Le jeu politique

Institution Oratoire

«Il y a des hommes que l’infamie a suivis au delà du tombeau : témoins Mélius, dont la maison fut rasée, et Marcus Munilus, dont le prénom fut retiré à toute sa postérité. Il en est d’autres que nous haïssons jusque dans leurs pères et mères. Des fondateurs de villes ont encouru un opprobre éternel pour avoir rassemblé en corps de peuple une horde funeste aux autres peuples : tel est le premier auteur de la superstition judaïque. La haine qu’on porte aux Gracques a passé jusqu’à leurs lois. Enfin il est certains crimes dont la solidarité pèse sur toute postérité : tel est cet attentat inouï commis par un Perse sur une femme de Samos. A l’égard des vivants, le jugement du public dépose des mœurs; et leur bonne ou mauvaise réputation justifie l’éloge ou le blâme. Il importe cependant suivant Aristote, de considérer le lieu où l’on parle; les mœurs et les croyances des auditeurs sont d’un grand poids dans la balance; car ils admettront sans peine les vertus, qu’ils aiment, dans celui qu’on loue, ou les vices, qu’ils haïssent, dans celui qu’on blâme. On aura donc soin de bien s’assurer, avant de parler, de l’état des esprits. On aura soin aussi d y mêler toujours des louanges pour l’auditoire, car c est le moyen d’être écouté favorablement : mais autant que possible, ces louanges devront tourner en même temps à l’avantage du sujet. L’étude des lettres sera louée plus sobrement dans Sparte que dans Athènes; mais en revanche, on y exaltera la patience et le courage. Certains peuples mettent leur honneur à vivre de brigandage; d’autres, à vivre selon les lois. L’éloge de la frugalité serait peut être odieux aux Sybarites, et chez les anciens Romains c’eût été un crime capital de faire l’apologie du luxe. La même diversité se retrouve dans les particuliers : un juge penche aisément pour celui en qui il suppose des sentiments conformes aux siens. Aristote donne un autre précepte, dont Cornélius Celsus s est emparé, mais pour le pousser à l’excès: c’est de profiter de l’espèce d’affinité qui existe entre les vices et les vertus, en faisant passer, au moyen d’un léger détour des mots, un téméraire pour brave, un prodigue pour libéral, un avare pour économe,:  et réciproquement ce que ne fera jamais l’orateur, c’est à dire l’homme de bien, à moins de quelque motif d’intérêt public.»

Quintilien; Institution oratoire; livre III; PAGE 111.

http://books.google.fr; Quintilien, Institution oratoire.

«On aura donc soin de bien s’assurer, avant de parler, de l’état des esprits. On aura soin aussi d y mêler toujours des louanges pour l’auditoire, car c est le moyen d’être écouté favorablement»

A mettre en relation avec les paroles de Georges Frêche : un homme politique, qu’il aime ou non ses électeurs, se doit de les flatter. Il doit dissocier ses sentiments, de la nécessité de convaincre les gens auxquels il s’adresse. Aristote, dans sa rhétorique, précise toujours que les auditeurs sont des gens simples, qui ne peuvent suivre un raisonnement qui part de loin. Il y a une part de double-jeu : de jeu d’acteur, en politique.

«Certains peuples mettent leur honneur à vivre de brigandage; d’autres, à vivre selon les lois.»

L’honneur est une valeur individuelle, c’est l’estime de soi-même. Il se rapporte à des valeurs personnelles, c’est ce que l’on s’interdit ou ce que l’on s’oblige de faire.

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