Riches et pauvres.

Aristote ; Politique; Livre IV

GOOGLEBOOK Page 182

http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

La numérotation des livres de la Politique dépendent des traducteurs. Il n’est pas possible de mettre en citation comme on le voudrait parce qu’il doit exister des droits de traduction sur les éditions en vente actuellement.

Le texte est composé d’images accolées, on ne peut ni souligner, ni sélectionner tel qu’on le voudrait.

 

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Toute société politique se divise en trois classes, les riches, les pauvres et la classe moyenne. S’il est vrai que la médiocrité ou le moyen terme est le point de perfection, la médiocrité de fortune sera le bien le plus desirable ; du moins est-il constant, que l’homme, dans cette position, est très disposé à suivre la voie de la sagesse.

Voyez l’homme fier de sa beauté, de ses forces, de sa naissance, ou de ses richesses ; voyez le pauvre accablé par la misère, le défaut de moyens et l’humiliation : tôus deux sont souvent sourds à la voix de la raison. Les premiers sont insolents et orgueilleux ; les autres deviennent fourbes et fripons. De là, mille injustices, résultat nécessaire de la méchanceté et de l’insolence ; également déplacés dans un conseil et dans une tribu, les uns et les autres sont très dangereux dans un État. Ajoutez que des hommes puissants par leurs richesses, leurs forces, leurs amis, et tant d’autres moyens, ne veulent ni ne savent obéir. Ils sucent l’indépendance avec le lait : élevés au sein de toutes les jouissances, ils commencent dès l’école à mépriser la voix de l’autorité. Les pauvres, au contraire, obsédés par la détresse, perdent tout sentiment de dignité : incapables de commander, ils obéissent en esclaves, tandis que les riches qui ne savent pas obéir, commandent en despotes. L’État n’est alors qu’une agrégation de maîtres et d’esclaves ; il n’y a point là d’hommes libres. Jalousie d’un côté, mépris de l’autre, où trouver l’amitié, et cette bienveillance mutuelle qui est l ame de la société ? Voudrait on voyager avec un compagnon qu’on regarde comme un ennemi ?

Un État, d’après le vœu de la nature, doit être composé d’éléments qui se rapprochent le plus possible de l’égalité. Or telle est la classe intermédiaire. Elle est l’élément que la nature destine à la composition de l’État ; c’est par elle que l’État sera bien gouverné ; c’est encore cette classe moyenne, dont l’existence est la plus assurée : elle ne desire pas le bien d’autrui comme les pauvres ; sa fortune n’est pas convoitée comme celle des riches ; elle ne conjure point, on ne conspire pas contre elle, elle vit dans une profonde sécurité ; c’est la pensée si vraie de Phocylide * :

Honnête médiocrité, objet de mes voeux.

Oui, il est vrai que la classe moyenne est la base la plus sûre d’une bonne organisation sociale  ; il est vrai qu’un État aura nécessairement un bon gouvernement si cette classe a la prépondérance sur les deux autres réunies, ou du moins sur chacune d’elle » en particulier. C’est elle qui, se rangeant d’un côté, fera pencher l’équilibre et empêchera l’un ou l’autre extrême de dominer ; aussi les gouvernants jouissant d’une honnête aisance assureront-ils le bonheur de l’Etat. Si le gouvernement est entre les mains de ceux qui ont trop ou trop peu, ce sera ou une fougueuse démocratie ou une oligarchie despotique. Or, quel que soit le parti dominant, l’emportement de la démocratie ou de l’oligarchie conduit droit à la tyrannie. La classe moyenne est bien moins exposée à tous ces excès. Nous en développerons les causes, lorsque nous traiterons des révolutions. Un autre avantage inappréciable de la classe intermédiaire, c’est qu’elle seule ne s’insurge jamais : partout où elle est en majorité, on ne connaît ni ces inquiétudes, ni ces réactions violentes qui ébranlent le gouvernement. Les grands États sont moins exposés aux mouvements populaires. Pourquoi ? parceque la classe moyenne y est nombreuse. Mais les petits États sont souvent divisés en deux partis, parce qu’on n’y trouve que des pauvres et des riches, c’est-à-dire les extrêmes sans intermédiaire.

C’est cette classe moyenne qui assure aux démocraties une solidité et une durée que n’a pas le régime oligarchique. Elle est ordinairement nombreuse dans les démocraties, et y parvient aux honneurs plus aisément que dans l’oligarchie. Mais, s’il arrive que le nombre des pauvres augmente, et que la classe moyenne ne croisse pas dans la même proportion, le corps politique éprouve des convulsions qui le conduisent bientôt à la mort.

 

 

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1 Comment »

  1. […] La conscience selon Hegel- III Marx n’a pas inventé les concepts de classe sociale, ceux-ci sont exposés de façon très claire dans la politique d’Aristote, Marx, comme ces intellectuels partisans, a surtout rendu des choses claires, obscures. Marx n’a pas inventé le concept de conscience, celui-ci se trouvait chez Hegel, et enfin Marx n’a pas non plus inventé le concept de conscience de classe, celui-ci se trouvait chez Aristote, ici :  Aristote; Politique; Riches et pauvres […]


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