Hegel et le politiquement correct

«Le cours du monde» cette : « lutte universelle de tous contre tous, dans laquelle chacun fait valoir sa propre  singularité»; Ces querelles dans lesquelles chacun veut que soit reconnu son: «Je suis Je»;  « Cet enquerellement universel où chacun tire à soi ce qu’il peut. » et qui pourtant :« semble être un ordre public»; Ce cours du monde triomphe de la vertu, pour qui: «l’abstraction sans essence est l’essence»; De cette vertu vide qui s’exprime dans la loi du coeur à propos de la souffrance, de ce monde égoïste et cruel, de l’individualisme et de la course à l’argent pour « le plus grand malheur d’une humanité abusée et exploitée par ces despotes ripailleurs, ces prêtres qui pratiquent l’abaissement.» ; Cette fausse vertu finit par céder et laisser la place, dans la conscience, au cours du monde  :

« Le cours du monde triomphe donc de ce qui constitue la vertu par opposition à lui ; il triomphe d’elle, pour qui l’abstraction sans essence est l’essence. Cependant, il ne triomphe pas de quelque chose de réel, mais de la création de différences qui n’en sont pas, il triomphe de ces discours pompeux sur le plus grand bien de l’humanité, et sur l’oppression qu’elle subit, le sacrifice pour le bien, et tous ces talents gâchés : ce genre d’essences et de fins idéales s’effondrent comme autant de paroles vides qui élèvent le cœur et laissent la raison vide ; qui édifient certes, mais pour ne rien construire ; toutes déclamations qui n’ont pour contenu précis que la très haute estime de l’excellente essence en laquelle l’individu qui se dit agir en vue de ces nobles fins et profère ces excellentes formules, tient sa propre personne – Emphase qui s’enfle la tête et l’enfle aux autres, mais aux proportions d’une inconsistante enflure.- La vertu antique avait sa signification sûre et déterminée, car elle avait en la substance du peuple un fondement riche de contenu et avait pour fin un bien effectif déjà existant ; c’est pourquoi elle n’était pas dirigée contre l’effectivité en tant qu’invertissement universel, ni contre un cours du monde. Mais la vertu que nous examinons est sortie de la substance, est une vertu sans essence, une vertu issue de la seule représentation et de parole dépourvue de tout contenu . – Ce vide de l’éloquence en lutte avec le cours du monde se découvrirait aussitôt, s’il fallait dire ce que ces formules signifient –  c’est pourquoi on les présuppose connues. Celui qui irait demander qu’on dise ce supposé connu, ou bien serait abreuvé d’une nouvelle prolifération de formules, ou bien se verrait opposer l’appel au cœur supposé dire à l’intérieur ce qu’elles signifient, c’est-à-dire que serait avouée l’incapacité à le dire en fait. – Il semble d’ailleurs que la nullité de ce genre d’éloquence ait atteint de manière inconsciente pour la culture de notre époque le niveau d’une certitude, dès lors que tout intérêt a disparu de la masse entière de ces formules et de la façon d’en user pour se pavaner ; et cette perte s’exprime dans le fait qu’elle ne provoquent plus guère que l’ennui. »

La vertu et le cours du monde /  P 326

Phénoménologie de l’esprit, Hegel, 1807

*

Ces formules vides sont toujours à l’oeuvre, c’est l’idéologie :

« Le candidat qui peut découvrir une formule neuve, bien dépourvue de sens précis, et par conséquent adaptable aux aspirations les plus diverses, obtient un succès infaillible….

Le vague même qui les estompe augmente leur mystérieuse puissance. »  Lebon

antidragon; la manipulation de l’opinion publique


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