Archive pour août 16th, 2009

Arguments jouant sur le pathos

août 16, 2009

Sur un livre entier consacré à la rhétorique, une page seulement sur les passions :

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« Agir sur les émotions du public, c’est le plus souvent provoquer sa pitié, sa crainte ou ses préjugés. Voyons quelques exemples.

D’abord, attirer la pitié est un argument relativement facile, très utilisé notamment dans la mendicité et la justice pénale. On l’appelle argument Ad misericordam. Il est manipulateur dans le sens où il esquive les questions de fond en faisant larmoyer. Il y a donc un déplacement du champ argumentatif vers celui du pathos, de l’affectif. On sait qu’un mendiant obtient plus de succès lorsqu’il est accompagné d’un animal ou d’un enfant. D’un point de vue strictement rationnel : l’argument est peu solide car, si l’on accepte le principe de la mendicité, on doit donner l’aumône à tous les mendiants, et si on le refuse, on ne doit rien donner à personne. La présence du chien ou de l’enfant (1) apitoie au premier degrés, par le seul fait qu’il s’agit d’êtres sans défense. Elle dispense de toute réflexion sur l’utilité sociale de la charité ; et pourtant elle est un argument efficace à rattacher, pourrait-on dire, à la sophistique de la sensiblerie. Cet argument peut se révéler inopérant s’il est manifestement hors de propos et lorsque l’orateur n’est pas assez sympathique (2) pour attirer valablement la pitié. […]

A l’inverse, on peut argumenter en position de force et promettre une gratification ou des représailles à un interlocuteur, pour autant qu’il soit réellement soumis ou en état d’infériorité. C’est ce qu’on appelle l’argument ad baculum (du bâton), formule à laquelle Christian Plantin ajoute carotamque (et de la carotte), parce qu’il ne faut pas dissocier la menace de la récompense, qui procèdent évidemment du même rapport de pouvoir. On peut alors se demander s’il s’agit encore vraiment d’un argument, puisque l’interlocuteur est privé de sa liberté. Il se trouve en fait enfermé de force dans un dilemme (la bourse ou la vie) le plus souvent présenté sous la forme d’une hypothèse ;  « si tu ne mange pas ta soupe, tu n’aura pas de dessert ». Lorsque l’argument prend la forme d’une menace de violence, on parle de commination. Ainsi parle l’empereur Alexis au capitaine Bordue, qu’il engage dans son armée :

– C’est bien, je te nomme sous-lieutenant au 10 ° régiment de cosaques, et gare à toi si tu trahis. Si tu te bats bien tu seras récompensé «  Alfred Jarry.

[…]

Outre la crainte et la pitié, il est parfois facile de jouer sur les préjugés du public en usant de l’argument Ad populam, ou argument démagogique. C’est un peu dans cet esprit que Victor Hugo exalte les vertus du  peuple dans sa préface de Ruiz Blas. »

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1) Les reportages qui montrent les sans-papiers à la rue avec leurs enfants, pour exciter le cœur des mères. Selon les cas les auteurs parle de pathos, d’affectif, de sentiment, d’émotions, d’émouvoir, de toucher le cœur.

2)  Il faut montrer que son adversaire est antipathique.

–  Autre exemple de commination, un prisonnier est embarqué sur un bateau et espère s’attirer les bonnes grâces d’un contremaître en lui offrant un diamant, celui-ci lui répond:

–  Soit, je t’écouterai au premier calme, mais si tu me fais perdre mon temps, je t’attache sur un fût de canon et te fais donner cent coups de fouet.

Il y a deux façons d’exciter la crainte, indirectement par la peinture des dangers qui menacent, ou par les menaces directes. Il y a mille façons de menacer, c’est un argument qui se retourne, il ne s’agit jamais que de rapports de force qui s’inversent  :

« Une massue abat une épée. »


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Principe de Peter

août 16, 2009

Le Principe de Peter, de Laurence J. Peter et Raymond Hull , est un principe satirique relatif à l’organisation hiérarchique. Il est paru originalement sous le titre The Peter Principle (1969).

Selon ce principe, « tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence. »

Il est suivi du « Corollaire de Peter » :

« Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité. »

Dans une entreprise, les employés compétents sont promus et les incompétents restent à leur place. Donc un employé compétent grimpe la hiérarchie jusqu’à atteindre un poste pour lequel il ne sera pas compétent. À ce stade-là, il devient donc un incompétent qui va occuper son poste indéfiniment.

Autrement dit :

  • un incompétent garde son poste
  • un employé compétent promu est remplacé par un autre employé, potentiellement incompétent
  • si le nouvel employé est compétent, il sera promu et remplacé à son tour par un nouvel employé jusqu’à ce que le poste échoie à un incompétent.

Extensions ultérieures

Le principe de Peter connait deux extensions principales établies a posteriori :

  • Si les pays vont si mal c’est parce que tous les salariés des administrations, responsables du bon fonctionnement des pays donc, sont incompétents pour leur poste. Les administrations qui gèrent les pays sont donc incompétentes pour leurs fonctions d’où le mauvais fonctionnement des pays.
  • La seconde extension est appelée Loi de Dilbert (du nom d’un personnage de bande-dessinée) ; elle relève plus de l’empirisme que d’une déduction sociologique réelle. Elle suppose que les employés les moins compétents seront toujours affectés aux postes où on est sûr qu’ils produiront le moins de dégâts, c’est-à-dire l’encadrement.

Évolution des hiérarchies

Hiérarques ayant atteint leur niveau d’incompétence

Peter remarque que plus le nombre d’échelons hiérarchiques est élevé, plus chacun voit une chance de parvenir à son niveau d’incompétence et de subir « la stagnation de Peter ». Il remarque que les hiérarques, quand ils sont devenus réellement incompétents, se complaisent à fréquenter des réunions, colloques, séminaires, symposiums, conférences… Le corps des hiérarques peut alors entrer en « lévitation » sous le nom de « sommet volant ». En résumé, on ne peut déboulonner un hiérarque incompétent :

  1. seul un hiérarque peut le faire
  2. s’il le fait, il se déjuge et admet son incompétence à discerner le personnel compétent
  3. mais on peut toujours déplacer la sous hiérarchie que constitue le personnel sous ses ordres
  4. le hiérarque reste ainsi seul à la tête d’une pyramide sans base, sur son « sommet volant »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_de_Peter

Bien parlé, Mme Le Pourhiet.

août 16, 2009