bleuler appelait schizophrénie : « esprit coupé »

La morale de ces malades est la même que celle de l’hypocrite, c’est-à-dire de la gauche bien pensante, « Le bien c’est ce que l’on dit, non ce que l’on fait ! »

Le gauchiste est « dans la conscience » là où l’on ressent les choses, mais où aucune analyse n’est faite. C’est sa conscience qu’il cherche à imposer à autrui dans une lutte à mort. Ayant la certitude d’être dans le vrai, il n’envisage pas une seconde de se remettre en question et ne prévoit pas les conséquences de ses prises de position.                                                                                               Il prétend posséder toute les belles vertus, c’est une belle âme, désintéressée, dévouée, généreuse, magnanime….mais uniquement en parole, dans la façon dont il se présente, dans les faits, c’est tout le contraire.                                                                                         Il se pense en altruiste….il est égoïste.                                              C’est un hypocrite – un acteur jouant un rôle – mais il n’est pas le maître du masque qu’il se donne, il est possédé par lui. Il est possible que le mot « social » signifie  cinéma, mascarade que chacun joue en présence d’autrui. La vérité étant toute en parole, dans la façon dont il se présente, il y a toujours une discordance : une opposition entre ses actes et ses paroles. Ses paroles seraient cohérentes s’il n’y avait pas ses actes. Mis devant ses  contradictions actes – paroles, il est obligé de mentir, de nier. Il créé un malaise car on ne sait jamais qui il est réellement.

L’hypocrite voudrait qu’on le prenne pour le personnage qu’il joue, qu’il s’imagine être  (définition du bovarysme), pour cet être imaginaire, idéal du Bien, image inversée de ce qu’il est réellement. Il est partagé entre ce « Je » tel qu’il se décrit et qu’il se voit, son narcisse, et un autre « Je » symbole du Mal, qui lui échappe et avec lequel il est en conflit:                                                                     « Ce n’est rien d’autre que le kakon de son propre être, que l’aliéné cherche à atteindre dans l’objet qu’il frappe. »  Lacan   E1  P 174          Il y a un dédoublement de la personnalité entre son être réel qui agit et un autre être : sa représentation de lui-même destinée à autrui, l’un et l’autre s’ignorant, ce qui explique les contradictions.

Ils ne sont pas établis dans la vérité

Ainsi, la vérité serait toute en paroles ?                                           Alors il n’y a pas de vérité : le fond n’est rien, la forme est tout. Tout est dans l’apparence, il ne s’agit que de paraître, de faire semblant, de respecter  l’étiquette.

Lorsque Nicolas Sarkozy, après l’élection 2007, prit trois jours de congés sur le yacht d’un de ses amis milliardaire, toute la gauche bien pensante se scandalisa. Ce ne sont pas ses vacances qui lui sont  reprochées, c’est le fait qu’il ne se soit pas caché, qu’il n’ait pas respecté la forme, qu’il ne se soit pas soucié du : « qu’en-dira-t-on ».

Lorsque Ségolène Royal déclare après l’élection 2007 : «  J’ai été obligée de défendre des projets auxquels je ne croyais pas et qui n’étaient pas crédibles : SMIC à 1500 euros et 35 heures généralisées » ;  elle provoque un scandale parmi les socialistes. A leurs yeux, ce n’est pas le fait de ne pas croire à la viabilité de ces projets qui soit répréhensible, mais c’est le fait de l’avouer publiquement ; On a le droit d’être hypocrite, de raconter une histoire, mais il est interdire de le dire. Ce qui n’est pas dit n’est pas réel, mais les paroles de Royal reprises pas l’opinion publique deviennent vérité à ses yeux. En outre, si l’on a menti ou si l’on s’est trompé ; on ne doit pas se démentir sinon l’on n’est plus crédible !      Ce qui compte c’est la forme, l’apparence : ce que l’on dit, non ce que l’on fait, ou ce que l’on pense ; Les paroles sont plus importantes que la réalité !

« Les choses ne sont regardées que par le dehors…le bon extérieur est la meilleure recommandation. »                                                     « Il ne suffit pas d’avoir bonne intention si l’action a mauvaise apparence. »                                                                                     « Il ne faut pas seulement que les choses soient, il faut qu’elles paraissent ! »                                                       Balthasar Gracian

S’il n’y a pas de vérité : un mot vaut un mot ; Une parole vaut une parole ; La vérité n’est pas différente du mensonge ; Tout est égal. Les ennemis du gauchiste sont ceux qui s’opposent constamment à lui, c’est-à-dire ceux qui défendent la vérité face à ses erreurs, ses justifications, ses bons sentiments.

S’il n’y a pas de vérité, à bon droit, il peut se croire victime. S’il n’y a pas de vérité, il y a la forme, il y a les bons sentiments. Pour les femmes, la vie, la vraie vie, c’est le ressenti, ce ressenti touche à la forme. La forme est tout puisque le fond n’est rien.                              Si la vérité du gauchiste est dans les mots, son devoir n’est que dans les mots, il va de par le monde donner des leçons de morale à tout un chacun, dénonçant ce qu’il fait et faisant ce qu’il dénonce, il a le DROIT !  Sa morale est un  puritanisme de pharisiens. Ne sachant ce qu’il fait, il erre sans but et sans  direction morale, suivant ses intérêts sans considération de bien ou de mal. Du moins son seul guide, c’est ce qu’il dit de lui-même. Lorsque ceux qu’il a lésés lui apportent leurs plaintes, celles-ci sont fort mal reçues, n’oublions pas qu’il évolue dans la sainteté de son verbe ; Les critiques et les reproches justifiés qui lui sont adressé sont perçus comme des calomnies et des injustices : il ne les comprend pas. Il réagit à ces attaques de façon puérile, en rendant la pareille : on fait comme ça avec moi, je fais la même chose !  Ses actes démentant ses paroles, il ne faut donc pas l’écouter mais le regarder, ou plutôt écouter ce qu’il dit et regarder ce qu’il fait… et en des temps différents car il méconnaît volontairement cette discordance.  Sa morale est rigoureuse, mais elle ne trouve à s’appliquer qu’à autrui. S’il est pris en défaut, il y va d’une plaidoirie, de longtemps préparée, dans laquelle les mots tiennent lieu de raisons et de preuves, allant jusqu’à affirmer le contraire de ce qu’il pense, dévoilant son hypocrisie car il renie ce qu’il a d’abord affirmé : « il ne se tient pas dans la vérité » ; On ne sait plus si on doit considérer ce qu’il a présenté en premier lieu ou ce qu’il avance en deuxième intention. Après réflexion, on se dit que seul son intérêt compte pour lui, sa parole fluctuant au gré de cet intérêt.

« Les peuples ont toujours pris les paroles pour les actes »                                                                       Protocoles des sages de Sion.

Les paroles étant des vérités, on croit qu’il suffit de dire les choses, de les proposer pour qu’elles soient acceptées sans discussion comme des vérités intangibles.                                                             Le discours politique s’adresse donc à cette masse qui prend les mots pour la réalité. Les médias lui disent qu’elle vit au pays de la liberté, des droits de l’homme, qu’elle a une chance inouïe de vivre dans ce merveilleux pays et elle y croit ; Quelque soit son vécu quotidien.

C’est le verbe créateur…le verbe qui créé son réel.                              Par exemple, le gouvernement ne doit pas dire qu’il met en place la rigueur, il doit le faire, mais ne doit pas le dire ! La chose n’étant pas dite, n’existe pas ou n’est pas vraie.  Le discours politique vise à gérer, guider ou asservir cette masse. Il est inutile d’écouter ce discours, mais il faut juger aux actes : « Vous serez jugé selon vos œuvres » Saint-Paul.

Si ce sont des paroles qui tiennent lieu de vérité, alors à plus forte raison, la vérité c’est la vox populi. On raconte une histoire, une version et c’est cela la vérité ! Que la foule y croit et cette histoire est sacrée. La masse lui donne de la force.  Puisque la parole créée sa vérité, elle crée aussi sa réalité.                                                            Ex : la masse ne veut pas paraître serve; s’il était dit qu’elle est esclave, ces paroles créeraient sa réalité et elle le serait réellement dans son idée, dans son imagination.                                                   En réalité, elle veut bien être asservie, elle proteste pour la forme, car elle ne veut pas paraître serve de crainte que cela ne soit dit.  Son quotidien peut bien lui renvoyer un vécu quelconque, tout ce qui n’est pas dit n’est pas réel.

La vérité est toute dans les mots ?

Mais alors en cas de blame game, celui qui ne sait pas se défendre aura tort; Et celui qui aura le dernier mot aura raison et sera dans le vrai; D’où ces querelles interminables.                                                C’est bien ce qu’il y a de détestable dans les relations humaines, l’agneau accusé à tort sera obligé de se défendre pour ne pas être sacrifié, et tant pis pour lui s’il ne sait pas le faire.

Et revenons à cet opiniâtre qui veut toujours avoir raison. N’a-t-il pas raison ? Si la vérité est toute dans les mots, l’important n’est-il pas d’avoir le dernier mot, et peu importe le vrai et le faux ? Cet opiniâtre n’a-t-il pas des points communs avec Satan dont il est dit :

« Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds; car il est menteur et le père du mensonge. » Saint-Jean, 8.44

Et ce Paranoïaque, cet esprit contre quelque chose, ce rebelle qui s’oppose sans arrêt, n’a-t-il pas, lui aussi, des points communs avec Satan : « celui qui s’oppose », l’ennemi, le calomniateur ?

Puisque le verbe est créateur : Certaines choses ne doivent pas être dites pour ne pas exister.  Lorsque la réalité reflète le Mal, elle ne doit pas être dite. Dire la vérité ferait surgir le mal : Satan ! C’est le politiquement correct :

« Dites nous des choses qui nous plaisent et nous vous écouterons. »

L’opiniâtre, l’opinion publique, ne veut entendre que des choses qui lui soient agréable à l’oreille, l’hypocrite se décrit tel qu’il se souhaite. La vérité c’est ce que l’on dit.

Quoi que l’on dise, à force de répétition, devient réalité.

Les gauchistes sont dans ce verbe créateur, ce sont de « vrais croyants », ils croient à leurs utopies. Il n’y a donc pas besoin de « croire » pour que cela fonctionne, il suffit de répéter en boucle des mantras, comme les gens de gauche le font dans leurs associations, se convaincant ainsi les uns les autres. En religion même, il n’est nul besoin de croire, il faut juste pratiquer et juger d’après les effets produits. Le verbe créateur est à la base de la religion, c’est la raison de la nécessité de la récitation des prières.

«Au commencement était le verbe, et le verbe était auprès de Dieu et le verbe était Dieu.» Saint-Jean


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Les folies raisonnantes; Sérieux et Capgras

La paranoïa wikipedia

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