Archive pour août 5th, 2009

3 – Des opiniâtres

août 5, 2009

« Il n’y a point de personnes qui aient plus souvent tort que celles qui ne peuvent supporter d’en avoir »
La rochefoucault.

Les opiniâtres sont par définition des personnes extrêmement attachées à leur opinion; Qui veulent toujours avoir raison ou qui ne veulent jamais avoir tort.

Non seulement ces opiniâtres ont toujours tort mais ils se trompent toujours, et lorsqu’ils se sont trompés, ils persistent dans l’erreur par refus de la reconnaître.

« N’auront raison que ceux qui se seront d’abord trompés avec nous »  Devise attribuée à la gauche par JF Revel

Ici nous avons le problème auquel nous sommes confronté en politique, c’est le refus par toute une partie de la population de reconnaître qu’elle s’est trompée ou qu’elle a été trompée – c’est la même chose, puisque si l’on a été trompé, c’est qu’on à fait confiance à tort : qu’on s’est trompé – et qui refuse donc de reconnaître ses erreurs, qui s’obstine et veut avoir raison.

Pour changer, ces personnes se trouvent confronté à deux problèmes : culpabilité et amour-propre, car se tromper est une cause de culpabilité, au moins vis-à-vis de soi, puisqu’il résulte une erreur, une faute de cette tromperie ; Mais à qui attribuer cette faute ?

Un problème d’amour-propre :  qu’on se trompe ou qu’on soit trompé, la reconnaissance n’en est pas facile, car celui-là doit reconnaître ou qu’il est stupide ou qu’il est naïf ou qu’il est incompétent.

La façon de gérer cette situation se fait de deux façons, ou bien ce sera la façon classique des opiniâtres qui refusent de reconnaître qu’ils se sont trompés, soutiennent leurs torts, et sont obligés de nier l’évidence ; Ceci leur permet de rester qualifiés dans le cas où ils sont professeurs ou ont une quelconque responsabilité administrative ; Ou bien encore ils sont obligés de dissimuler, de se mettre la tête dans le sable, de mentir – Ils font donc prévaloir l’intérêt personnel sur l’intérêt général – ils restent ainsi qualifié et peuvent continuer à prétendre ; Ou bien, ils reconnaissent qu’ils se sont trompés, il leur faut alors faire plusieurs choses : gérer la culpabilité qu’ils ressentent, gérer leur disqualification : une andouille qui se reconnaît telle, ne peut plus avoir aucune prétention vis-à-vis d’autrui; – ce qui caractérise un fonctionnaire, c’est une prétention –  Gérer le problème d’amour-propre, de narcissisme, et en dernier terme, remettre en cause toutes ses croyances, revoir tout le logiciel et le mettre à jour ; Enfin gérer les changement induits dans les relations inter personnelles et professionnelles.

On voit donc que ce n’est pas une petite affaire et que la plupart préfèrent le statu quo, s’enferrer dans l’erreur plutôt que faire un travail dont ils se sentent incapables.

Si on prend le cas des patriotes ayant voté pour Sarkozy en 2007, selon une étude publiée en 2009, ces mêmes ne votent plus pour Sarkozy mais ne revotent pas à nouveau FN. Deux ans après, ils n’ont pas encore digéré leur erreur. Imaginez pour les personnes qui ont voté Mitterrand et soutenu le PS et les médias pendant trente ans !

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2- La suppression de la rhétorique

août 5, 2009

Tiré de : « L’art de parler » ; anthologie de manuel d’éloquence.

La mise à l’écart de l’art de parler, qui affecte l’enseignement secondaire et la formation des professeurs à l’école normale supérieure, affecte aussi l’enseignement spécial. Si l’Ecole Royale militaire (fondée en 1751 et souvent saluée par les encyclopédistes comme un modèle de progrès, refondée en 1803, notre Saint-Cyr) conserve entre 1790 et 1792, son cours d’éloquence (la Morale en action (2) des oratoriens Bérenger et Guibaud, 1783, réédité 160 fois jusqu’en 1794) à l’Ecole polytechnique, la question de son enseignement, au sein des belles lettres se pose en 1805. Il en sort le cours de 1806-07 dont la chaire est confiée à F. Andrieux. Le Cours est une déclaration d’intention (3) (complété par le neveu M Andrieux : Rhétorique française; 1825).  C’est la première formalisation d’un art d’écrire bureaucratique (le rapport) qui deviendra vite un style officiel de parole, processus inverse de la tradition – chez Aristote c’est le parler qui devient l’écrit – mais dans le droit fil rationaliste tiré depuis La Ramée, par Descartes et Condorcet. (4) C’est l’ancêtre du style énarque. (5)

1) Rhétorique à laquelle on donne des noms différents : éloquence, art de parler, art oratoire, dialectique parfois.

2) Livre à conseiller ou à retrouver (?) pour les personnes qui s’intéresse à la tradition.( Les deux grands auteurs classiques étudiés depuis l’antiquité sont Cicéron et Quintilien : institution oratoire en 12 livres.)

Après recherche, la Morale en action peut se lire ici, ce n’est pas un cours d’éloquence comme l’affirme l’auteur plus haut ( Salazar):http://books.google.fr/books?id=kX0DAAAAQAAJ&pg=PA1&dq=la+morale+en+action#v=onepage&q=&f=false

3) « le cours est une déclaration d’intention »

Cette phrase peut être prise en deux sens, dans le premier sens : le cours n’est pas réellement un cours de Rhétorique mais une déclaration d’intention de faire un cours de Rhétorique. Dans le deuxième sens, le cours de rhétorique est l’apprentissage des déclarations d’intentions. Regardez les discours politiques de Ségolène Royale ou Martine Aubry, ce sont des déclarations d’intentions : « Nous allons faire ceci – cela ».

4) C’est une volonté des révolutionnaires de supprimer la Rhétorique.

5) C’est Aurélie Filippetti la député socialiste, qui, sur Canal+ a donné une des règles pour répondre aux interviews, règles qui s’apprennent probablement à l’ENA : il ne faut répondre ni oui ni non, mais développer, même si la question n’appelle que la réponse oui ou non. C’est ici qu’est utile ce que les rhétoriciens appellent l’invention, ou l’art de trouver ce que l’on va dire, les arguments en général.

Les cinq qualités de l’orateur

août 5, 2009

Selon Cicéron, rhétorique à Hérénius.

J’enseignerai d’abord quelles sont les qualités nécessaires à l’orateur; je ferai voir ensuite comment il convient de traiter ces différents genres. Il faut dans l’orateur l’invention, la disposition, l’élocution(1), la mémoire et la prononciation(2). L’invention lui fait trouver les moyens sûrs ou vraisemblables d’assurer le succès de sa cause. La disposition est l’ordre dans la distribution des parties; elle lui indique la place où chacune doit être mise. L’élocution approprie aux idées fournies par l’invention les mots et les tours qui leur conviennent le mieux. La mémoire fixe solidement dans l’esprit les pensées, les mots et la disposition du discours. La prononciation fait nuancer avec grâce la voix, la physionomie et le geste. Nous avons trois moyens d’acquérir tous ces avantages : l’art, l’imitation, l’exercice. L’art, c’est l’ensemble des préceptes qui tracent la route de l’éloquence et enseignent à suivre cette route. L’imitation nous fait travailler avec un zèle intelligent pour ressembler à certains modèles. L’exercice est le continuel usage de la parole, et l’habitude qu’on s’en fait.

(1) L’élocution est l’embellissement du discours, l’ornement à l’aide des figures de rhétorique données à la fin du livre.

(2) La prononciation aussi appelé action, ce qu’on appelle aujourd’hui l’élocution, c’est la voix, le ton, les gestes.

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Pour les qualités telles qu’elles entendues aujourd’hui, voir la catégorie rhétorique et les moeurs oratoires, ici :

https://antidragon.wordpress.com/2009/06/22/des-moeurs-considerees-dans-l%E2%80%99orateur/