La loi du cœur et la folie de l’infatuation.

Selon Hegel; Phénoménologie de l’esprit

V. Certitude et vérité de la raison ;

« La conscience de soi….sait qu’elle a immédiatement en soi l’universel, ou la loi, laquelle, en raison de cette détermination qui la destine à être dans l’être pour soi de la conscience, est appelée loi du cœur. »

« La loi, qui est immédiatement le propre de la conscience de soi, ou encore, qui est un cœur, mais un cœur qui a chez lui une loi, est donc la fin qu’elle se propose de rendre effective. »

|Effective, effectiver ou effectivité = rendre réel, présent, mettre en application !]

«   Cette effectivité est ainsi d’un côté une loi qui pèse sur l’individualité singulière, la violence d’un ordre du monde, qui contredit la loi du cœur – et, d’un autre côté, elle est une humanité souffrant sous son joug, qui pour sa part n’obéit pas à la loi du cœur, mais est assujettie à une nécessité étrangère. »

« Ce vers quoi cette individualité tend, c’est donc à abolir cette nécessité qui contredit la loi du cœur en même temps que les souffrances qu’elle fait exister. Si bien qu’elle n’est plus l’insouciance de la figure précédente, qui ne voulait que le plaisir singulier, mais tout le sérieux d’une noble fin qui cherche son plaisir dans l’exposition de sa propre et excellente essence et dans la production du bien-être de l’humanité. Ce qu’elle rend effectif est soi-même la loi; et du coup, son plaisir est en même temps le plaisir universel de tous les cœurs. Elle a les deux inséparément; son plaisir est le légitime, et l’effectivation de la loi de l’humanité universelle est procuration de son plaisir singulier. Car à l’intérieur d’elle-même l’individualité et le nécessaire ne font immédiatement qu’un. Et la loi ne fait qu’un avec la loi du cœur. »

« La loi qui fait face à la loi du cœur est séparée du cœur et libre pour soi. L’humanité qui lui ressortit….vit dans la séparation cruelle et les souffrances, ou, à tout le moins, dans la privation de la jouissance de Soi-même….qu’induit la transgression de cette loi. » [ Du coeur]

« Là où le contenu de la nécessité universelle n’est pas en accord avec le cœur, celle-ci n’est rien en soi, y compris selon son contenu, et doit céder à la loi du cœur.

L’individu accomplit donc la loi de son cœur; elle devient l’ordre universel et le plaisir devient une effectivité conforme en soi et pour soi à la loi. Mais en fait, dans cette effectivation, la loi s’est échappée de lui; elle ne devient immédiatement que le rapport qui était censé être aboli. La loi du cœur cesse, par le fait même de son effectivation, d’être loi du cœur. Car elle y gagne la forme de l’être, et est maintenant un pouvoir universel pour lequel ce cœur-ci est indifférent, en sorte que l’individu, par le fait même qu’il le met en place, ne trouve plus son ordre propre comme étant le sien. Par l’effectivation de sa loi, il ne produit donc pas sa loi, mais n’aboutit, dès lors que cet ordre est en soi le sien, mais pour lui un ordre étranger, qu’à s’impliquer dans l’ordre effectif; et à s’y impliquer en ce que cet ordre est une puissance supérieure, qui non seulement lui est étrangère, mais encore lui est hostile. »

« L’individu, qui n’entend reconnaître l’universel que dans la forme de son être pour soi immédiat, ne se reconnaît donc pas dans cette universalité libre »

« L’individu …se tourne donc contre lui. »[contre l’ordre établit]

« Il n’y a aucune espèce de loi déterminée qu’il serait question d’établir, mais c’est l‘unité immédiate du cœur singulier et de l’universalité, qui est la pensée selon laquelle tout cœur doit se reconnaître lui-même dans ce qui est loi. »

« De même qu’il ne trouvait d’abord que la loi rigide, l’individu trouve donc maintenant les cœurs des autres hommes opposés à ses mêmes intentions excellentes, et proprement abominables. »

«  Au lieu d’atteindre cet être qui est le sien, la conscience atteint donc dans l’être l’étrangement d’elle-même. »

« En énonçant ce moment de sa ruine consciente comme le résultat de son expérience, la conscience de soi se montre comme ce renversement intérieur d’elle-même, comme le dérangement mental de la conscience pour qui son essence est immédiatement inessence, son effectivité immédiatement ineffectivité. »

« Dès lors que les deux facteurs sont fixés, on a là une unité qui est tout simplement la folie. »

« C’est pourquoi le cœur qui bat pour le bien-être de l’humanité se transporte jusque dans le déchaînement de l’infatuation aberrante ; dans la fureur que la conscience déploie pour se conserver contre sa destruction, et ceci en projetant hors de soi l’inversion qu’elle est elle-même et en s’efforçant  de la regarder et de l’énoncer comme étant autre chose qu’elle.  Elle dénonce donc l’ordre universel comme un renversement de la loi du cœur et de son bonheur inventé par des prêtres fanatiques, des despotes ripailleurs, et des serviteurs qui se dédommagent de leur abaissement en pratiquant eux-mêmes l’abaissement et l’oppression, manigancée par eux pour l’indicible malheur d’une humanité abusée dans cette aberration qui est la sienne, la conscience dénonce l’individualité comme ce qui dérange et est inverti, mais il s’agit d’une individualité étrangère et contingente. Or le cœur ou la singularité de la conscience qui veut être immédiatement universelle, est cette instance dérangeante et invertie elle-même, et son activité n’est que la production de l’accession de cette contradiction à sa conscience. Ce qu’il tient pour vrai c’est la loi du cœur ; une loi qui n’est que point de vue intime, qui n’a pas, comme l’ordre existant, soutenu l’épreuve du jour, mais qui au contraire, quand elle se montre à lui, sombre et périt. »                                                           P 313

«  Dès lors cependant que l’individualité immédiatement universelle est ce qui invertit et est inverti, cet ordre universel comme il est la loi de tous les cœurs, c’est-à-dire, de ce qui est inverti, n’est pas moins lui-même en soi l’inverti, ainsi que le déclarait la folie déchaînée. Il se manifeste une première fois dans la résistance que la loi d’un cœur rencontre chez les autres individualités singulières, comme étant loi de tous les cœurs. Les lois existantes sont défendues contre la loi d’un individu, parce qu’elles ne sont pas une nécessité vide, morte et inconsciente, mais universalité et substance spirituelle, en lesquelles ceux chez qui elles ont leur effectivation ont leur vie d’individus et sont conscients d’eux-mêmes ; en sorte que, bien qu’ils se plaignent de cet ordre comme s’il allait à l’encontre de leur loi du cœur, ils lui sont en fait attachés avec leur cœur comme à leur essence ; et lorsque cet ordre leur est retiré, ou qu’eux-mêmes se mettent à l’écart de lui, ils perdent tout. Et dès lors que c’est en ceci que consiste l’effectivité et la puissance de l’ordre public, celui-ci apparaît donc comme l’essence identique à soi universellement animé de vie, et l’individualité comme la forme de cette ordre- Mais cet ordre est tout aussi bien inverti. »      P 315

« La conscience qui met en place la loi de son cœur, éprouve donc de la résistance de la part d’autres consciences, parce que cette loi contredit les lois tout aussi singulières de leur cœurs, et ceux-ci ne font rien d’autre dans leur résistance qu’établir et faire valoir leur loi. C’est pourquoi l’universel qui est présent n’est qu’une résistance et une lutte universelle de tous contre tous, dans laquelle chacun fait valoir sa propre  singularité,  mais en même temps n’y parvient pas, parce qu’elle rencontre la même résistance, et est mutuellement dissoute par les autres. Ce qui, donc, semble être un ordre public, c’est cet enquerellement universel où chacun tire à soi ce qu’il peut, exerce la justice sur la singularité des autres et établit fermement la sienne, laquelle pareillement disparaît par l’intervention d’autres. Cet ordre est le cours du monde, l’apparence d’une marche durable, qui n’est qu’une universalité présumée par le point de vue intime, et dont le contenu est au contraire le jeu inepte et inessentiel où s’instaurent et se dissolvent tour à tour les singularités. »

«  Cette figure de la conscience, où elle advient à soi non comme singularité, mais uniquement comme essence, dans la loi, dans le vrai et le bien en soi, tandis qu’elle sait l’individualité comme ce qui invertit et est inverti, et doit donc sacrifier la singularité de la conscience, c’est la vertu. »           P 317

(Mais c’est la fausse vertu de l’hypocrisie, qui va chercher à son tour à s’effectiver.)

voir les trois articles plus bas

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http://books.google.fr/books?id=knmnn0B5QPgC&pg=PA334&lpg=PA334&dq=loi+du+coeur&source=bl&ots=gu0XnIyMAU&sig=_X54NohNpJnc3YQW-Bbqv1I1YP4&hl=fr&ei=hLR_StGkCMKTjAezxuXwAQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=4#v=onepage&q=&f=false

=>  Selon Jean Hyppolite, la figure de la loi du coeur est illustrée par le  » subjectivisme sentimental  » d’un Rousseau ou du Werther de Goethe, mais surtout par l’activisme humanitaire romantique du héros des Brigands de Shiller : Karl Moor, le redresseur de torts en dehors de l’artifice institutionnel du droit et de la loi.

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