La lutte des lumières contre la superstition

« L’intelligence pure sait la croyance comme l’opposé d’elle-même, de la raison et vérité. De même qu’à ses yeux la croyance, de manière générale, est un tissu de superstitions, de préjugés et d’erreurs, de même, elle voit la conscience de ce contenu continuer à s’organiser en un règne de l’erreur, au sein duquel l’intelligence fausse se trouve être une première fois comme la masse générale de la conscience, (1)de manière immédiate, spontanée et sans réflexion en soi-même ; mais où elle a aussi chez elle le moment de la réflexion interne, ou de la conscience de soi séparé de la spontanéité naïve, (2)qui est comme une intelligence et une intention mauvaise qui demeure à l’arrière plan, et par lesquelles cette conscience est bernée. La première, la masse est la victime de la tromperie d’une prêtrise qui s’emploie à la réalisation de son envieuse vanité, c’est-à-dire de son désir de rester seule en possession de l’intelligence, ainsi qu’à l’accomplissement de ses autres intérêts personnels, et en même temps se conjure avec le despotisme ; lequel à son tour, comme unité vide de ce règne réel et de ce règne idéal, domine la mauvaise intelligence et la mauvaise intention des prêtres, et réunit l’une et l’autre en elle-même, tire de la bêtise et de la confusion du peuple par le moyen de la prêtrise trompeuse, tout en méprisant l’un et l’autre, l’avantage de la domination tranquille et de l’accomplissement de ses envies et de son arbitraire, mais en même temps, est tout autant l’un et l’autre le même étouffement de l’intelligence, la même superstition et la même erreur.

« Contre ces trois cotés de l’ennemi, les Lumières de partent pas sans faire de différences.[…] Ce n’est pas la volonté de la prêtrise trompeuse et du despote oppresseur qui est l’objet immédiat de leur activité, mais c’est l’intelligence sans volonté, qui ne se singularise pas en être pour soi, le concept de la conscience de soi qui a son existence dans la masse, mais n’y est pas encore présent comme concept. »  Phénoménologie;  P 489

*

Hegel pointe ici :

« La croyance, tissu de superstitions, de préjugés et d’erreurs, et sa conscience « règne de l’erreur » au sein duquel existe une « intelligence fausse ».

Le combat des lumières se menait contre : « l’intelligence sans volonté, qui ne se singularise pas en être pour soi : le concept de la conscience de soi qui a son existence dans la masse. »

Pour transposer les choses à aujourd’hui, cette : « conscience sans volonté, qui a son existence dans la masse » : c’est l’opinion publique, mais considérée comme un ressenti d’appartenance à une communauté spirituelle, un égrégore, un être collectif auquel cette conscience s’identifie, et qu’elle  prend pour la vérité; C’est « ce monde » : l’air du temps ; la mode qui vous dit ce que vous devez penser et comment vous devez vous habiller. – Le conformisme bêlant de la jeunesse correspondant à ce besoin fusionnel de ne faire qu’un avec l’égrégore opinion publique, qui est comme une mère avec laquelle il voudrait vivre en parfaite harmonie. Gustave Lebon insiste sur ce coté féminin de la foule dont la voix est l’opinion publique. C’est quasiment du domaine religieux, mais ayant éliminé la religion de la vie publique, elle réapparait dans la vie quotidienne, comme le ferait un retour du refoulé.

Ensuite Hegel remarque une schizophrénie de la croyance car elle est une première fois comme « la masse générale de la conscience, immédiate, spontanée et sans réflexion » ; et ensuite, c’est aussi une : « conscience de soi, séparé de la spontanéité naïve, qui est comme une intelligence et une intention mauvaise qui demeure à l’arrière plan. »

L’opinion publique : « la masse générale de la conscience » est schizophrène ou à double visage, (1) et (2). D’un coté c’est le peuple, noble et fier, de l’autre coté c’est la masse, la plèbe. D’un coté, on la trouve bienveillante, généreuse, désintéressée ; et de l’autre, elle est malintentionnée, calculatrice et cruelle. Chez Hegel, tout se passe dans la conscience, mais la conscience introjecte ce qu’elle ressent du monde extérieur, ou la perception qu’elle en a, puis prend cet introjecté  pour la réalité.

Cette : « conscience sans volonté, qui ne se singularise pas, et qui a son existence dans la masse. » C’est ce que l’on trouve chez les fonctionnaires. Elle est parfois confondue avec le peuple, la volonté populaire ou la démocratie entendue dans ce sens,

Pour continuer les parallèles entre aujourd’hui et ce que racontait Hegel, la prêtrise trompeuse serait l’ensemble des journalistes médiats et une partie de la fonction publique. Les croyances et superstitions : l’idéologie de gauche. Le despote au dessus qui profite : l’oligarchie. Tous trois étant : « même étouffement de l’intelligence, même superstition et même erreur. » Les lumières se répartissant actuellement entre les chrétiens croyants, les patriotes et les nationalistes. Ils se battent aujourd’hui contre cette intelligence sans volonté qui a son existence dans la masse, contre cette opinion publique toute puissante, comme une mère à la fois aimante et terrible; ou encore cette masse trompée. Ces consciences superstitieuses se trouvent surtout à gauche, mais ont leur équivalent à droite dans les consciences raisonnables, toujours modérés, mais dénuées de volonté.


Encore un article à venir sur Hegel, encore un petit peu plus compliqué que celui-ci.

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