La tyrannie, caractéristiques et maintien 1/3

Aristote; Politique; Livre V; Le code des tyrans

La tyrannie se conserve par deux moyens tout opposés.  Le premier employé par tradition, est comme le code des tyrans, qui a été, dit-on, en grande partie, dressé par Périandre de Corinthe;  quelques institutions empruntées du despotisme des Perses en forment le complément

Voici en quoi consiste la politique des tyrans pour conserver leur puissance : abaisser les grands, se défaire des hommes de cour, ne permettre ni banquets, ni réunions, ni éducation, ni établissements de ce genre; repousser toute institution propre à faire naître la grandeur d’âme ou la confiance; ne permettre ni écoles ni colléges destinés à l’instruction; faire en sorte que les sujets n’apprennent pas à se connaître, parce que les relations amènent la confiance réciproque;  forcer les citoyens de se montrer et de sortir fréquemment, afin de mieux savoir ce qu’ils font; avilir les hommes, en les tenant dans un perpétuel esclavage : ces moyens ou d’autres employés par la politique des monarques perses ou barbares, sont tous dans l’esprit de la tyrannie et efficaces pour la maintenir. En voici d’autres : tâcher de savoir tout ce qui se dit, tout ce qui se fait; avoir dans cette vue des espions, comme ces femmes chargées de rapporter tout ce qui se passait à Syracuse; envoyer comme Hiéron, des oreilles dans les groupes et les assemblées, parce que la défiance empêche de parler librement, ou que si cela arrive, les gens hardis sont signalés;  semer la discorde et la calomnie, mettre aux prises les amis avec les amis, le peuple avec les grands, les riches avec les riches.  Un autre principe de la tyrannie, est d’appauvrir les sujets, afin qu’ils n’aient pas les moyens d’entretenir une force armée, et que, réduits tous les jours à travailler pour vivre, ils n’aient pas le temps de conspirer. Telle fut la cause politique qui a fait construire les pyramides d Égypte, les monuments sacrés des Cypsélides, le temple de Jupiter, l’Olympien par les Pisistratides, enfin les fortifications de Polycrate de Samos.  Le but de tous ces monuments était de tenir le peuple pauvre et occupé.

Le système d’impôts, tel qu’il était établi à Syracuse, tendait à un but semblable. Ainsi, Denys de Syracuse leva dans cinq ans des contributions qui égalaient la valeur de toutes les propriétés.

Le tyran fait aussi la guerre, afin de tenir ses peuples en haleine, et d’être leur chef nécessaire. Les rois se maintiennent par leurs amis.  Le tyran se défie surtout des siens, parce qu’il est naturel que tous veuillent lui nuire, et que des amis surtout en ont les moyens.  Les institutions de l’extrême démocratie sont toutes dans l’esprit de la tyrannie : licence accordée aux femmes dans l’intérieur des maisons,(1) afin qu’elles dénoncent leurs maris; indulgence pour les esclaves, afin qu’ils trahissent leurs maîtres. Les femmes et les esclaves ne conspirent point contre les tyrans, et, vivant selon leur bon plaisir, sont très attachés aux tyrannies et aux démocraties, car le peuple veut aussi faire le tyran.  La démagogie et la tyrannie se rapprochent encore par leur goût pour les flatteurs; le peuple veut des démagogues qui l’adulent; le tyran aime le langage de la soumission, qui est une sorte de flatterie; aussi aime-t-il les méchants, parce que ceux-là le flattent. L’homme généreux et libre ne descendrait pas à tant de bassesse : il aime et ne flatte jamais. D’ailleurs le tyran a besoin des méchants pour exécuter ses projets pervers; car comme dit le proverbe, un clou chasse l’autre

Il est encore dans son caractère de ne point aimer les hommes graves et libres, parce qu’il prétend posséder seul ces qualités, et qu’un tel homme lui paraît un rival de supériorité et de puissance. Il le hait donc comme un ennemi de son gouvernement.  Il est encore dans son système de prendre pour amis et pour compagnons de ses plaisirs des étrangers plutôt que des citoyens.  Il regarde ceux-ci comme des ennemis et ceux-là comme indifférents. Tels sont les moyens de conservation de la tyrannie, on voit qu’il sont tous marqués du sceau de la perversité.

1. Une autre traduction donne:  » domination des femmes à la maison (Gynécocratie) »

GOOGLEBOOK PAGE 253 :

http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

En passant par traducteur, mais il faut remettre la ponctuation.

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Autre traduction du dernier paragraphe:

«C’est encore une marque du tyran que ni une âme grande ni un esprit libre ne lui plaisent; car le tyran prétend avoir  le monopole de telle qualités, et quiconque lui oppose sa grandeur d’âme ou fait preuve de liberté d’esprit frustre la tyrannie de sa supériorité et de son pouvoir despotique; dès lors, le tyran le hait comme un agent subversif pour son autorité. Une autre marque du tyran, c’est d’avoir pour commensaux et pour compagnons de ses journées des étrangers plutôt que ses concitoyens : ceux-ci, à ses yeux, sont des ennemis, tandis que ceux-là ne sont pas gens à faire de l’opposition.»


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