Discours de la servitude volontaire-I

 

Commentée par Prévost Paradol;

« La Boétie… n’a point chercher où commence la tyrannie, où finit le pouvoir légitime, nécessaire au maintient de toute société humaine …à quel moment la juste obéissance…perd son nom pour prendre le nom honteux de servitude……

Si la servitude n’était fondée, comme La Boétie parait le croire,  que sur l’abêtissement du grand nombre et sur l’intérêt personnel des malhonnêtes gens, groupés autour d’un pouvoir despotique, elle n’aurait aucune chance de durer, et on ne la verrait jamais longtemps abaisser et ravager un peuple. Elle a des fondements plus solides, et si l’on étudie de près ce qui la soutient, on découvrira comme il arrive le plus souvent, une parcelle de justice et de vérité qui prête sa force à un échafaudage de mensonges. Rien de complètement faux et d’absolument mauvais ne peut se soutenir dans le monde, et c’est dans un mélange à la vérité fort inégal, de mal et de bien qu’il faut chercher la raison de tout fléau qui dure. L’obéissance est la condition inévitable et l’indispensable lien de toutes les sociétés humaines ; c’est cette obéissance juste et nécessaire qui, altérée et détournée de son but légitime, devient la servitude. Mais alors même que cette obéissance est ainsi gâtée et déshonorée, elle n’en garde pas moins une partie de sa vertu parce qu’alors même on la sent nécessaire et qu’on ne peut s’en passer. L’art de la tyrannie consiste à confondre cette obéissance avec la servitude au point que les deux choses paraissent n’en faire qu’une seule et que le vulgaire devienne incapable de les distinguer.

Les gens sages ne s’y trompent pas aussi aisément que le vulgaire, mais ils peuvent désespérer de séparer deux choses si adroitement mêlées, et s’ils ne voient aucune moyen de rendre à l’obéissance, sans laquelle la société ne peut vivre, sa noblesse et sa pureté naturelle, les plus honnêtes d’entre eux peuvent être tenté de l’endurer sous la forme mensongère et pesante qu’on lui a donné, plutôt que d’ébranler inutilement tout l’état. C’est ce genre de résignation qui s’est appelé dans tous les temps et dans toutes les langues : « préférer la servitude à l’anarchie », et cette expression si familière n’exprime pas autre chose qu’un certain désespoir de dégager l’obéissance raisonnable et nécessaire de l’obéissance déréglée et honteuse avec laquelle on l’on l’a trop habilement ocnfondue. »  Prévost-Paradol / P 197

« Un signe intérieur nous a été donné qui nous averti, à ne pouvoir nous y méprendre, de notre état de servitude. C’est l’humiliation que nous ressentons en accordant à notre semblable plus d’obéissance qu’il ne lui en est dû selon l’ordre de la nature et de la raison. Cette humiliation intérieure est pour ainsi dire d’ordre divin, en ce sens qu’elle est inévitable et involontaire, et que l’homme le plus dévorer de la passion de servir sait qu’il sert, et se méprise au-dedans de lui-même presque autant qu’il le mérite. » Prévost-Paradol / P 201

discours de la servitude volontaire; Flammarion

 

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