Archive pour août 8th, 2009

La tyrannie, caractéristiques et maintien 1/3

août 8, 2009

Aristote; Politique; Livre V; Le code des tyrans

La tyrannie se conserve par deux moyens tout opposés.  Le premier employé par tradition, est comme le code des tyrans, qui a été, dit-on, en grande partie, dressé par Périandre de Corinthe;  quelques institutions empruntées du despotisme des Perses en forment le complément

Voici en quoi consiste la politique des tyrans pour conserver leur puissance : abaisser les grands, se défaire des hommes de cour, ne permettre ni banquets, ni réunions, ni éducation, ni établissements de ce genre; repousser toute institution propre à faire naître la grandeur d’âme ou la confiance; ne permettre ni écoles ni colléges destinés à l’instruction; faire en sorte que les sujets n’apprennent pas à se connaître, parce que les relations amènent la confiance réciproque;  forcer les citoyens de se montrer et de sortir fréquemment, afin de mieux savoir ce qu’ils font; avilir les hommes, en les tenant dans un perpétuel esclavage : ces moyens ou d’autres employés par la politique des monarques perses ou barbares, sont tous dans l’esprit de la tyrannie et efficaces pour la maintenir. En voici d’autres : tâcher de savoir tout ce qui se dit, tout ce qui se fait; avoir dans cette vue des espions, comme ces femmes chargées de rapporter tout ce qui se passait à Syracuse; envoyer comme Hiéron, des oreilles dans les groupes et les assemblées, parce que la défiance empêche de parler librement, ou que si cela arrive, les gens hardis sont signalés;  semer la discorde et la calomnie, mettre aux prises les amis avec les amis, le peuple avec les grands, les riches avec les riches.  Un autre principe de la tyrannie, est d’appauvrir les sujets, afin qu’ils n’aient pas les moyens d’entretenir une force armée, et que, réduits tous les jours à travailler pour vivre, ils n’aient pas le temps de conspirer. Telle fut la cause politique qui a fait construire les pyramides d Égypte, les monuments sacrés des Cypsélides, le temple de Jupiter, l’Olympien par les Pisistratides, enfin les fortifications de Polycrate de Samos.  Le but de tous ces monuments était de tenir le peuple pauvre et occupé.

Le système d’impôts, tel qu’il était établi à Syracuse, tendait à un but semblable. Ainsi, Denys de Syracuse leva dans cinq ans des contributions qui égalaient la valeur de toutes les propriétés.

Le tyran fait aussi la guerre, afin de tenir ses peuples en haleine, et d’être leur chef nécessaire. Les rois se maintiennent par leurs amis.  Le tyran se défie surtout des siens, parce qu’il est naturel que tous veuillent lui nuire, et que des amis surtout en ont les moyens.  Les institutions de l’extrême démocratie sont toutes dans l’esprit de la tyrannie : licence accordée aux femmes dans l’intérieur des maisons,(1) afin qu’elles dénoncent leurs maris; indulgence pour les esclaves, afin qu’ils trahissent leurs maîtres. Les femmes et les esclaves ne conspirent point contre les tyrans, et, vivant selon leur bon plaisir, sont très attachés aux tyrannies et aux démocraties, car le peuple veut aussi faire le tyran.  La démagogie et la tyrannie se rapprochent encore par leur goût pour les flatteurs; le peuple veut des démagogues qui l’adulent; le tyran aime le langage de la soumission, qui est une sorte de flatterie; aussi aime-t-il les méchants, parce que ceux-là le flattent. L’homme généreux et libre ne descendrait pas à tant de bassesse : il aime et ne flatte jamais. D’ailleurs le tyran a besoin des méchants pour exécuter ses projets pervers; car comme dit le proverbe, un clou chasse l’autre

Il est encore dans son caractère de ne point aimer les hommes graves et libres, parce qu’il prétend posséder seul ces qualités, et qu’un tel homme lui paraît un rival de supériorité et de puissance. Il le hait donc comme un ennemi de son gouvernement.  Il est encore dans son système de prendre pour amis et pour compagnons de ses plaisirs des étrangers plutôt que des citoyens.  Il regarde ceux-ci comme des ennemis et ceux-là comme indifférents. Tels sont les moyens de conservation de la tyrannie, on voit qu’il sont tous marqués du sceau de la perversité.

1. Une autre traduction donne:  » domination des femmes à la maison (Gynécocratie) »

GOOGLEBOOK PAGE 253 :

http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

En passant par traducteur, mais il faut remettre la ponctuation.

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Autre traduction du dernier paragraphe:

«C’est encore une marque du tyran que ni une âme grande ni un esprit libre ne lui plaisent; car le tyran prétend avoir  le monopole de telle qualités, et quiconque lui oppose sa grandeur d’âme ou fait preuve de liberté d’esprit frustre la tyrannie de sa supériorité et de son pouvoir despotique; dès lors, le tyran le hait comme un agent subversif pour son autorité. Une autre marque du tyran, c’est d’avoir pour commensaux et pour compagnons de ses journées des étrangers plutôt que ses concitoyens : ceux-ci, à ses yeux, sont des ennemis, tandis que ceux-là ne sont pas gens à faire de l’opposition.»


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Riches et pauvres.

août 8, 2009

Aristote ; Politique; Livre IV

GOOGLEBOOK Page 182

http://books.google.fr/books?id=Ur8NAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=aristote+politique#v=onepage&q=aristote%20politique&f=false

La numérotation des livres de la Politique dépendent des traducteurs. Il n’est pas possible de mettre en citation comme on le voudrait parce qu’il doit exister des droits de traduction sur les éditions en vente actuellement.

Le texte est composé d’images accolées, on ne peut ni souligner, ni sélectionner tel qu’on le voudrait.

 

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Toute société politique se divise en trois classes, les riches, les pauvres et la classe moyenne. S’il est vrai que la médiocrité ou le moyen terme est le point de perfection, la médiocrité de fortune sera le bien le plus desirable ; du moins est-il constant, que l’homme, dans cette position, est très disposé à suivre la voie de la sagesse.

Voyez l’homme fier de sa beauté, de ses forces, de sa naissance, ou de ses richesses ; voyez le pauvre accablé par la misère, le défaut de moyens et l’humiliation : tôus deux sont souvent sourds à la voix de la raison. Les premiers sont insolents et orgueilleux ; les autres deviennent fourbes et fripons. De là, mille injustices, résultat nécessaire de la méchanceté et de l’insolence ; également déplacés dans un conseil et dans une tribu, les uns et les autres sont très dangereux dans un État. Ajoutez que des hommes puissants par leurs richesses, leurs forces, leurs amis, et tant d’autres moyens, ne veulent ni ne savent obéir. Ils sucent l’indépendance avec le lait : élevés au sein de toutes les jouissances, ils commencent dès l’école à mépriser la voix de l’autorité. Les pauvres, au contraire, obsédés par la détresse, perdent tout sentiment de dignité : incapables de commander, ils obéissent en esclaves, tandis que les riches qui ne savent pas obéir, commandent en despotes. L’État n’est alors qu’une agrégation de maîtres et d’esclaves ; il n’y a point là d’hommes libres. Jalousie d’un côté, mépris de l’autre, où trouver l’amitié, et cette bienveillance mutuelle qui est l ame de la société ? Voudrait on voyager avec un compagnon qu’on regarde comme un ennemi ?

Un État, d’après le vœu de la nature, doit être composé d’éléments qui se rapprochent le plus possible de l’égalité. Or telle est la classe intermédiaire. Elle est l’élément que la nature destine à la composition de l’État ; c’est par elle que l’État sera bien gouverné ; c’est encore cette classe moyenne, dont l’existence est la plus assurée : elle ne desire pas le bien d’autrui comme les pauvres ; sa fortune n’est pas convoitée comme celle des riches ; elle ne conjure point, on ne conspire pas contre elle, elle vit dans une profonde sécurité ; c’est la pensée si vraie de Phocylide * :

Honnête médiocrité, objet de mes voeux.

Oui, il est vrai que la classe moyenne est la base la plus sûre d’une bonne organisation sociale  ; il est vrai qu’un État aura nécessairement un bon gouvernement si cette classe a la prépondérance sur les deux autres réunies, ou du moins sur chacune d’elle » en particulier. C’est elle qui, se rangeant d’un côté, fera pencher l’équilibre et empêchera l’un ou l’autre extrême de dominer ; aussi les gouvernants jouissant d’une honnête aisance assureront-ils le bonheur de l’Etat. Si le gouvernement est entre les mains de ceux qui ont trop ou trop peu, ce sera ou une fougueuse démocratie ou une oligarchie despotique. Or, quel que soit le parti dominant, l’emportement de la démocratie ou de l’oligarchie conduit droit à la tyrannie. La classe moyenne est bien moins exposée à tous ces excès. Nous en développerons les causes, lorsque nous traiterons des révolutions. Un autre avantage inappréciable de la classe intermédiaire, c’est qu’elle seule ne s’insurge jamais : partout où elle est en majorité, on ne connaît ni ces inquiétudes, ni ces réactions violentes qui ébranlent le gouvernement. Les grands États sont moins exposés aux mouvements populaires. Pourquoi ? parceque la classe moyenne y est nombreuse. Mais les petits États sont souvent divisés en deux partis, parce qu’on n’y trouve que des pauvres et des riches, c’est-à-dire les extrêmes sans intermédiaire.

C’est cette classe moyenne qui assure aux démocraties une solidité et une durée que n’a pas le régime oligarchique. Elle est ordinairement nombreuse dans les démocraties, et y parvient aux honneurs plus aisément que dans l’oligarchie. Mais, s’il arrive que le nombre des pauvres augmente, et que la classe moyenne ne croisse pas dans la même proportion, le corps politique éprouve des convulsions qui le conduisent bientôt à la mort.